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Une délégation martiniquaise visite une exploitation maraîchère francilienne

Dans le cadre d'un Éduc'tour incluant une visite du Salon de l'agriculture, la FDSEA Martinique a visité une exploitation. Jean-Charles Raehm, maraîcher installé à Mandres-les-Roses (Val-de-Marne), a pu présenter ses productions à la petite dizaine de Martiniquais présents.

Il n'est pas rare pour un agriculteur de faire visiter son exploitation. En revanche, accueillir une délégation venue de Martinique est moins courant. Jean-Charles Raehm, maraîcher installé à Mandres-les-Roses (Val-de-Marne), a eu cette opportunité jeudi 26 février, durant la semaine du Salon international de l'agriculture.

Partager les expériences

« Nous voulions voir comment fonctionne l'agriculture en métropole, aller sur le terrain pour observer les différences techniques entre chez nous et ici », souligne Manuel Jean-Baptiste, président de la FDSEA Martinique. « C'est sympathique de pouvoir partager nos expériences », estime de son côté l'hôte du jour.

Sur son exploitation, Jean-Charles Raehm produit toutes sortes de légumes : salades, poireaux, concombres, radis, haricots, patates douces, etc. Concernant les fruits, « nous avons surtout des fraises et un petit atelier de framboises », raconte-t-il à la dizaine de Martiniquais, déçus d'être venus trop tôt dans l'année pour en déguster quelques-unes. Au cours de la visite, l'exploitant francilien revient sur les évolutions récentes des habitudes des consommateurs : « Les légumes comme le poireau, la carotte, les choux sont plutôt en baisse ces dernières années. Pour répondre à la demande, nous produisons davantage de tomates, concombres, poivrons, aubergines, courgettes, etc. Les légumes méditerranéens fonctionnent bien en ce moment ».

Un Éduc'tour martiniquais

Le déplacement d'une délégation martiniquaise s'inscrivait dans le cadre d'un Éduc'tour avec, bien évidemment, un passage au Salon international de l'agriculture (Sia), mais également une visite du Sénat et donc d'une exploitation francilienne. « C'est la première fois que nous organisons cet événement, bien qu'il ait failli être annulé à cause de la DNC », retrace Manuel Jean-Baptiste. L'occasion était belle puisque l'édition 2026 du Sia était inédite avec la mise à l'honneur d'une race bovine ultramarine, à savoir la brahman, avec Biguine, une vache née en 2019, comme égérie.

En raison du contexte sanitaire, celle-ci n'a pas pu être accueillie physiquement à Paris mais a conservé son rôle emblématique, incarnant « la diversité des agricultures françaises et l’engagement des filières ultramarines », annonçaient les organisateurs du plus grand salon de France. Cela n'a finalement pas non plus empêché la création de l'Éduc'tour martiniquais, réduisant d'une vingtaine à une dizaine les participants représentant les différentes filières (banane, élevage ou maraîchage). « Nous allons peut-être poursuivre l'événement de façon annuelle, en allant plus loin », espère le président de la FDSEA Martinique. « Il permettra peut-être même de nouer des partenariats », ajoute-t-il. « On espère que cela va donner des idées de diversifications à nos exploitants. Il y a déjà eu des expérimentations de champignons par exemple. La Réunion produit des pommes de terre, mais pas nous. Tout est une question de financement », explique Clarisse Lesel, secrétaire et seule salariée de la FDSEA Martinique, qui compte 95 adhérents.

Un échange sur de nombreux sujets

Sous la serre de 4 000 m2 servant à la production de tomates, « nous produisons treize variétés différentes, même si c'est compliqué de les faire cohabiter », relate Jean-Charles Raehm. « Nous allons chercher à avoir un écart important dans les températures entre le jour et la nuit, ce que vous aurez peut-être plus de mal à avoir dans les Antilles », détaille-t-il. Avec 4 hectares de serres, cela représente environ 15 % de la surface de production de l'exploitation.

« En Martinique, la production maraîchère se fait principalement en plein champ. Les rares serres, surtout utilisées pour les tomates et éventuellement les salades, ne sont pas vitrées », compare Manuel Jean-Baptiste. « Ce sont des serres classiques avec des bâches, qui nécessitent moins de technique. Pour avoir de telles serres, ça nécessiterait de très importants investissements », témoigne-t-il.

Au fil des discussions, les agriculteurs en ont profité pour échanger sur de nombreux sujets tels que l'irrigation ou les ravageurs, voire les risques dans leur ensemble. « Nous sommes confrontés à certaines problématiques communes, que ce soit le manque de main-d'œuvre, les questions climatiques ou encore le renouvellement des générations », estime le président de la FDSEA Martinique. « Il y a une forte pénibilité de notre métier due au manque d'investissement. L'évolution de nos pratiques est très lente », précise-t-il.

« La possibilité de produire pour l'Hexagone »

Concernant les débouchés, « nous ne vendons qu'en direct, essentiellement aux Franciliens, surtout sur les marchés et dans un magasin à une dizaine de minutes de la ferme », explique Jean-Charles Raehm. « Si on se compare à ceux qui font du détail comme nous, nous sommes dans la moyenne très haute en termes de grandeur, mais si on se compare à l'ensemble, avec ceux qui font du gros, nous sommes plutôt dans la moyenne très très basse », affirme celui qui emploie une vingtaine de personnes en équivalent temps plein sur l'année.

« En maraîchage, nous vendons principalement en direct également, mais aussi dans les supermarchés, dit de son côté Manuel Jean-Baptiste. Le problème, c'est que dès que nos volumes baissent, nous devons augmenter nos prix et nous sommes plus chers que les produits d'importation. Nous ne produisons que 20 % de ce que nous consommons en Martinique. C'est compliqué parce que nous manquons de matériel pour le maraîchage. Nous devons même importer du sucre, principalement de Guadeloupe, alors que nous avons la surface, la technicité et les usines, mais il y a un problème de paiement donc les exploitations se tournent principalement vers le rhum, où les industries paient beaucoup plus vite ».

Le président de la FDSEA de Martinique pointe d'autres problèmes : « Nous devons faire face au souci de la vie chère avec des coûts en moyenne 40 % supérieurs à la métropole. C'est valable aussi pour les intrants. Nous devons également utiliser les mêmes semences qu'en Europe alors qu'elles ne sont pas adaptées à nos latitudes. Pour des questions de normes, nous ne pouvons pas nous fournir auprès de nos voisins comme le Brésil. Enfin, hors bananes, l'export est marginal, surtout sur des produits comme le piment doux. Il y a un enjeu avec la possibilité de produire pour l'Hexagone des choux ou autres aliments sur des périodes où vous ne pouvez pas en cultiver, tandis que nous pouvons le faire toute l'année ».

*Dermatose nodulaire contagieuse des bovinse.

État des lieux de l'agriculture martiniquaise

La Martinique compte près de 2 700 agriculteurs, dont près de 10 % de producteurs de bananes « qui sont très spécialisés sur des exploitations de 10 à 20 hectares, voire 30 ou 40 pour les plus gros », précise Manuel Jean-Baptiste. La production de bananes occupe près d'un quart de la Surface agricole utilisée (SAU). La canne à sucre, pour le rhum et le sucre roux, représente quant à elle près de 20 % de la SAU et environ 150 producteurs. « Le reste des exploitations sont surtout maraîchères et/ou destinées à l’élevage avec des tailles moyennes de 4 à 7 hectares », ajoute le président de la FDSEA Martinique.

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