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Normes, revenu et souveraineté au cœur des échanges avec le préfet

Lundi 5 janvier, le préfet a reçu les représentants de la FNSEA et de JA d'Eure-et-Loir. Ce rendez-vous a permis de réaffirmer l’urgence d’actes concrets et durables malgré un contexte politique instable.

Lundi 5 janvier, les représentants de la FNSEA 28 et de Jeunes agriculteurs d'Eure-et-Loir échangent avec le préfet d'Eure-et-Loir.
Lundi 5 janvier, les représentants de la FNSEA 28 et de Jeunes agriculteurs d'Eure-et-Loir échangent avec le préfet d'Eure-et-Loir.
© FNSEA28

Dès l’ouverture d'une rencontre qui a duré près de deux heures lundi 5 janvier, le préfet d'Eure-et-Loir, Hervé Jonathan, qui recevait les représentants de la FNSEA 28 et de Jeunes agriculteurs d'Eure-et-Loir, a rappelé les limites de l’action gouvernementale dans le contexte politique actuel affirmant néanmoins que « des choses ont été faites ». Pour autant, comme l’a rappelé David Faucheux, secrétaire général de la FNSEA 28, si certains dossiers avancent, beaucoup restent en suspens.

Des règles du jeu équitables

Le message est clair : les agriculteurs veulent les mêmes règles pour tous, y compris sur les importations. Bertrand Petit, président de la FNSEA 28, a réaffirmé la position du syndicat : moins de contrôles sur les exploitations françaises et un recentrage sur les contrôles aux frontières. Cet accord, vieux de 25 ans, est d'un autre temps. Pour Sylvain Marcuard, président de Jeunes agriculteurs 28, le courrier du Premier ministre reçu le matin même n’apporte aucune perspective durable : « Tout est temporaire », notamment sur la mise en pause du MACF (Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières).

Yohann Serreau, président de la chambre d'Agriculture, a pointé que, dans un monde globalisé, l'Europe est souvent isolée. Elle a une application stricte des règles de l’OMC, pendant que les États-Unis et la Chine soutiennent massivement leur agriculture.

Revenu

Bertrand Petit a alerté sur les refus massifs des banques : près d’un prêt sur deux pour l’achat de matériel serait aujourd’hui rejeté. Les dispositifs de restructuration garantis par Bpifrance sont jugés inadaptés et trop complexes. Éric Thirouin, président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), a pointé un non-sens majeur : les aides ciblent les exploitations aux capitaux propres positifs, alors que celles en difficulté sont précisément celles qui devraient être soutenues.

Par ailleurs, les charges continuent de s’alourdir. Les engrais représentent désormais 21 % des charges, contre 15 % auparavant, soit une perte estimée à 80 euros/hectare, dans un contexte où 61 % des engrais sont importés. La taxe MACF vient en outre s’ajouter à la taxe antidumping entrée en vigueur mi-2025.

Éric Thirouin a affirmé l’urgence de la mise en place d’un fonds d’allègement des charges : prise en charge des cotisations sociales et des intérêts, mise en place de cellules départementales sous l’égide du préfet. L’objectif est de tendre vers une année blanche.

Eau, phytos et adaptation au changement climatique

Sur le dossier de l’eau, les représentants des deux syndicats attendent des signaux forts tant sur les aires de captage que sur la gestion faite par les Agences de l'eau.

Côté phytos, 2026 marquera la dernière année du flufénacet, avec peu d’alternatives opérationnelles. Le prosulfocarbe, très volatil, ne suffira pas à compenser, faisant craindre des impasses de désherbage, particulièrement sur les sols drainés.

L’arrêté du 24 décembre, qui diffère d’un an l’entrée en vigueur du Registre phytosanitaire numérique tout en en fixant le contenu, cristallise les critiques. Éric Thirouin y voit un « en même temps » intenable.

Sylvain Marcuard l'a martelé : « Il n’y a pas d’adaptation au changement climatique sans revenu ». L’agriculture se pense à l’échelle de l’année entière, intégrant aussi bien les aléas estivaux que les conditions hivernales. Le préfet a partagé ce constat, tout en rappelant que l’adaptation climatique n’est pas un luxe mais une condition de pérennité des exploitations.

Quelle vision pour l'agriculture ?

La question centrale reste : quelle vision pour l’agriculture de demain en France et en Europe ? Le préfet a relevé une évolution depuis les mobilisations de 2024 et le vote de la loi Duplomb et de la loi d'orientation agricole en 2025 : la souveraineté alimentaire est désormais sur la table et certaines orientations européennes vont, selon lui, dans le bon sens. Reste à les traduire concrètement dans tous les ministères concernés. Les responsables syndicaux ont insisté sur la nécessité de publier rapidement les décrets d'application des lois votées l'année dernière alors que certains décrets non souhaités par la profession sont, eux, rapidement publiés. Une situation qui fragilise la confiance entre l’État et les agriculteurs.

Un message sans ambiguïté a conclu la rencontre : sans pression collective et sans mobilisation, rien n’avance. Les agriculteurs attendent désormais des actes à la hauteur des enjeux.

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