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Syndicalisme
Choc énergétique : les acteurs des filières alimentaires témoignent

Face à la colossale hausse du prix de l’électricité et du gaz, la FNSEA du Loiret a réuni les acteurs des filières alimentaires de la région le 24 octobre, afin d'interpeller les médias.

Lundi 24 octobre, la FNSEA 45 a organisé un point presse à Outarville (Loiret) afin d’alerter les journalistes des conséquences de la hausse des coûts de l’énergie sur les productions agricoles de la région. Impactés depuis plusieurs mois, les représentants de chacune des filières présentes ont pris la parole pour faire état de leur situation. Benoît Ferrière, président de la Fédération des coopératives céréalières du Loiret, a par exemple indiqué que la facture d’électricité de la filière a été multipliée par deux en seulement un an. De son côté, Pierre Coisnon, qui accueillait la rencontre au sein de la société Les 3 Laboureurs, qu’il représente, avouait qu’une offre énergétique pour 2023 lui avait été proposée à près d’1,5 million d'euros de plus qu’en 2022. Une hausse représentant « deux à trois fois le résultat de l’entreprise », selon le producteur de pommes de terre.

Le monde agricole doit devenir prioritaire

Par cette rencontre, la FNSEA 45 souhaitait alerter les médias et les politiques sur le risque d'arrêt des productions alimentaires si aucune mesure n'est prise pour faire face à l'augmentation du prix de l'énergie. Pour ce faire, en plus de la filière céréalière représentée par Benoît Ferrière et de la filière pommes de terre représentée par Pierre Coisnon, le syndicat agricole du Loiret a convié les représentants de la filière laitière, betteravière, avicole et de la filière fruits et légumes.

Jean-Marie Fortin, président de la chambre d’Agriculture du Loiret, était présent pour soutenir l'action de la FNSEA 45 : « Cet hiver, si l’agriculture n’est pas reconnue comme étant un secteur prioritaire de la distribution de l’énergie, certaines productions pourraient s'arrêter, rappelle-t-il. Les coupures énergétiques auront un impact désastreux sur les exploitations ». Sébastien Méry, membre du bureau de la FNSEA du Loiret, soutient que « cette hausse des prix obligera les producteurs à faire des choix. Certains pourront même envisager la non-production et, à terme, entretenir malgré eux la crise alimentaire ».

Lire aussi Sébastien Méry : « Des mesures pour réduire l’onde de choc du séisme énergétique »

Le bouclier tarifaire

Cette hausse de prix se répercutera ainsi sur les paniers des consommateurs. Selon Patrick Langlois, président de la FNSEA 45, le président de Système U aurait confié « qu'il y aurait déjà entre 10 et 12 % de produits manquants dans les rayons des supermarchés. Pour le reste, de nombreux produits ont déjà vu leur prix exploser. En ce sens, la FNSEA 45 revendique l’application du bouclier tarifaire au secteur agricole ».

« Cette aide forfaitaire plafonnée concerne aujourd’hui les communes et les particuliers, précise Sébastien Méry. Mais elle doit être également attribuée à l’agriculture. Il faut que l’État prenne conscience que le secteur agroalimentaire, les agriculteurs, les producteurs, les collecteurs et les transformateurs doivent retrouver un coût de l’énergie acceptable pour pouvoir assurer la chaîne alimentaire et notre souveraineté alimentaire ».

Après cette présentation globale, la FNSEA espère que les médias relayeront leurs revendications et que leur demande soit entendue et appliquée.


Céréales : Benoit Ferrière

« Des répercussions en cascade »

Président de la coopérative céréalière AgroPithiviers et représentant des coopératives céréalières du Loiret, Benoit Ferrière a énuméré les impacts de la hausse des prix de l’énergie sur la filière.

« L'impact du choc énergétique sur notre secteur d'activité se traduit, dans un premier temps, par une hausse du prix de l'électricité », explique Benoit Ferrière. La facture électrique de la filière a été multipliée par deux en seulement un an. « Cette hausse a un impact supérieur d'un euro la tonne sur cette première année, s'inquiète le président de la coopérative pithivérienne. Un chiffre qui pourrait continuer d'augmenter si la hausse perdure ».

La filière en attente

La hausse du prix du gaz se répercute également sur la filière céréalière, grande consommatrice pour le séchage de maïs et, dans une moindre mesure, du tournesol. « Même si chacun achète son gaz à un moment donné pour une durée déterminée, les personnes en fin de contrat, amenées à racheter aujourd'hui du gaz, ne le font pas car les coûts sont exponentiels. Nous avons simulé un achat de gaz pour l'année prochaine : cela pourrait se traduire par un triplement du coût du maïs en 2023. Nous espérons que le gouvernement français ou européen prendra des mesures dans les semaines à venir ». Une partie de la production de maïs étant destinée à l'alimentation animale et les salaires augmentant, l'inflation se répercutera sur les paniers des Français.


 Betteraves : Alexandre Pelé

La betterave française survivra-t-elle ?

Représentée par le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) du Centre-Val de Loire, la filière betteravière est, elle aussi, fortement impactée par la hausse des prix énergétiques.

Durant la rencontre, Alexandre Pelé rappelle que toute la chaîne de production de la betterave est consommatrice en énergie. « La betterave doit être produite avec des intrants, notamment des engrais dont les cours ont flambé. Pour l’irrigation, ce sont les coûts d’électricité qui sont impactants. Entre 2020 et 2023, les coûts de production ont augmenté d’environ 35 %. Le transport de la production puis sa transformation en sucre, en alcool et en éthanol sont aussi des étapes énergivores. » Par économie d’énergie, l’usine de Corbeilles (Loiret) a, par exemple, décidé de ne pas mettre en marche sa ligne de déshydratation de pulpe. Selon le président de la CGB, plus de 95 % des usines françaises fonctionneraient désormais au gaz.

Vigilance anticipée

Par anticipation des risques de coupure de gaz cette année, les planteurs et les sucreries ont été vigilants. L’arrachage des betteraves a été avancé de plusieurs semaines, malgré « un risque de perte de rendements ». Cependant, « la forte hausse du coût du gaz a aussi eu des répercussions chez les utilisateurs de sucre, souligne le représentant de la filière betteravière. Nous ne pourrons pas indéfiniment répercuter l’augmentation des coûts de production chez les clients. »

Des outils énergivores

Enfin, Alexandre Pelé estime que les coupures électriques durant la campagne de fabrication seraient également dramatiques. « Préparez du caramel, interrompez sa cuisson et revenez 24 heures après. La casserole sera difficile à nettoyer, illustre-t-il. Imaginez alors les conséquences d’une coupure dans une usine de betteraves ».


Fruits : David Feuillette

« Une explosion de prix de 300 % »

Producteur dans un verger d’une soixantaine d’hectares, David Feuillette cultive des pommes et des poires à Bonny-sur-Loire. Il était l’un des représentants de la filière fruits et légumes.

La hausse des prix de l'électricité impacte les arboriculteurs, notamment en ce qui concerne le stockage de leurs fruits. « Les pommes et les poires sont cueillies aux mois de septembre et octobre, souligne David Feuillette. Nous stockons les fruits tout au long de l'année afin de les commercialiser au fur et à mesure des commandes ». Conservés en chambre froide jusqu'à dix mois par an, les coûts électriques sont importants. « Aujourd'hui, l'explosion de prix est de l'ordre de 200 à 300 %, se désole le producteur. Nos budgets sont pourtant déjà très conséquents mensuellement ».

L'effet ciseaux

La filière arboricole est également concernée par l'augmentation du prix du fioul, nécessaire au bon fonctionnement des tracteurs et des protections antigel par aspersion. « Nous subissons de plein fouet un effet ciseaux très violent. Nos camions doivent eux aussi être alimentés en fioul afin de transporter les produits. » Malgré l'explosion du coût du transport, les arboriculteurs n'arrivent pas encore à répercuter ces augmentations sur le prix des fruits. « Nous vendons sensiblement au même prix que l'année dernière », conclut désemparé David Feuillette. Cette année, l'agriculteur aura plus dépensé en récoltant ses pommes que s'il avait laissé pourrir ses fruits dans les arbres.


Pommes de terres : Pierre Coisnon

« La distribution deviendra difficile »

Représentant de la société Les 3 Laboureurs, Pierre Coisnon travaille la pomme de terre pour le marché du frais. Pour la campagne 2022, l’entreprise a collecté 57 000 tonnes de pommes de terre.

La filière pomme de terre se compose de deux postes énergétiques principaux : la conservation, avec les chambres réfrigérées, et le conditionnement des produits, avec les machines. « Nous n'avons pas accepté les dernières offres qui nous ont été proposées pour 2023. Elles s'élevaient à environ 1,5 million de plus qu'en 2022. Cela représente deux à trois fois le résultat de l'entreprise », déplore le représentant de la filière.

Des problèmes d'approvisionnement

Selon Pierre Coisnon, il serait étonnant que des coupures électriques soient faites dans le secteur alimentaire. « Mais si coupures il y a, les pommes de terre peuvent se retrouver trois à quatre jours sans frigo, explique-t-il. Une pomme de terre est plus résistante qu'une fraise ou une salade. En revanche, si une coupure intervient dans les usines, nous ne pourrons plus produire. » La pomme de terre étant travaillée comme un produit frais, les commandes se font le matin pour une distribution le soir même. « Les commandes ne sont pas anticipées ou définies à l'avance. Bien que ce légume soit plus résistant en termes de conservation, les coupures d'électricité nous empêcherons d'honorer nos commandes ».


 

Aviculture : Ludovic Giry

Entre influenza aviaire et crise énergétique

Ludovic Giry, responsable de la filière avicole de la FNSEA 45 et administrateur de la Confédération française avicole, a énuméré l’enchaînement de contraintes rencontrées par la filière ces dernières années.

Ludovic Giry estime que « le Loiret compte plus de 250 000 m2 de production de volailles, toutes filières confondues. Ces sept dernières années, nous avons construit et rénové plus de 100 000 m². » Selon le représentant, les aviculteurs sont encore aujourd’hui impactés par cette vague d’investissements qu’ils doivent amortir. Cependant, de nombreux bâtiments restent à rénover afin de diminuer la consommation d’énergie et de gaz. Sans ça « cet hiver, des éleveurs devront arrêter temporairement leur production durant près de quatre mois, s’inquiète Ludovic Giry. La production se fera alors rare dans les grandes surfaces. »

L’alimentation liée à la production agricole

Au printemps dernier, la filière volaille a connu « la plus grande crise sanitaire d’influenza aviaire, explique le responsable aviculteur. 25 % de la production française a été dépeuplée. Alors que nous avons réussi à préserver nos reproducteurs et à les remettre en reproduction rapidement, nous devons assurer leur alimentation malgré l’augmentation des coûts de fabrication des aliments et l’accélération de la hausse des charges de l’énergie. » Selon Ludovic Giry, le prix de l’électricité et du gaz a augmenté de plus de 30 % ces six derniers mois. Malgré cette hausse, des coupures seraient inenvisageables pour les productions. « Alors qu’un poulet consommé sur deux est désormais issu de l’importation, si les exploitations avicoles sont privées d’électricité et de gaz, la filière française va peu à peu s’éteindre. Il faut faire comprendre aux citoyens que leur alimentation passe par la production agricole », conclut-il.


Lait : Jacques Sigot

Des vaches à la brique : toute la filière lait impactée

Jacques Sicot, responsable collecte et relation culture à la laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH), était présent pour annoncer les différentes difficultés rencontrées par la filière laitière.

En 2021, la charge énergétique de LSDH s’élevait à 11 millions d’euros. En 2022, cette facture a doublé passant à 22 millions d’euros. Pour 2023, ce chiffre ne cesse d’augmenter puisque les prévisions annoncent une hausse menant à une facture de 35 millions d’euros. Face à cette situation, la répercussion sur les prix des produits sera importante.

Des coupures inenvisageables

LSDH stérilise et pasteurise ses produits avant de souffler ses bouteilles d’emballage. L’entreprise est donc automatiquement très énergivore. « Une microcoupure de quinze minutes entraînerait un arrêt de la production de quatre heures, souligne Jacques Sicot. Nous devrions de nouveau stériliser puis redémarrer nos machines. » Travaillant déjà en 3-8, la structure ne pourrait donc plus assurer et transformer la totalité de sa production. « Des coupures de deux heures représenteraient une perte de production d’au moins six heures » ajoute le responsable collecte.

Les vaches laitières

Parallèlement, LSDH se préoccupe de ses éleveurs. « Afin d’économiser leurs coûts d’énergie, certaines coopératives vont faire le choix de ne pas déshydrater les pulpes de betteraves, s’inquiète le représentant de la laiterie. La production restera sur-pressée. Une grande partie d’entre elle ne se dirigera donc pas dans nos élevages, mais directement dans des méthaniseurs. » Cette décision aurait pour conséquence de réduire l’apport alimentaire des vaches laitières.

Gestion de la crise

Afin de gérer au mieux cette crise, LSDH doit revoir ses contrats avec les grandes surfaces et réviser son plan photovoltaïque. Un projet de tracker est envisagé pour alimenter la serre en électricité. Une peinture blanche a été appliquée sur les toits afin d’abaisser de 8 °C la température des bâtiments.


 

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