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Crise agricole
GNR, engrais, pucerons… Les agriculteurs inquiets

La FNSEA 45, JA 45 et la CGB ont rencontré jeudi 23 avril le député Anthony Brosse sur une exploitation à Sermaize. L’occasion de faire remonter les inquiétudes du terrain, entre hausse des charges et incertitudes.

Jeudi 23 avril, à Sermaize. Les représentants agricoles ont remis symboliquement une clé au député, sur laquelle était inscrit « Ouvrez nos moyens de production », pour illustrer leurs attentes.
Jeudi 23 avril, à Sermaize. Les représentants agricoles ont remis symboliquement une clé au député, sur laquelle était inscrit « Ouvrez nos moyens de production », pour illustrer leurs attentes.
© FNSEA 45

La rencontre organisée sur l’exploitation de l’ETA Thomain jeudi 23 avril a permis aux représentants agricoles d’échanger directement avec le député Anthony Brosse. Autour de la FNSEA 45, des Jeunes agriculteurs et de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), plusieurs sujets ont été abordés. Dès l’ouverture, Éric Delorme, secrétaire général de la FNSEA 45, a posé le cadre : « La question, c’est comment on fait pour l’année prochaine, voire cette année. Mais c’est surtout l’année prochaine qui nous inquiète ».

Des charges en forte hausse

Parmi les préoccupations, le coût du GNR reste central. « Même s’il y a eu des annonces du gouvernement, c’est toujours beaucoup trop », indique Éric Delorme. La hausse des engrais est également pointée comme un facteur majeur. « Ça va impacter très lourdement les exploitations. C’est sûrement le plus gros poste », souligne-t-il, évoquant des charges pouvant « dépasser 100 000 euros sur des exploitations moyennes ».

Betteraves et pucerons sous surveillance

Les producteurs ont également alerté sur la situation en betterave sucrière. La pression des pucerons, combinée à un manque de solutions efficaces, alimente les inquiétudes. « C’est un réel problème que vous connaissez », a insisté Éric Delorme, appelant à des réponses concrètes. Les agriculteurs ont rappelé que l’absence de certains moyens de production les contraint à multiplier les passages dans les parcelles, avec des solutions jugées moins efficaces que celles désormais interdites. Une situation qui entraîne mécaniquement une hausse des coûts, notamment en GNR.

Une exploitation structurée mais sous pression

L’échange s’est tenu sur l’exploitation de Dylan Thomin, qui travaille avec son père au sein d’une structure familiale implantée à Sermaize. L’exploitation s’étend aujourd’hui sur 215 hectares. « Je représente la cinquième génération », précise Dylan. La structure a évolué au fil du temps. Lors de son installation en 1996, son père exploitait environ 110 hectares. Depuis, la surface a doublé, notamment grâce à la reprise de terres familiales. L’irrigation constitue un élément clé du système. Environ 130 hectares en sont équipés, permettant la diversification des cultures, avec l’introduction de pommes de terre, oignons, betteraves ou encore maïs. « C’est une sécurité », souligne Dylan Thomin. Dans ce contexte, l’évolution des structures apparaît comme une adaptation économique, notamment pour absorber le coût du matériel.

Le GNR au cœur des préoccupations

En parallèle, l’exploitation développe depuis une vingtaine d’années une activité d’épandage sur un rayon d’environ 60 kilomètres. Mais les équilibres économiques restent fragiles. « On s’est mis un peu le couteau sous la gorge avec du matériel récent, explique Dylan Thomin. Le problème, c’est de savoir si nos clients vont pouvoir nous payer et si on pourra répercuter nos coûts ».

Sur cette exploitation, la consommation de carburant est importante. « On consomme à peu près 1 200 litres par jour en pleine activité », précise-t-il. Avec la forte hausse des prix ces derniers mois, la situation devient difficile. « Le GNR a fortement augmenté en très peu de temps. C’est très compliqué », souligne-t-il.

Un député à l’écoute

Au cours des échanges, le député Anthony Brosse s’est montré attentif aux échanges, cherchant à comprendre les différentes problématiques exposées par les agriculteurs. Il a partagé le constat dressé sur la situation économique des exploitations. Les discussions ont également porté sur les positions prises à l’Assemblée nationale. Le député a indiqué qu’il partageait ce constat et a souligné la nécessité de faire évoluer les positions au niveau local, notamment auprès des parlementaires du département qui n’avaient pas soutenu la loi Duplomb.

Des perspectives incertaines

Dylan Thomin alerte également sur la question des charges, et en particulier des intrants. « Le plus radical aujourd’hui, c’est l’engrais », souligne-t-il, pointant un poste devenu difficilement maîtrisable dans les équilibres économiques des exploitations. Plus largement, il évoque une accumulation de coûts qui pèse sur l’avenir du métier. « On ne parle même plus de renouvellement des générations, mais presque d’extinction à terme », estime-t-il. Et de rappeler le rôle central de l’agriculture : « Notre métier est indispensable. Du matin au soir, tout le monde a besoin de manger. Et quand il n’y a plus rien dans l’assiette, on voit bien ce que ça peut donner ailleurs ».

Une alerte sur le volet social

Julie Girard, agricultrice à Marsainvilliers et présidente de canton de Pithiviers à la FNSEA 45, a alerté sur la dimension sociale de la crise : « Qui dit financier dit revenus. Si on n’a pas de revenus, on ne peut pas faire vivre nos familles ». Elle évoque des exploitations où l’on travaille davantage faute de pouvoir embaucher, avec des conséquences sur le quotidien et la santé. « On ne peut plus accepter ces situations », ­insiste-­t-­elle, appelant à des réponses des responsables politiques.

Des attentes vis-à-vis des élus

Au terme des échanges, les organisations professionnelles ont réaffirmé leurs attentes. « On aimerait des réponses et des engagements de votre part », a conclu Éric Delorme. Dans un contexte de fortes tensions sur les charges, les cultures et la visibilité économique, cette rencontre illustre les préoccupations du terrain à l’approche de la campagne 2026.

Les représentants agricoles ont également prévenu qu’ils restaient prêts à « durcir » le mouvement si aucune réponse concrète n’était apportée dans les prochaines semaines.

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