Les télescopiques seront-ils vraiment autonomes ?
Face à la pénurie de main-d’œuvre, à la hausse des coûts énergétiques et à la nécessité de gagner en productivité, les constructeurs accélèrent le développement de machines électriques, intelligentes et, demain peut-être, autonomes.
Face à la pénurie de main-d’œuvre, à la hausse des coûts énergétiques et à la nécessité de gagner en productivité, les constructeurs accélèrent le développement de machines électriques, intelligentes et, demain peut-être, autonomes.
L’idée d’un télescopique travaillant seul ne relève plus totalement de la science-fiction. Pourtant, le secteur avance avec prudence. Contrairement au tracteur autonome évoluant dans une parcelle dégagée, le télescopique doit évoluer dans des environnements complexes : des bâtiments souvent étroits, des obstacles imprévus, la présence d’animaux, de la poussière ou encore une faible luminosité. Autant de contraintes qui rendent l’autonomie beaucoup plus difficile à mettre en œuvre. Mais cet outil central des exploitations agricoles est sûrement lui aussi à l’aube d’une profonde mutation.
L’électrification s’accélère
La première révolution déjà visible concerne l’électrification. Plusieurs constructeurs ont lancé leurs premiers modèles électriques ou hybrides. Manitou, JCB, Merlo ou encore Faresin multiplient les projets afin de réduire les émissions, limiter le bruit dans les bâtiments et améliorer le confort de travail. Mais l’autonomie énergétique reste un défi, les opérations de levage et de traction consommant énormément. Les industriels explorent donc plusieurs pistes : batteries haute capacité, chaînes hybrides diesel-électrique, hydrogène ou biométhane associé à une propulsion électrique.
À l’occasion du salon Agritechnica 2025, New Holland a dévoilé son prototype de chariot télescopique hybride. La combinaison électrique-méthane permet « un fonctionnement toute la journée sans ravitaillement ni recharge », promet le constructeur (voir en page 9).
En parallèle, l’intelligence embarquée progresse rapidement. Les engins intègrent déjà des caméras 3D, des radars, des logiciels capables d’analyser l’environnement en temps réel. Chez JCB, le système Intellisense utilise l’intelligence artificielle pour différencier un humain d’un obstacle fixe et ralentir automatiquement la machine en cas de danger. Kramer automatise déjà certains mouvements du bras grâce à son système Smart Handling. L’objectif n’est pas encore de supprimer le chauffeur, mais de réduire la fatigue et de sécuriser les manœuvres.
Loadix : idéal pour la méthanisation
La véritable rupture vient de France, de Bretagne précisément. La société Manurob, filiale du groupe M-Extend, développe le Loadix, probablement l’exemple le plus avancé de manutention autonome agricole. Ici, il ne s’agit plus d’un télescopique classique auquel on ajoute des fonctions automatisées, mais d’un véritable robot de ferme conçu dès l’origine pour fonctionner sans chauffeur.
Entièrement électrique, le Loadix peut transporter jusqu’à deux tonnes, circuler seul grâce au GPS RTK et à des capteurs laser, changer automatiquement d’outil et revenir se recharger sans intervention humaine. Destiné principalement aux élevages et aux méthaniseurs, il effectue des tâches répétitives comme le chargement, le transport ou le repousse-fourrage. En cas d’obstacle, il s’arrête ou recalcule sa trajectoire.
Cette approche illustre sans doute le futur le plus crédible de la manutention agricole : non pas une machine universelle capable de tout faire seule, mais une automatisation progressive des tâches répétitives. On s’attend à voir sur le marché des télescopiques semi-autonomes capables de suivre un trajet programmé, d’alimenter un bâtiment à heure fixe ou d’effectuer des navettes entre plusieurs zones de stockage. L’agriculteur, lui, conservera la main sur les opérations complexes. Son rôle évoluera vers davantage de supervision, de programmation et de gestion de flotte. Comme le guidage GPS autrefois, l’autonomie pourrait s’imposer progressivement, étape par étape.