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Le bambou géant débarque dans le Loiret

Mercredi 23 septembre, une quinzaine d'agriculteurs ont découvert la culture du bambou géant au travers de l'entreprise OnlyMoso.

Alain Templier aux côtés de son fils ingénieur, Alexandre, qui lui a fait découvrir le bambou géant.
Alain Templier aux côtés de son fils ingénieur, Alexandre, qui lui a fait découvrir le bambou géant.
© Doriane Mantez

Face à la conjoncture actuelle, nombreux sont les agriculteurs qui cherchent à se diversifier d'une façon respectueuse, durable et rentable. En mai 2019, le céréalier Alain Templier, situé à Boynes, a fait le pari de se lancer dans la culture du bambou géant avec la société OnlyMoso.

Il a découvert cette culture grâce à son fils, Alexandre, qui avait un ami ingénieur stagiaire chez OnlyMoso France, filiale créée en 2018.

Depuis 2014, cette entreprise italienne s'affaire à développer, en Europe, la production et la transformation de Phyllostachys edulis, appellation scientifique du bambou géant. Cette graminée originaire d'Asie est habituellement retrouvée dans les jardins sous forme ornementale.

Sa principale caractéristique est sa capacité à se renouveler : « Chaque année on récolte et dès l'année suivante, sans avoir à replanter, de nouvelles pousses et de nouveaux chaumes vont remplacer ceux qui ont été coupés », a expliqué Etienne Dill, responsable OnlyMoso pour la France, le 23 septembre dernier lors d'une présentation chez l'exploitant.

En effet, les pousses - dont le poids peut atteindre 500 grammes chacune - sont récoltées au printemps (pour l'alimentation humaine), quatre à cinq ans après la mise en place.

Une pousse poursuit sa croissance en seulement soixante jours, pouvant grandir jusqu'à 1 mètre par jour, devenant un bambou géant. Les chaumes sont récoltés durant la période hivernale.

Le bois de bambou se récolte dans le monde entier. La bambouseraie s'autorégule. Le renouvellement des feuilles offre un paillage naturel, qui protège pousses et bambous du gel, tout en préservant un taux élevé d'humidité du sol.

La plante va atteindre sa taille définitive au bout de six à sept ans pour une taille de 14 à 25 m de haut et 8 à 15 cm de diamètre.

À ce jour, l'entreprise compte en Italie plus de 2 000 hectares de bambou cultivés par 1 000 agriculteurs partenaires d'OnlyMoso et une marque, Bambita, qui commercialise des produits à base de pousses de bambou dans les GMS.

En France, 36 agriculteurs se sont lancés dans l'aventure, sur près de 75 ha, épaulés par 5 collaborateurs francophones.

Alain Templier fait figure de pionnier dans le département du Loiret et explique son choix : « Nous sommes dans un monde où la société demande de nous organiser, de faire plus local, plus propre, plus blanc que blanc. Je vois le bambou comme la solution pour notre futur, aussi bien vertueuse, que rentable ».

Au vu des vertus attribuées au bambou géant par OnlyMoso, cette plantation rentre parfaitement dans toutes les cases : une culture qui se développe sans produits phytosanitaires car dépourvue de ravageurs, qui offre de multiples débouchés (construction, mobilier, isolation, papeterie, textile, alimentation, énergie, etc.), qui assainit et maintient les sols, et purifie l'air...

« Un hectare de bambou absorbe environ 16 tonnes de CO2 par an, soit quatre à cinq fois plus qu'un hectare de feuillus et produit 35 % d'oxygène supplémentaire », a complété Etienne Dill.

D'un point de vue technique, la culture du bambou semble adaptée à toutes les régions de France, car il peut supporter des températures allant jusqu'à moins 20 degrés, mais pas à tous les types de sols.

« Il faut des sols drainants et drainés car l'eau qui stagne asphyxie la plante. Donc pas de sols argileux lourds ni de sols hydromorphes », a précisé Alain Templier, avant d'ajouter : « Le vent n'est pas un avantage... Le top est de placer la parcelle en bordure de haie ».

Le représentant d'OnlyMoso a rappelé que cette herbe géante doit être plantée entre avril et septembre, à hauteur de 2 500 plantes/ha, avec un espacement de 3 m x 1,33 m et une tranchée périmétrique de 50-70 cm de profondeur autour de la parcelle pour contenir la propagation souterraine de ses rhizomes.

« Tout ce dont vous avez besoin pour travailler avec OnlyMoso c'est d'au moins un hectare de terre en propriété, un système d'irrigation goutte-à-goutte et une fertilisation trois fois par an », a souligné Etienne Dill.

Sans oublier la pose d'une clôture pour protéger son futur gagne-pain des sangliers, chevreuils et lièvres, friands des jeunes pousses de bambou.

La culture du bambou géant semble un doux rêve agricole... Mais, il faut être conscient que les premières récoltes démarreront quatre ans après la plantation pour les pousses et quatre à cinq ans après pour les chaumes.

Il faut donc pouvoir assurer niveau trésorerie pour les coûts d'implantation (environ 29 000 euros/­ha) et les coûts d'irrigation/­fertilisation/entretien (environ 2 000 euros/­ha/an) les premières années.

La bambouseraie est rentable à partir de la septième année environ. Etienne Dill tempère cela en détaillant la rentabilité minimale de 34 % par an sur vingt ans, et en prônant le revenu net annuel d'une bambouseraie à 30 240 euros/ha, pondéré sur vingt ans.

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