« Covid-19 : ce que fait la CGB face à la crise »

par Laure Sauvage, mis à jour à 13:11
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« Covid-19 : ce que fait la CGB face à la crise »

Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB).

«  La situation actuelle, liée à la crise Covid-19, est sans précédent. Malgré le confinement, la CGB est active, depuis le début de la crise, pour tenter d’apporter des solutions aux menaces, actuelles et futures, qui pèsent sur la filière.

Tout d’abord, en ce qui concerne la continuité des activités agricoles, la CGB a agi, via la FNSEA, pour réduire les problèmes d’approvisionnement des agriculteurs, et leur permettre de réaliser les semis dans des conditions presque normales. Par ailleurs, toutes les semaines, une cellule de crise interprofessionnelle a été mise en place, pour identifier les menaces pesant sur nos activités, de l’amont à l’aval, et les faire remonter à nos ministères de tutelle.

Ensuite, elle a intensifié son suivi des marchés pour analyser les tendances à l’œuvre, les risques à venir, et a été parmi les premières fédérations à proposer des moyens pour tenter de les limiter.

Concernant le sucre sur le territoire européen, à date, la crise ne se traduit pas par une chute des prix. Néanmoins, il est à craindre des reports de livraison, voire des renégociations contractuelles. La CGB appelle à la plus grande vigilance des acteurs sur ce point et encourage, en cas de manquement, l’intervention du médiateur des relations commerciales du ministère de l’Agriculture. En aucun cas, les acheteurs de sucre doivent profiter de la crise pour demander des révisions de prix à la baisse.

Le sucre sur le marché mondial subit, en revanche, un effondrement brutal et historique. Alors que les cours étaient repartis, enfin, à la hausse depuis le début de la campagne, le sucre est revenu à ses plus bas historiques, emmené par un pétrole au plus bas depuis dix-huit ans, et par des dévaluations historiques des principaux pays exportateurs de sucre.

Néanmoins, pour l’instant, l’impact de cette chute est limité pour nos betteraves  : depuis deux ans, le volume de sucre européen destiné au marché mondial est faible, car notre production est revenue au même niveau que sous les quotas. Nos stocks sont d’ailleurs historiquement bas. Mais il y a un vrai risque, néanmoins, d’une contagion de ces prix mondiaux déprimés sur les prix européens, via des importations bradées par des pays dont la monnaie ne vaut plus grand chose.

Ce n’est pas notre volume de production européen qui est en cause  : réduire l’offre européenne (en réduisant drastiquement nos surfaces, par exemple) ou stocker du sucre ne serait pas une réponse adéquate à la crise actuelle.

En revanche, il faut limiter l’effet pervers, sur nos prix, d’importations bradées. Pour la CGB, la réponse passe donc par l’instauration de droits de douane exceptionnels lorsque le sucre est exporté par des pays rendus hyper-compétitifs par une monnaie dévaluée. La CGB a porté ce sujet à l’interprofession, pour transmission aux ministères de tutelle, et à sa fédération européenne, la CIBE, pour transmission à la Commission européenne.

Enfin, concernant l’éthanol, la demande en éthanol carburant depuis le confinement est quasiment nulle. Cela a provoqué une chute brutale et continue des cours sur le territoire européen. Là aussi, la CGB, avec la Collective du bioéthanol, a demandé l’instauration de droits de douane supplémentaires sur l’éthanol, pour se prémunir d’importations qui ne sont pas justifiées.

La CGB souhaite aller plus loin, en réfléchissant à l’opportunité d’un accroissement de l’incorporation d’éthanol dans l’essence (même temporaire), pour évacuer les surplus lorsque la consommation reprendra.
Bref, vous l’aurez compris, toutes les pistes de travail restent à l’étude. La réglementation européenne dispose déjà d’outils, il faut maintenant faire prendre conscience à nos autorités de l’intérêt de s’y pencher concrètement.

Le prix de référence du sucre, 404 euros/tonne, doit redevenir d’actualité, même si cela fait trois ans qu’il est bafoué  : il faut le répéter. Il doit redevenir la boussole de la filière, pour activer, selon les situations, différents mécanismes.

Actuellement, nous pensons que la mesure la plus appropriée est la clause de sauvegarde sur les importations. Demain, d’autres mesures peuvent également être nécessaires, selon le bilan européen. On pense par exemple à l’intervention publique (comme l'achat de sucre par la Commission pour transformation en éthanol), à une dérogation au droit de la concurrence (pour ajuster les surfaces communautaires à la demande), à l’aide au stockage privé  : à chaque situation particulière, un outil doit être activé.

D’où l’importance d’un suivi parfait des situations, par des informations sur les prix, sur les bilans, sur les quantités disponibles  : c’est justement parce que la filière est désormais libéralisée que sa situation doit être, plus que jamais, scrutée et étudiée au quotidien  ! La situation actuelle doit permettre d’avancer sur ces points.

Au quotidien, la CGB est en contact direct avec ses interlocuteurs habituels, pour leur faire comprendre qu’après trois années de crise, la filière ne peut plus se permettre de tergiverser, et que seule une réponse appropriée et rapide permettra de limiter les effets de cette crise mondiale sur la filière française.  »

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