OPA
Livre blanc : les filières élevage
Le Livre blanc de l'agriculture francilienne (notre édition du 10 juillet, NDLR) rassemble plus de 200 propositions, fruit du travail de la FRSEA Île-de-France et du Conseil de l’agriculture francilienne. Cette semaine, zoom sur l'axe 3 les filières animales.
Le Livre blanc de l'agriculture francilienne (notre édition du 10 juillet, NDLR) rassemble plus de 200 propositions, fruit du travail de la FRSEA Île-de-France et du Conseil de l’agriculture francilienne. Cette semaine, zoom sur l'axe 3 les filières animales.
Voir notre article Livre blanc : une vision à dix ans pour l'agriculture francilienne
L’Île-de-France n’est pas un territoire où l’élevage est ancré. Pourtant, les filières animales variées sont d’excellence. La région compte d’ailleurs deux AOP laitières (les bries de Meaux et de Melun). Si les éleveurs bénéficient d’un bassin de consommateurs important à proximité, « l’acceptabilité sociale des projets décourage plus d’un éleveur », est souligné dans le livre blanc. De plus, à l’instar des productions végétales, le manque de main-d’œuvre, la pression foncière, réglementaire et normative et la fluctuation des prix des matières premières sont autant de freins à la reprise ou à la création de nouvelles structures.
Le but des propositions faites, qu’elles soient transversales ou propres à une des filières, est de relancer l’élevage dans la région capitale. Outre, les bovins lait et viande, dont le cheptel est en décroissance depuis plus de vingt ans, les ovins et caprins qui suscitent un regain d’intérêt, les volailles longtemps considérées comme une source de diversification viable, il ne faut pas oublier les équins, particulièrement les chevaux de sport qui contribuent aux loisirs des Franciliens ainsi qu’au rayonnement de la région sur le plan national comme international. L’élevage porcin restant le moins développé.
Enfin, la filière apicole est en plein développement. Depuis 2022, la filière se structure par l’intermédiaire de l’Ada IDF (association pour le développement de l’apiculture en Île-de-France), rattachée à la chambre d’Agriculture qui accompagne les apiculteurs professionnels de la région (une quarantaine sur les 3200 apiculteurs franciliens). Parmi les propositions : renforcer les synergies entre céréaliers et apiculteurs pour augmenter les surfaces de couverts mellifères ; mettre en commun les moyens de récolte notamment entre les petits producteurs ; créer une organisation de producteurs pour multiplier les débouchés. De plus, il apparait opportun que les partenaires et collectivités communiquent pour faire connaître la filière professionnelle et ouvrent leurs espaces naturels.
*L'intégralité du Livre blanc de l'agriculture francilienne est disponible en téléchargement au format PDF sur l'application Horizons, journal agricole et en cliquant sur l'onglet "Mes revues" en haut de cette page.
Série
Cette interview inaugure une série de cinq articles consacrés aux grandes thématiques du Livre blanc de l'agriculture francilienne. Retrouvez-les : L’accompagnement stratégique au fil de la carrière / Les filières végétales / retrouvez bientôt les autres thématiques...
Interview de Cécile Contal : « L'élevage présente de nombreux atouts »
Horizons : D’une manière transversale, quel objectif guide les propositions inhérentes aux filières animales ?
Cécile Contal : L’objectif est de développer l’élevage francilien. Si l’année est difficile avec peu de pulpes de betterave, des volumes d'ensilage de maïs limités alors que nous devons déjà donner à manger aux animaux au pré faute de pousse d’herbe, l’élevage sur le long terme permet une diversification des revenus, apporte de la trésorerie, offre des rotations différentes et apporte des engrais gratuits quand les intrants sont chers. Enfin, le pâturage d’une parcelle permet une meilleure pénétration de l’eau dans le sol.
Les œufs et les volailles sont les sources de protéines animales dont la consommation progresse le plus. Avec 12 millions de consommateurs en Île-de-France, comment se développent ces productions ?
L’État pousse au développement des élevages avicoles face à l’augmentation de la consommation d’oeufs et de volailles moins cher que la viande de bœuf. En Île-de-France on assiste à une hausse de la création d’ateliers. Actuellement, une trentaine de projets sont très avancés, soutenus notamment par la Région. Cela avance dans le bon sens. Les services de l’État mettent tout en œuvre pour que les dossiers se concrétisent rapidement.
Les difficultés viennent parfois juste de la façon de présenter ou de communiquer sur le projet vis-à-vis de nos concitoyens. C’est un élément clé dans la réussite du projet.
Nos bovins d’Île-de-France, aujourd’hui organisation de producteurs, met en avant la production locale. Où en est-on de cette filière ?
Le travail sur cette filière avance bien. Entreprendre en collectif et valoriser la production, encourager la prospection de débouchés pour dégager de la valeur ajoutée et favoriser l’acceptabilité des projets, c’est tout le travail mené par l‘organisation de producteurs Nos bovins d’Île-de-France sous l’égide d’Elvéa France dont le congrès national se tiendra en septembre à Fontainebleau.
Ainsi, deux nouvelles opérations Jeunes bovins à l’équilibre avec les cantines des collèges de Seine-et-Marne sont programmées à l’automne et dans les Yvelines l’opération se poursuit également avec la restauration scolaire. Concernant les élevages laitiers, deux agrandissements sont en cours.
Quid des ovins et caprins ?
Les petits ruminants, ovins et caprins, représentent des filières attractives en Île-de-France. Des ateliers ovins se créent régulièrement, notamment avec l’installation de jeunes. La filière est en cours de redynamisation. Un concours est d’ailleurs organisé pour la seconde année consécutive le 13 septembre dans le cadre du festival de la terre à Courpalay (Seine-et-Marne). Concernant, les chèvres, en l’absence de collecteurs de lait, l’ensemble de la production reste transformé en direct sur l’exploitation.
Le nombre d’outils de transformation aval des filières animales est souvent vu comme un obstacle au développement de l’élevage dans la région capitale. Quels sont les axes de développement envisagés ?
L’idée est de développer les abattoirs comme celui de Jossigny ou de Meaux pour les bovins. L’outil doit être mis aux normes et les installations améliorées. Sur ces sujets, nous bénéficions de l’appui de la Région. De plus, des rapprochements avec les départements voisins qui disposent d'outils opérationnels peuvent être envisagés.
Filière très présente en Île-de-France, les équins sont aujourd’hui totalement intégrés au monde agricole…
Un groupe équin a été lancé lors du Salon international de l’Agriculture. Il s’est déjà réuni deux fois et une enquête est menée actuellement jusqu’à fin septembre.
Au sein de la filière, les besoins ne sont pas les mêmes. Nous devons remettre en route Valfumier mais un travail est à mener afin que le fumier soit bien composté pour éviter le développement des mauvaises herbes.
Autre axe : le bien-être des chevaux. Les cavaliers ont de plus en plus d’exigences et souhaitent disposer d’écuries actives.
Une réflexion en parallèle est menée avec le GDS (groupement de défense sanitaire) pour créer une division équine. Les sujets sanitaires concernent tous les domaines animaux.
Témoignage de Jérémy Bordereau : « Ensemble, on arrive à être plus fort »
Installé depuis 2011 sur la ferme familiale de 110 hectares à Courpalay (Seine-et-Marne), ce jeune agriculteur double actif a relancé l’élevage ovin.
« Il restait une quinzaine de têtes sur l'exploitation familiale. J’ai décidé de remonter un atelier, cette production m’intéressant », explique Jérémy Bordereau qui s’est installé sur la ferme de la Carrière à Courpalay en 2011 en tant que double actif.
Après un cursus 100 % dans l’enseignement agricole - il a notamment suivi son Bepa et son Bac pro CGEA au lycée de La Bretonnière à Chailly-en-Brie (Seine-et-Marne) - il a travaillé en tant que salarié chez un voisin puis chez Méthivier avant de rejoindre Motobrie où il exerce encore.
Aujourd’hui il envisage d’augmenter la taille de sa troupe ovine qui compte 150 brebis de race Île-de-France, suffolk et un bélier southdown « qui permet de beaux croisements ». Les brebis sont dehors durant la période estivale et même une partie de l’hiver où elles pâturent les couverts végétaux. Par contre, l’agnelage, étalé sur 6 à 8 semaines, se déroule en bergerie.
Très impliqué au niveau professionnel malgré sa double activité, Jérémy s’implique au sein de l’association des Bergers d’Île-de-France et la section ovine d’Interbev Île-de-France. « Le dynamisme de la filière ovine francilienne a été l’occasion de relancer des concours, d’abord à Coulommiers en 2025 lors de la foire aux vins et aux fromages puis au Festival de la terre. Une deuxième édition est d’ailleurs prévue le 13 septembre lors du Festival de la terre qui se déroule en partie sur mes terres. Je suis fier, comme mes collègues, de mettre en avant mon élevage et c’est un plus pour valoriser la viande ».
Une partie de sa production est abattue à Jossigny et commercialisée en direct sous forme de caissettes d’environ 10 kg. Le reste est acheté par la Sicarev et Christophe Deplanche à Rungis (Val-de-Marne) via l'association des Bergers d’Île-de-France. Quant aux brebis elles sont transformées en saucisses par la Sarl Goyard à Sully-sur-Loire (Loiret). « Il faudrait qu’on arrive à mettre en place une organisation de producteurs. Ensemble on arrive à être plus fort », note Jérémy Bordereau.
L’alimentation provient de la ferme (luzerne, foin, orge sans oublier les couverts végétaux). « Je suis intéressé par l’agriculture de conservation des sols donc cela s’intègre parfaitement dans ce type de système ».