« Il ne faut pas que les grains de sable deviennent de gros cailloux »

par Laure Sauvage, mis à jour à 02:03
Réagir Réagir Imprimer Imprimer Envoyer Envoyer Partager Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur Google+ Partager sur LinkedIn
« Il ne faut pas que les grains de sable deviennent de gros cailloux »

En ce temps d’épidémie de coronavirus, Philippe Noyau, président de la chambre d’Agriculture Centre-Val de Loire, fait un point agricole.

Horizons : À ce jour, quels sont les impacts de cette pandémie sur le secteur agricole  ?

Philippe Noyau  : Nous découvrons tous les jours de nouveaux problèmes… Et le risque, c'est de voir les grains de sable s'accumuler et gripper très vite la machine  ! Comme l’a rappelé le ministre Didier Guillaume, « en ces temps bouleversés, la chaîne agro-alimentaire et l’activité agricole constituent des activités vitales pour la population ». Il faut donc permettre à nos agriculteurs et à nos filières de continuer à produire tout aussi efficacement. À ce jour, la filière horti-pépi est très impactée, mais aussi les maraîchers et les vignerons de la Région. Les filières ovine, caprine, bovins viandes, restent vigilantes sur les débouchés…

Durant cette pandémie, le maintien des marchés (fermés ou de plein air) et des boutiques à la ferme est indispensable à toute la profession agricole afin d'écouler une partie de la marchandise. Ce sont des lieux de vente essentiels à notre tissu de petits producteurs maraîchers et pour les éleveurs pratiquant la vente directe. Il faut maintenir tous ces lieux de vente ouverts, tout en assurant la biosécurité des clients et des vendeurs.

Concernant la filière horti-pépi  ?

C’est un cri d’alarme qui est lancé  ! Il est important de rappeler que le gros de l’activité horti-pépi est censée se faire en ce moment… Or, en raison de la fermeture des commerces non essentiels, fleuristes ou jardineries, tous les contrats sont en train de tomber les uns après les autres. C’est une catastrophe économique. Dans la région Centre-Val de Loire, qui compte 280 horticulteurs et pépiniéristes, c’est 80  % de pertes de chiffre d'affaire annoncées. C’est affligeant de se dire que ces professionnels qui ont travaillé toute l’année et déjà payé toutes leurs charges sont condamnés à jeter leurs plantes et fleurs.

En solutions de secours, il leur reste d’essayer d’écouler leur marchandise en direct sur leur exploitation et auprès des revendeurs autorisés à s'installer sur les marchés en plein air. Ça ne fonctionnera que si l’État n’interdit pas les marchés et permet aux citoyens de pouvoir se rendre sur les exploitations comme s’ils se rendaient dans une supérette.

Le Covid-19 a-t-il un impact sur le recrutement des travailleurs saisonniers  ?

À l’heure où les agriculteurs ont besoin de la main d’oeuvre saisonnière pour récolter les productions, d’asperges et de fraises notamment, les frontières sont fermées avec plusieurs pays de l'est ou du sud de l'Europe, bloquant ainsi sa venue habituelle. Se pose aussi le problème du covoiturage, qui ne peut se faire qu’à deux dans une voiture… Or bien souvent il n’y a qu’un chauffeur pour un groupe. Pour que les exploitations continuent à produire, il faut des salariés sur les exploitations… Nous pourrions très bien nous appuyer sur les 11 000 chômeurs partiels en région Centre et les très nombreux étudiants. Venir travailler sur une exploitation est une bonne occasion de sortir de chez eux, de découvrir un métier et d’être utiles et solidaires.

Dans ce contexte de crise sanitaire majeure et de confinement, comment agit le réseau des chambres d'Agriculture  ?

En ces temps difficiles c’est le boulot des Chambre de rassurer les agriculteurs et leurs salariés. L’ensemble des collaborateurs et des conseillers restent ainsi au travail et à l’écoute des agriculteurs, par mail ou par téléphone. Une foire aux questions sur le Covid-19 a également été mise en ligne sur les sites des Chambres. Mise à jour régulièrement, cette FAQ répond aux principales questions posées sur les impacts du coronavirus  : d’ordre administratif, réglementaire ou plus général (circuits courts, élevage, environnement, entreprise, Pac…). Nous prenons le temps de répondre, étudier branche par branche, analyser les problématiques pour rassurer l’agriculteur qui embauche et le salarié qui viendra sur son exploitation.

Nous sommes bien évidemment aussi en lien direct avec les services de l’État et les banques pour soutenir les filières les plus touchées par cette crise. En plus du report des charges, chômage partiel, prêts à court terme, réorientation des cap filières, il va falloir débloquer du cash, aller à la pêche aux subventions et demander une année blanche. Nous avons tiré la sonnette d’alarme, il ne faut pas que les grains de sable deviennent de gros cailloux d’ici 15 jours… Il faut rassurer les gens pour que les entreprises continuent de tourner. 60  % de la production est encore faite en Espagne et Italie et 80  % en Allemagne. L’économie peut donc continuer de fonctionner en France aussi.

Qu’est ce que vous aimeriez dire aux consommateurs  ?
C’est le moment de consommer français, d’acheter des produits de saison près de chez soi  ! Au quotidien, les agriculteurs se battent pour continuer de nourrir la population. Mais pour qu’ils puissent poursuivre leur travail, il faut que la chaîne fonctionne sans rupture et que les citoyens jouent le jeu et consomment local. Dans cette situation d’urgence sanitaire, c’est d’autant plus désolant de constater que l’on jette encore des produits français… Nous jetons des fraises de la région alors qu’en même temps nous en importons d’Espagne. Il faut des achats plus responsables et raisonnables. C’est dès maintenant que l’on construit l’après-virus. Il faut écrire la page et repenser l’économie circulaire dans un contrat tripartite entre les agriculteurs, l’État et la société.

Propos recueillis par Doriane Mantez

Envoyer Imprimer

COMMENTEZ CET ARTICLE

Accéder à la charte des commentaires
Signaler un commentaire abusif

Charte de comportement sur le site horizons-journal.fr

Les espaces de contribution du site Internet de Horizons Centre Ile de France (commentaires, témoignages, chats, …) sont des espaces d'échanges et de discussions, respectueux du pluralisme, à partir des sujets publiés sur le site de Horizons.

Quiconque peut y participer à condition d'avoir au préalable validé, au moyen d'une adresse de courriel valide ou de son profil facebook, son inscription sous son nom ou sous un pseudonyme.

La participation aux espaces de contribution de Horizons suppose l'acceptation et le respect par chacun de règles de conduites établies par Horizons Centre Ile de France et qui ne souffrent aucune contestation.

Les commentaires des internautes sont modérés, c'est-à-dire qu'un ou plusieurs modérateurs veillent au respect des règles ci-dessous. Le ou les modérateurs peuvent, sans discussion possible, supprimer tout ou partie d'un commentaire tombant sous le coup de la loi ou contraire à la présente charte.

Horizons Centre Ile de France se réserve le droit d'exclure des espaces de contribution, temporairement ou définitivement, celles et ceux qui violeraient ces règles de façon répétée ou systématique.

La modération s'effectue a posteriori. Tout commentaire posté sur horizons-journal.fr est immédiatement mis en ligne. Il est validé ou non par le ou les modérateurs dans les heures qui suivent.

Les internautes participants au site de Horizons sont invités à signaler d'éventuels dérapages au moyen du lien ad hoc présent dans les pages.

 

Rappel de la loi

Les propos tombant sous le coup de la loi sont proscrits sur le site :

Le racisme ou l'antisémitisme, l'incitation à la haine ou à la discrimination raciale ou religieuse, la xénophobie (tout propos formulant une critique générale contre l'ensemble d'une population, d'un pays, d'une nation ou d'une communauté).

L'appel à la violence

L’apologie des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, le révisionnisme ou le négationnisme

Les propos pouvant heurter la sensibilité des mineurs, la pédophilie, la pornographie

La diffamation ou l'injure, les propos mettant en cause l'honneur ou la réputation d'une personne physique ou morale, publique ou privée

L’apologie du suicide

Les informations relatives à la vie privée.

L'utilisation d'oeuvres protégées par des droits d'auteur


Les règles de conduite

Sont exclus les propos contraires aux principes suivants :

Le respect des participants. Pas d'insultes ou d'invectives envers autrui ou les participants aux espaces de contribution. On débat sur le terrain des idées, des faits et des arguments. L'agressivité est bannie.

La correction. Pas de propos injurieux, obscènes ou offensants, pas de propos grossiers, pas d'attaques ou d'allusions concernant le physique d'une personne publique ou privée, qu'elle soit président de la République ou simple voisin.

Le respect de la grammaire et de l'orthographe. Le respect de ses interlocuteurs passe par le respect de la langue française, garant de la bonne expression et de la compréhension des idées.

Le respect de la vie privée. Pas de publication non sollicitée d'adresses e-mail, de numéros de téléphone et adresses postales.

La mesure. Le harcèlement par la répétition de messages identiques ou très voisins et la répétition de liens hypertextes identiques vers d'autres sites entraînera la suppression systématique des contributions et le bannissement définitif des contributeurs.

Est également proscrit le détournement des espaces de contributions pour faire de la propagande ou du prosélytisme, à des fins professionnelles ou commerciales, et à des fins politiques, religieuses ou sectaires.










Le lien vers l'article sera automatiquement ajouté dans votre email



Sondage express

Aucun sondage

> Tous les sondages