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Visite
Annie Genevard en Loir-et-Cher pour écouter le monde agricole et apporter ses solutions

Annie Genevard était en Loir-et-Cher, vendredi 10 avril. Elle a rencontré les représentants de l’AOP Selles-sur-Cher au sein de la fromagerie Hardy, puis s’est rendue au ZooParc de Beauval avant de s’entretenir avec les syndicats agricoles à Langon-sur-Cher.

« Je fais régulièrement entre trois et quatre visites par semaine pour rencontrer les acteurs du monde agricole, car c’est sur le terrain qu’on s’imprègne le mieux des problématiques », a assuré Annie Genevard lors de son déplacement à Langon-sur-Cher. Son périple a débuté à la fromagerie Hardy, site du groupe Triballat, à Châtillon-sur-Cher. La ministre s’y est entretenue avec les acteurs de la filière caprine départementale et plus largement les représentants des cinq AOP de la région Centre-Val de Loire. Sylvain Boiron, secrétaire général de la fédération nationale des éleveurs de chèvre (FNEC) et éleveur caprin à Vallières-les-Grandes était présent. Parmi les sujets abordés, la gestion sanitaire du lait cru y a occupé une place centrale. Comme l’indiquait récemment au sein de nos colonnes, Jérémie Chipault président de l’AOP Selles-sur-Cher, plus de 30 % du lait n’est pas valorisé en raison de détections probables de la bactérie escherichia coli. Les échanges, à huis clos, ont porté sur ces enjeux essentiels.

Un intermède à Beauval

La visite s’est poursuivie au ZooParc de Beauval, où une nouvelle ferme pédagogique, Bucolia et Les Terres rouges, met en avant des races anciennes. « Cette ferme reflète la diversité du monde agricole du Loir-et-Cher et valorise le patrimoine de la Sologne, du Berry et plus largement du département », a souligné Rodolphe Delord. La ministre a salué cette initiative, estimant qu’elle « permettra de valoriser les richesses de notre agriculture auprès des plus jeunes et du grand public ». Avant l’inauguration, elle a également parcouru le parc, découvrant notamment les koalas, pandas, éléphants et gorilles.

Un système à bout de souffle

La journée s’est conclue dans un élevage bovin, à la ferme des Guillemeaux, à Langon-sur-Cher, où les syndicats agricoles étaient réunis. Tous ont dressé un constat similaire : le système « blé-orge-colza » est « à bout de souffle », avec des marges devenues quasi nulles dont « 1 500 euros de produit à l’hectare pour à peine 1 euro restant », a insisté Arnaud Bessé, vice-président de la chambre d'Agriculture, dans un contexte de forte hausse des charges de structure, passées de 700 à plus de 1 100 euros/ha. La diversification apparaît comme une nécessité pour « créer de la valeur autrement », mais elle reste dépendante de l’accès à l’eau, qualifiée de « condition et non de confort », par Camille Lecomte, président de l’organisme unique de gestion collective (OUGC). Une question qui illustre le niveau d'inquiétude d'une partie du monde agricole a retenu l'attention de l'auditoire, celle de François-Xavier Rone, en charge des dégâts de gibier à la chambre d'Agriculture de Loir-et-Cher : « Madame la ministre, est-ce que vous souhaitez qu'on se souvienne de vous comme étant la dernière ministre de l'Agriculture ou comme étant la ministre qui a sauvé l'agriculture française ? Car si aucune décision concrète n'est prise, il n'y aura plus d'agriculture en France demain ».

Un revenu agricole au plus bas

Olivier Hardouin, président de la FNSEA 41, a évoqué « un moment de bascule », avec des trésoreries « à sec » et un revenu moyen de 12 000 euros en 2024, « en dessous des seuils de viabilité ». Il a également dénoncé l’absence de soutien régional, source de « distorsions » entre territoires. « On ne peut pas demander de produire et retirer nos moyens de production », a-t-il insisté, appelant à « redonner de la visibilité » et à faire preuve de davantage de « courage politique », notamment dans l’élaboration et l’application des lois actuellement en discussion au niveau national pour le monde agricole. Olivier Hardouin a évoqué également la hausse du GNR qui pèse considérablement sur les exploitations loir-et-chériennes. « Sans GNR, on ne sème pas, on ne récolte pas et on ne produit pas. L'impact de la hausse en Loir-et-Cher c'est 6 500 euros par tranche de 100 hectares sur un mois. Nous attendons des mesures fortes et surtout un bouclier sur le prix du GNR ». Du côté de Jeunes agriculteurs, Jeanne Hermant a alerté sur l’attractivité du métier, notamment en zones intermédiaires et en Sologne, classées « défavorisées ». L’accès à l’eau et le développement de filières y sont jugés indispensables : « Sans réponses rapides, on va avoir des exploitations qui vont fermer ». Anne-Sophie Latour, présidente de la MSA Berry-Touraine a confirmé la dégradation de la situation économique et humaine, avec des revenus parmi « les plus faibles depuis 2017 » et une hausse du mal-être agricole dû à la conjoncture agricole du moment (+ 75 % de situations accompagnées).

Une loi d’urgence attendue

Après avoir écouté les différents témoignages, Annie Genevard a détaillé les mesures de la loi d’urgence agricole présentée le 8 avril en conseil des ministres. Elle a notamment évoqué des leviers sur le stockage de l’eau, avec un assouplissement des règles et des possibilités de dérogation pour faciliter les projets, ainsi que des mesures visant à protéger le foncier agricole. Reconnaissant que le texte « n’est pas parfait », la ministre a insisté sur la nécessité « qu’il soit votable ». Sur les phytosanitaires, elle a rappelé l’importance de maintenir des moyens de production : « S’opposer aux moyens de production des agriculteurs, c’est se condamner à consommer des produits venus d’ailleurs. Nous sommes dans une logique de réduction, mais quand il n’y a pas de solution, il faut bien continuer à produire ».

Très attendue par les professionnels, cette rencontre a permis à la ministre de présenter les orientations en cours, tout en appelant à une responsabilité partagée : « N’attendez pas tout du président de la République. Dans un an, il ne sera plus là, mais le cap que nous construisons doit perdurer. »

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