«  Garder une dynamique  »

par Laure Sauvage, mis à jour à 01:23
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«  Garder une dynamique  »

Éleveur laitier à Savigny-sur-Braye et secrétaire général adjoint de la FNSEA 41, Alexis Descamps raconte son parcours et évoque divers enjeux syndicaux.

Horizons : Comment êtes-vous devenu éleveur laitier  ?

Alexis Descamps  : Après six années à la chambre d’Agriculture du Nord, mon épouse Delphine et moi souhaitions nous installer. Nous sommes arrivés en Loir-et-Cher en 2004 par hasard. Nous avons repris une structure laitière. C’était un Gaec mère-fils. L’éleveur arrêtait et il vendait son exploitation.

Quelles étaient vos missions à la chambre d’Agriculture du Nord  ?

J’étais le référent lait, à la fois animateur de Groupements de développement agricole et conseiller technique du Plan de maîtrise des pollutions d’origine agricole (PMPOA). Mon épouse était sur le même profil mais en production légumière, salades et poireaux principalement.

Qu’est-ce que ces années vous ont appris  ?

Elles m’ont appris les échanges, le travail en groupe et l’intérêt des Cuma. En groupe, on avance moins vite mais on va plus loin.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous installer  ?

Nous voulions avoir des projets pour nous. En chambre d’Agriculture, nous vivions ceux des autres. Me concernant, j’ai mené de nombreux projets PMPOA et de développement. De son côté, Delphine a lancé beaucoup de gens dans la production. Nous vivions à 40 km de Lille (Nord). D’où la complexité, pour mon épouse, de se rendre au travail. Au début, pour arriver à 8 heures, elle partait à 7  h 30. Quelques années plus tard, il fallait qu’elle parte à 7 heures, voire parfois 6  h 30. Nous déposions les enfants le matin chez une nourrice et nous les récupérions le soir. Était-ce le style de vie que nous voulions leur donner  ?

Mon épouse et moi avions été élevés dans une exploitation agricole, Delphine en céréales et légumes de plein champ et moi en exploitation laitière. Devenir exploitants nous intéressait. Cependant, nous ne voulions pas nous installer en zone périurbaine en raison de la complexité des relations entre les urbains et le monde agricole. Plus le temps passe, moins nous nous comprenons. Nous avons cherché en Normandie car nous étions axés sur la production de lait. Les candidats à la reprise d’élevages étaient moins nombreux. Intervenait également la rotation d’argent. En élevage, dès le premier mois d’installation, l’argent rentre. En grandes cultures, il faut attendre un cycle de production.

Qu’est-ce qui vous a fait choisir Savigny-sur-Braye  ?

Nous étions à l’époque des quotas et j’avais eu un contact dans le Maine-et-Loire. C’était une belle région mais nous étions coincés en termes de volumes. Cela m’a amené à visiter des exploitations en Indre-et-Loire. Il y avait du volume disponible mais je n’ai pas trouvé chaussure à mon pied. De là, je suis venu visiter une exploitation dans le Loir-et-Cher. J’ai rencontré Christelle Joffroy, qui s’occupait du répertoire installation-transmission. J’ai également regardé le site Internet de l’exploitation. L’outil était fonctionnel. La mise aux normes était faite. Il n’y avait qu’à chausser les bottes et à démarrer  !

Quelle est l’organisation de votre structure  ?

Nous sommes sur 191 ha Pac, dont une centaine d’hectares de cultures de vente. Nous avons un contrat de 860  000 litres de lait. Quand nous sommes arrivés, il y avait un salarié. Celui-ci est parti au bout de deux ans. Ensuite, nous avons travaillé sur du temps partagé. Nous avons appliqué ce que j’avais vu en tant que conseiller. La première fois, c’était une Cuma de distribution des aliments pour les vaches. J’ai donc essayé de monter un groupe à Savigny-sur-Braye. Le salarié de la coopérative fait le tour des élevages et donne à manger aux animaux. Ensuite, nous avons intégré le Service de remplacement. Nous prenons de vingt à quarante jours par an.

En 2007, durant le congé maternité de mon épouse, nous avons embauché un jeune. Ensuite, nous sommes partis sur de l’apprentissage. Former des jeunes nous plaisait. (…) Les terres offrent un potentiel moyen. Celles-ci sont usantes et pentues. D’où une consommation de chevaux, de carburant et de ferraille. Nous étions en semis simplifié. En 2009, nous avons basculé dans l’agriculture de conservation des sols. Nous avons arrêté de labourer et avons implanté des couverts. L’élément déclencheur fut un orage. Nous nous sommes retrouvés avec un ravin au milieu d’une parcelle de maïs. Le travail simplifié limite la main-d’œuvre. (…)

À l’époque, nous n’avions aucun engagement, sauf la Cuma me concernant. En 2013, mon épouse a été élue à la chambre d’Agriculture. Nous avons rationnalisé les choses. Ainsi, je travaille en complémentarité avec un céréalier pour l’ensilage. (…) Développer la structure et avoir un salarié n’est pas suffisant. Il faut quasiment passer à deux ou trois. Sinon, on travaille tous les week-ends.

À qui livrez-vous votre lait et combien celui-ci est-il rémunéré  ?

Nous livrons notre lait chez Bel. Le prix de base est de 350 euros les mille litres avec une prime pâturage et alimentation sans OGM de 21 euros. S’y ajoute la prime qualité d’une vingtaine d’euros. Soit un total d’environ 390 euros. (…) Nous fournissons un produit différent. Ainsi, le lait non-OGM répond à un cahier des charges. C’est donc normal qu’il soit payé plus cher que la moyenne. Mais le prix de base est trop bas. Si on ne rémunère pas le lait à son juste prix, nous ne pourrons ni nous offrir de la main-d’œuvre ni dégager un revenu équivalent à d’autres productions. Cela peut inciter certains à arrêter le lait pour faire des céréales.

Tous les acteurs de l’aval doivent prendre conscience qu’il en va de l’avenir de la filière et du territoire. De nombreux Parisiens viennent dans le Perche car on y trouve de la verdure, des pâturages et des haies. (…) Malgré le confinement (ces propos ont été tenus le 5 mai, NDLR), j’ai travaillé tout le temps. Je ne dispose pas d’un droit de retrait. J’ai également des astreintes le week-end et les jours fériés. Lorsqu’on ramène le prix du lait à l’heure de travail, nous ne sommes pas bien payés. Investir son capital dans une exploitation comme la mienne pour gagner un peu plus que le Smic n’est pas la panacée  !

La traite est robotisée depuis 2011. Qu’est-ce qui vous a poussé à investir dans un robot  ?

Un voisin l’avait fait en 2007 pour réduire son temps de travail et pour des motifs zootechniques. Or cela fonctionnait. J’ai donc investi dans le même matériel. C’est plus facile pour jouer la complémentarité. Quand je pars en vacances, mon voisin s’occupe des astreintes robot et réciproquement. En 2013, un autre voisin nous a imités.

Nous obtenons des données journalières sur les animaux (température, qualité du lait, déplacements, etc.). C’est comme si nous avions un contrôle de performance quotidien. Le robot apporte également de la flexibilité. Nous ne sommes plus obligés de traire le matin à 6 heures  ! Les limites résident dans le coût avec un effet de seuil. Un tel outil est adapté pour un troupeau de soixante vaches. À quarante unités, c’est quasiment inaccessible. Pour amortir l’investissement, il faut être aux trois quarts des capacités du robot. (…) C’est une nouvelle technologie. Nos enfants savent gérer une alerte. Et comme le travail est moins physique, le métier gagne en attrait.

Quel regard portez-vous sur la conjoncture  ?

Il y a trois ans, une contractualisation s’est mise place entre l’Association des producteurs de lait Bel ouest (APBO) et Bel. L’opérateur industriel a accepté un prix négocié sur la base d’une alimentation non-OGM et d’un accès au pâturage. Grâce à ce système, nous respirons un peu mieux. Auparavant, nous avions vécu des années compliquées, notamment 2009 et 2014. Bel fait partie des entreprises qui payent le mieux dans le grand Ouest. Parfois, en coopérative, les prix atteignent péniblement 335 euros les mille litres. Cela me désole  !

Quels sont vos projets  ?

Nous avons mis en œuvre un méthaniseur, fruit d’une démarche collective. Cela rejoint la philosophie que nous avions apprise lorsque nous étions conseillers de Chambre  : la force du groupe. Avoir une grosse exploitation laitière avec mon premier voisin à cinquante kilomètres ne m’intéresse pas  ! (…) J’arrive dans la deuxième phase de ma carrière. Il me reste entre quinze et vingt ans à effectuer. Mes enfants suivent des études. Je modère donc mes investissements. Je veux simplement avoir des outils au goût du jour. Dix ou quinze vaches supplémentaires amélioreraient l’optimisation du robot. (…)

À travers le Centre régional de l’économie laitière (Criel), nous travaillons avec de nombreux acteurs. Par contre, il faut maintenir une capacité de production. Si les éleveurs disparaissent, il n’y aura plus de lait. Les collecteurs ne voudront plus venir. Le combat syndical consiste à garder une dynamique. Le potentiel est énorme. Par rapport au Nord, le Loir-et-Cher n’a pas à rougir de ses performances techniques et économiques. Les éleveurs sont des professionnels. C’est dommage de voir partir un savoir-faire.

Propos recueillis par Olivier Joly

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