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Campagnols des champs : « une situation critique à l’automne »

Jérôme Boisgard est technicien chez Terres bocage gâtinais.

Horizons : Quels constats faite-vous sur le secteur de la coopérative Terres bocage gâtinais au sujet des campagnols des champs ?

Jérôme Boisgard : À l’ouest d’une bande allant de La Chapelle-la-Reine en passant par Aufferville et jusqu’à Gironville, la situation était critique à la fin de l’automne. La présence du campagnol des champs étant cyclique, la dernière période où la pression a été aussi forte remonte à la campagne 2007-2008. Cette année, les dégâts sont importants sur le blé mais aussi sur des parcelles de colza, une première dans ce secteur.
De plus, les tensions sont exacerbées sur le terrain car les exploitants agricoles du Loiret, nos voisins, sont autorisés à utiliser la bromadiolone depuis la mi-novembre pour endiguer la présence de ce nuisible des cultures.

Quels sont les facteurs qui favorisent la pullulation de ce nuisible des cultures ?

La mise en place de jachères, de couverts végétaux permanents, tout comme les techniques culturales simplifiées, contribuent à leur développement, le mulot n’étant pas gêné par le travail du sol. La culture betteravière est aussi un facteur de risques. Le non fauchage des bords de route accentue également la situation. A contrario, de fortes pluies, en détruisant les galeries, contribuent à réduire leur population.

Pourquoi le traitement chimique, à savoir l’utilisation de la bromadiolone, n’est-elle pas autorisée en Ile-de-France contrairement à d’autres régions ?

La Driaaf et la Driie(1) ont demandé une étude complémentaire à la Fredon Ile-de-France avant de se prononcer. Face aux agriculteurs, des lobbies font pression pour maintenir l’interdiction d’utiliser la bromadiolone, un anticoagulant, contre le campagnol des champs. Pourtant, il ne faut pas confondre cette utilistation qui se fait sous forme d’appât avec un épandage en grandes cultures ou en élevage. Or, si les méthodes alternatives, comme les perchoirs à rapace, la présence de renards, hérons cendrés, goélands… doivent être privilégiées, en cas de fortes invasions, leur effet est limité. De plus le développement de ces espèces engendre d’autres conflits.

Si la bromadiolone est autorisée sur tout ou partie de l’Ile-de-France, quel parcours devront suivre les exploitants agricoles ?

Les agriculteurs qui voudront utiliser de la bromadiolone contre le campagnol des champs doivent suivre, au préalable, une formation. Au sein de Terres bocage gâtinais, nous avons déjà organisé trois sessions et une quatrième est programmée le 9 juin. Cette formation est obligatoire pour avoir accès au produit quand il sera autorisé. Puis, un parcours précis s’impose à l’exploitant agricole. Dans un premier temps, il devra identifier la parcelle infestée et effectuer un comptage pour justifier de la présence réelle de ce nuisible mais pas en quantité trop importante : au-delà de 30 %, l’utilisation de l’appât est interdite. Ce relevé sera à envoyer à la Fredon Ile-de-France, qui informe en retour cinq organismes différents : Driaaf, Driee, DTT, FDC(2) 77, ONCFS(3), CDCFS(4) et la mairie qui doit afficher la présence d’appât 48 h avant leur installation. En parallèle, l’exploitant reçoit un bon d’utilisation destiné au distributeur autorisé à commercialiser ce produit. Ce fonctionnement est vu comme une nouvelle « machine à gaz » sur le terrain.

(1)Direction régionale interdépartementale de l’Environnement et de l’Énergie.

(2)Fédération départementale des chasseurs.

(3)Office national de la chasse et de la faune sauvage.

(4)Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage.

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