Édito
Damien Greffin : « Cultiver la solidarité face aux épreuves »
Le président de la chambre d'Agriculture Île-de-France, Damien Greffin, prend la parole à l'occasion de la rentrée de septembre.
Le président de la chambre d'Agriculture Île-de-France, Damien Greffin, prend la parole à l'occasion de la rentrée de septembre.
« Chers collègues,
Ces dernières semaines ont été particulièrement éprouvantes pour nous tous. Épisodes caniculaires, sécheresse, grêle, orages, tempêtes… À ces aléas climatiques s’ajoute un contexte géopolitique instable, marqué notamment par le conflit au Moyen-Orient, entraînant une inflation durable des prix des carburants et des engrais.
En cette rentrée de septembre, je souhaite vous assurer de mon soutien et de la profonde détermination de nos équipes à vous accompagner et à défendre sans relâche les intérêts de la profession auprès des pouvoirs publics, aux côtés du syndicalisme.
Depuis le mois de juin, la France a connu trois vagues de chaleur, exceptionnelles par leur durée et leur intensité. Le mois de juillet 2026 a été le plus chaud et sec jamais enregistré, mettant à rude épreuve l’ensemble des productions franciliennes, toutes filières confondues, et rendant les conditions de travail encore plus difficiles.
Les rendements en grandes cultures sont globalement en retrait, de l’ordre de 10 à 15 % selon les territoires et les cultures, avec une moisson qui ne s’est jamais achevée aussi précocement, autour du 10 juillet. La situation des maraîchers, des horticulteurs et des pépiniéristes, ainsi que des cultures encore en végétation durant l’été, comme les betteraves sucrières ou les maïs, est catastrophique.
Certaines cultures voient leur potentiel de production décroître de 50 à 90 %, en agriculture biologique comme en conventionnel. Les prairies brûlées obligent les éleveurs à sacrifier leurs réserves de fourrages prévues pour l'hiver avec plusieurs mois d'avance. Des épisodes de grêle, des orages et des vents violents ont détruit des productions déjà fragilisées par une floraison précoce et endommagé bâtiments et matériel.
Alors même que de nombreuses exploitations doivent composer avec plusieurs années de trésorerie dégradée, ces situations extrêmes menacent plus que jamais la viabilité financière de nos entreprises franciliennes.
Face à cette succession de crises, nous pourrions être tentés de céder au découragement, au défaitisme. Pourtant, ces épreuves démontrent une nouvelle fois à quel point notre profession puise sa force dans sa première richesse : le collectif.
Cet été, la mobilisation agricole dans la lutte contre les feux de récolte et de chaume, unanimement reconnue, en est la première illustration. Face à l’incendie qui a embrasé 10 % du massif de Fontainebleau en juillet, ravageant près de 2 200 hectares, là aussi l’engagement sans relâche des agriculteurs seine-et-marnais et essonniens a été déterminant pour faciliter le travail des sapeurs-pompiers. Nous sommes fiers de compter parmi nous des femmes et des hommes mobilisés qui ne comptent ni leur temps ni leur énergie, au service de l’intérêt général de la Nation.
À une échelle plus large, dans le contexte de difficultés économiques des exploitations, la pression collective de la profession auprès des pouvoirs publics a permis d’obtenir de premières réponses face à la crise : l’aide à l’achat de GNR, la prise en charge de cotisations sociales, ou encore le dispositif très attendu pour l’achat d’engrais azotés. Ce dernier demeure néanmoins encore mal calibré. Vous pouvez compter sur nous pour poursuivre les discussions afin d’en améliorer les conditions d’accès et l’étendre sur une période plus longue.
Sur le plan législatif, la promulgation de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles le 18 août apporte des avancées concrètes, notamment sur deux sujets qui figurent au cœur des travaux engagés dans le cadre de notre mandature à la chambre d’Agriculture, l’accès à l’eau et la préservation du foncier agricole.
En Île-de-France, nous avons fermement défendu ces sujets auprès du nouveau préfet de région fin juillet lors de sa première rencontre avec la profession agricole. Nous avons activement participé à tous les comités sécheresse réunis cet été dans tous les départements franciliens pour alerter, faire le point sur les besoins et les difficultés rencontrées par les agriculteurs. Avec la Région Île-de-France, les échanges se poursuivent pour définir de nouvelles modalités d’accompagnement sur le territoire francilien. Dans ce cadre, Valérie Pécresse s’est d’ailleurs rendue auprès des agriculteurs à Mousseaux-lès-Bray, en Seine-et-Marne, samedi dernier.
Face à la crise, la ministre de l’Agriculture a annoncé un plan de soutien ''canicules, sécheresses, incendies'', destiné à soutenir les trésoreries et relancer la production, précisé dans chaque département à l’issue des échanges avec les préfets le 27 août dernier et présenté prochainement.
Enfin, dans ce contexte marqué par une sécheresse inédite dans notre région, nous avons fait valoir le bon sens agronomique auprès de l’administration, en rappelant qu’il serait incompréhensible de faire supporter aux agriculteurs le coût d’une d’implantation de Cipan (Culture intermédiaire piège à nitrates) vouée à l’échec. Sous la pression de la profession, nous avons donc obtenu auprès du préfet de région une dérogation collective, que chaque préfet de département doit mettre en œuvre sur son territoire.
En cette période particulièrement exigeante, l’ensemble des élus et des collaborateurs de la chambre d’Agriculture restent mobilisés pour vous accompagner au mieux et défendre vos intérêts, en étant votre relais auprès des pouvoirs publics.
Parce que les épreuves que nous traversons nous rappellent chaque jour que nous sommes plus forts lorsque nous avançons ensemble, continuons à faire vivre le sens du collectif qui fait la richesse de notre profession.
Bien amicalement. »