«  Notre région paye très cher la disparition des néonicotinoïdes  !  »

par Laure Sauvage, mis à jour à 01:21
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«  Notre région paye très cher la disparition des néonicotinoïdes  !  »

Jacky Réveillère est agronome chez Axéréal. Il dresse un état des lieux sanitaire des cultures en Centre-Val de Loire et apporte des solutions pour combattre les pucerons.


Horizons  : Quel est l’état sanitaire des cultures dans la région  ?

Jacky Réveillère  : La jaunisse nanisante de l’orge (JNO) constitue le principal problème des céréales (avec l’enherbement). La maladie est transmise à l’automne par un puceron. Les blés et les orges semés lors des premières semaines d’octobre ont été bien implantés.

Mais, ensuite, ils n’ont pas toujours été protégés contre les insectes. D’où une présence de la JNO que je n’avais jamais vue de ma vie à une échelle géographique aussi étendue  !

Pour la seconde vague de semis, après l’épisode pluvieux de la dernière semaine d’octobre et la première de novembre, les conditions d’implantation ont été le premier facteur limitant. Cela n’exclut pas la présence de pucerons mais à un degré moindre.

J’évoque également les pucerons du feuillage en sortie d’hiver (avril et mai). Cependant, il n’y a pas de relation directe entre la présence de pucerons dans le feuillage au printemps et celle plus tardive de pucerons sur l’épi. De fait, les seconds sont peu présents. (…)

Notre région paye très cher la disparition des néonicotinoïdes en traitement de semences  ! Ceux-ci permettaient de maîtriser les ravageurs vecteurs de viroses à l’automne sur céréales et les insectes attaquant l’apex du colza. Aujourd’hui, nous n’arrivons plus à protéger les cultures dominantes en Centre-Val de Loire.

Quels sont les problèmes spécifiques du colza  ?

Pour la troisième fois en quatre ans, nous avons connu des difficultés d’implantation. En raison d’une fin d’été sèche, une partie des colzas n’a pas été semée. S’ils l’ont été, ils n’ont pas forcément levé ou alors tardivement, lors des pluies de fin septembre. Conséquence  : la sole de colza a diminué de 30  %.

S’y ajoutent les attaques de la grosse altise et du charançon du bourgeon terminal. D’où une interrogation sur le retournement des parcelles jusqu’en sortie d’hiver. Cette tête de rotation de nombreuses exploitations est remise en cause. En revanche, l’incidence des méligèthes est sans comparaison avec celle des pucerons.

Quelles sont les raisons de la forte pression de la JNO  ?

Avec des automnes et des hivers doux, les ravageurs sont difficiles à repérer. Mais ils sont là et ils transmettent des viroses. S’y ajoute le contexte particulier de cette année. À cause des pluies de l’automne, les agriculteurs n’arrivaient pas à finir leurs semis. Derrière, les interventions phytosanitaires n’étaient pas prioritaires ou pas possibles (problème de portance des sols). 

D’autre part, en 2018, lors de l’automne qui a suivi l’interdiction du Gaucho, nous avions alerté les agriculteurs sur le risque que représentaient les pucerons vecteurs de viroses. Or nous n’avions rien eu. Inconsciemment, les agriculteurs ont baissé la garde.

Conséquence, l’année suivante, les orges non protégées par des insecticides en végétation ont été très touchées. Certaines parcelles ont été retournées. Pour le blé, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu des attaques de la JNO aussi importantes que cette année. Toutefois, dans le Loiret, à l’automne 2015, en blé dur et en blé améliorant, nous avions été surpris par le niveau d’attaque de la JNO sur des semis tardifs.

Mais nous n’avions pas mesuré les conséquences finales. L’épisode pluvieux de fin mai 2016 avait compromis la fertilité des épis. D’où des rendements de 45 q/ha, indépendamment de la présence ou pas de la JNO. Cette année, le phénomène est beaucoup plus général.

Quelles sont les conséquences en termes de débouchés  ?

L’impact sur la moisson sera plus quantitatif que qualitatif. Il manquera des grains. Mais ceux qui resteront seront normalement formés. Je fais abstraction de la fin de cycle brutale des orges avec la chaleur que nous venons d’avoir. Mais je n’associe pas attaque de la JNO et qualité technologique de la récolte.

Quelles sont les solutions pour combattre les pucerons  ?

La première consiste à semer une parcelle où il n’y a pas de réservoir de pucerons et de viroses. Il faut donc détruire les repousses des céréales au moins deux semaines avant les semis de la nouvelle céréale.

Deuxièmement, plus vous retardez votre date de semis, moins la pression des cicadelles et des pucerons se fait sentir. Les agriculteurs peuvent appliquer efficacement la première solution. La question se reposera lorsque nous n’aurons plus de glyphosate. En revanche, nous sommes moins audibles quand nous conseillons de retarder les semis. Surtout cette année, après un automne où les professionnels ont eu du mal à semer.

Les interventions insecticides en végétation fonctionnent bien. Mais quand les positionner  ? Les seuils d’intervention sont bas  : 10  % de plantules de blé hébergeant au moins un puceron. Ce n’est pas facile à voir.

Aux moyens prophylactiques et chimiques, s’ajoute la génétique. Certaines variétés d’orges sont tolérantes à la JNO. Problème  : le catalogue des variétés d’orges brassicoles tolérantes à la jaunisse est quasiment inexistant. La solution est valable uniquement pour le marché fourrager. Or Axéréal est très impliqué dans la filière brassicole… En blé, aucune variété n’est tolérante. Toutefois, l’incidence de la JNO est plus ténue sur celui-ci que sur l’orge.


Propos recueillis par Olivier Joly

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