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Une campagne betteravière hors norme à Corbeilles

Après un été marqué par une sécheresse exceptionnelle, la campagne betteravière se déroule sous tension à Corbeilles-en-Gâtinais (Loiret). Rhizopus, baisse de cadence de l’usine et parcelles très dégradées obligent la filière à s’adapter.

La campagne betteravière a débuté il y a environ trois semaines pour le secteur de Corbeilles-en-Gâtinais (Loiret). Elle démarre dans un contexte que les planteurs disent n’avoir jamais connu. « On a eu 49 jours à plus de 30 °C », rappelle Hervé Fouassier, président de la section Corbeilles-Nangis de Cristal Union. Le déficit hydrique atteindrait près de 500 mm, contre 200 à 250 mm en moyenne ces dix dernières années. « Même en quarante ou cinquante ans, on n’a jamais vu ça. » Dans les champs, les dégâts prennent plusieurs formes. Certaines betteraves sont mortes. D’autres ont été fragilisées par la jaunisse, le charançon ou le rhizopus, un champignon responsable de pourritures.

Fin août, face à l’état de certaines parcelles, Cristal Union a décidé de les expertiser avant réception. Un seuil de 20 % de betteraves touchées a été fixé. En dessous, elles peuvent encore être utilisées pour produire du sucre. Au-delà, leur dégradation devient trop importante. « Une faible proportion de betteraves dégradées peut bloquer l’usine au niveau de la filtration », explique Hervé Fouassier.

Arracher au plus près de l’enlèvement

La campagne a donc commencé avec des betteraves irriguées, moins touchées. Les parcelles en sec ont ensuite été intégrées progressivement. À Corbeilles, l’usine tourne depuis à un rythme plus faible qu’en année normale. « On a baissé la cadence de 10 à 15 %. Certains jours, il faut encore ralentir selon la qualité des betteraves qui arrivent », indique Hervé Fouassier.

La conservation des betteraves devient un point de vigilance majeur. Avec des sols encore chauds, les racines peuvent continuer à se dégrader une fois mises en tas. Hervé Fouassier appelle donc les planteurs à arracher au plus près de l’enlèvement, deux à trois jours avant au maximum. « Il en va de la responsabilité de chacun. Il vaut mieux que l’usine ralentisse plutôt qu’elle s’arrête parce que des betteraves se sont dégradées en silo. » Une consigne qu’il présente comme un enjeu collectif pour préserver au maximum la qualité des apports et maintenir l’usine en fonctionnement.

Des débouchés pour sauver les parcelles les plus touchées

Les parcelles dépassant 20 % de betteraves touchées ne sont pas pour autant condamnées. Cristal Union cherche à leur trouver un autre débouché. Une première piste consiste à produire de l’alcool. À Arcis-sur-Aube (Aube), l’ouverture de la campagne sucre a été repoussée de quelques jours pour traiter des betteraves dégradées. L’essai a permis de produire de l’alcool. Une solution proche est maintenant étudiée pour Corbeilles. Après la campagne sucre, prévue jusqu’au début novembre, l’usine pourrait transformer certaines betteraves en sirop. Celui-ci serait ensuite envoyé à Arcis-sur-Aube pour être distillé. « Si on peut sauver encore 1 000 ou 1 500 hectares, il faut qu’on les sauve », insiste Hervé Fouassier.

Toutes les parcelles ne pourront pas être valorisées. Sous 10 à 15 tonnes par hectare, l’arrachage devient difficile à rentabiliser. Pour les autres, Cristal Union demande aux planteurs de patienter : « Il est urgent d’attendre. Il ne faut pas détruire les parcelles pour l’instant ». Les pluies pourraient faire disparaître une partie des racines les plus atteintes. Elles ne remonteraient alors plus lors de l’arrachage, ce qui permettrait de récolter une proportion plus saine de betteraves. La situation sera réévaluée d’ici la fin octobre.

L’irrigation tire son épingle du jeu

Les parcelles irriguées s’en sortent mieux cette année. Pour Hervé Fouassier, l’accès à l’eau restera un levier important, sans pouvoir devenir l’unique réponse. « On ne pourra pas irriguer 100 % des betteraves. » L’adaptation passera aussi par la génétique. Des différences variétales apparaissent face au rhizopus. Cristal Union mène des essais sur des acides aminés susceptibles d’améliorer la résistance des plantes au stress hydrique. La protection de la culture reste un autre chantier. La filière attend la flupyradifurone en enrobage de semences. Hervé Fouassier estime qu’elle permettrait de mieux protéger les jeunes betteraves contre la jaunisse et certains ravageurs du sol. « Avec ça, on va gagner des stades au niveau de la culture. On arrivera au mois de juin avec des plantes plus résistantes. » D’autres solutions sont testées contre le charançon.

« La betterave a toute sa place »

Malgré une campagne très difficile, Hervé Fouassier ne croit pas à un recul durable de la betterave dans le département. Il mise sur les progrès techniques, le socle irrigué et une amélioration du marché. Le déficit de production attendu en Europe commence, selon lui, à faire remonter les prix du sucre. Les effets devraient surtout se faire sentir l’an prochain. « Le sucre est une activité cyclique. On était dans un bas de cycle. Je suis certain qu’on va retrouver un haut de cycle dans les années qui viennent. »

Le bassin situé au sud de Paris garde aussi, selon lui, une position stratégique pour approvisionner les marchés du sud de l’Europe. « On n’a pas à rougir de notre position. La betterave a toute sa place ici.  » Pour conserver les surfaces, il faudra cependant maintenir des moyens de production efficaces et rester compétitif dans les exploitations comme dans les usines. Le prix restera déterminant. « Si on arrive à augmenter le prix de la betterave, elle gardera sa place dans les assolements, même dans des secteurs non irrigués avec des rendements un peu plus faibles », conclut le président de la section Corbeilles-Nangis de Cristal Union.

Voir aussi notre REPORTAGE VIDÉO Betteraves : une campagne hors norme

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