Aller au contenu principal

Dans l'est du Loiret, la sécheresse met les exploitations à rude épreuve

Réunis à Faverelles (Loiret) lundi 19 octobre, chez Manuel Leteur, plusieurs agriculteurs de l'est du Loiret et de la Nièvre voisine dressent un bilan préoccupant de la campagne 2026. Entre récoltes insuffisantes, stocks de fourrage entamés et difficultés d'accès à l'eau, les éleveurs s'interrogent sur leur capacité à faire face aux prochaines sécheresses.

À Faverelles, lundi 19 octobre. Frédérique Toussaint, Willem Boode, Mickaël Bedu, Rémi Toussaint et Manuel Leteur (de g. à d.) se sont réunis pour évoquer les conséquences de la sécheresse sur leurs exploitations et l’alimentation des troupeaux.
À Faverelles, lundi 19 octobre. Frédérique Toussaint, Willem Boode, Mickaël Bedu, Rémi Toussaint et Manuel Leteur (de g. à d.) se sont réunis pour évoquer les conséquences de la sécheresse sur leurs exploitations et l’alimentation des troupeaux.
© F.J. - Horizons

« Comment continuer à nourrir nos bêtes ? » La question résume les inquiétudes des éleveurs réunis lundi 19 octobre à Faverelles (Loiret), sur l'exploitation de Manuel Leteur. Producteur de grandes cultures et éleveur avicole, ce dernier a souhaité rassembler plusieurs agriculteurs du secteur pour témoigner des difficultés rencontrées cette année.

Autour de la table, des producteurs de lait et de viande, ainsi que Philippe Cochet, animateur au GDA, partagent le même constat : la succession des aléas climatiques fragilise des exploitations déjà confrontées à des charges élevées. La campagne avait pourtant laissé entrevoir de meilleures perspectives. Après un automne et un hiver particulièrement humide, les conditions s'étaient améliorées pour les implantations de printemps. « Les maïs avaient pu être semés dès la première semaine d'avril. Les précipitations de mai, comprises entre 70 et plus de 100 mm selon les secteurs évoqués par les agriculteurs, avaient rempli les réserves utiles des sols. Au 15 mai, les besoins devaient être couverts jusqu'à la moisson, mais le 1er juin, tout était cramé », constatent les exploitants. En quelques semaines, les fortes chaleurs et le manque de pluie ont bouleversé la situation.

Des fourrages insuffisants pour nourrir les troupeaux

Pour les éleveurs, les premières difficultés sont apparues dès le printemps. Les conditions météorologiques ont retardé certaines interventions dans les parcelles et compliqué les récoltes d'herbe. Les fourrages récoltés tardivement ont perdu en valeur alimentaire et les quantités se sont révélées insuffisantes. Un éleveur fait état d'une première coupe réduite d'un tiers et d'une récolte de foin inférieure « de 20 à 30 % à la normale ». La situation s'est aggravée avec l'absence de repousse dans les pâtures. « Depuis juin, on donne déjà du foin », témoigne-t-il. Les réserves destinées aux mois suivants ont ainsi été entamées bien plus tôt que prévu. Même les cultures implantées pour faire face aux étés secs n'ont pas toujours résisté. Willem Boode, producteur laitier à Arquian, dans la Nièvre, raconte avoir laissé ses animaux pâturer directement 19 hectares de maïs, dont les rendements étaient devenus trop faibles pour justifier une récolte classique. Le sorgho, choisi depuis plusieurs années pour mieux supporter les sécheresses, n'a pas davantage répondu à ses attentes.

À Thou, Mickaël Bedu, éleveur laitier et allaitant à la tête d'un troupeau d'environ 200 bovins, a lui aussi subi les conséquences du déficit hydrique. 15 hectares de maïs n'ont pas été récoltés faute d'un rendement suffisant. Sur certaines parcelles du secteur, les agriculteurs évoquent à peine 2 à 3 tonnes de matière sèche par hectare. Dans ces conditions, le coût du chantier d'ensilage, estimé à 140 euros par hectare au cours de la discussion, pose la question de l'intérêt économique de la récolte.

L'autonomie alimentaire mise à mal

Pour compenser ces pertes, les éleveurs doivent se tourner vers des achats extérieurs. Une exploitation qui cultive habituellement 68 hectares de maïs, une surface jusque-là suffisante pour couvrir l'essentiel de ses besoins, a dû acheter cette année l'équivalent de 30 hectares supplémentaires. Auparavant, même les mauvaises années, les achats se limitaient à une dizaine d’hectares. Parmi les agriculteurs réunis pour ce reportage, Manuel Leteur est le seul à disposer de l’irrigation. Il a consacré ses 82 hectares de maïs irrigué à l’ensilage pour répondre aux besoins alimentaires des éleveurs voisins. Parmi eux, Willem Boode s’approvisionne auprès de lui depuis une dizaine d’années. Ces échanges permettent de sécuriser une partie de l’alimentation des troupeaux, même si la fixation du prix du maïs sur pied reste délicate entre céréaliers et éleveurs.

La question des stocks devient d'autant plus préoccupante que les sécheresses se répètent. Les agriculteurs redoutent de ne plus pouvoir compter sur les repousses estivales pour assurer l'alimentation de leurs animaux. Certains envisagent désormais de constituer leurs réserves dès le mois de mai et de prévoir davantage de fourrage pour traverser les périodes sans pousse. Les conséquences se font aussi sentir sur les troupeaux. Les fortes chaleurs ont pénalisé la production laitière pendant plusieurs mois, selon les témoignages. Les éleveurs évoquent des difficultés de reproduction, avec des cycles perturbés et des inséminations décalées. Certains ont même été contraints de vendre des animaux pour réduire leurs besoins alimentaires. Une réponse immédiate qui risque de compromettre la production des années suivantes.

L'eau au cœur des préoccupations

Face à cette situation, la gestion de l'eau cristallise les discussions. Pour Manuel Leteur, l'irrigation a permis de limiter les pertes, au prix d'efforts inhabituels. Cette année, ses cultures de blé ont nécessité plusieurs passages d'irrigation, contre un ou deux habituellement. Un investissement supplémentaire en eau, en énergie et en temps de travail.

Mais tous les agriculteurs ne disposent pas de cette possibilité. Dans certains secteurs, l'absence de ressource souterraine suffisante empêche d'envisager des forages destinés à l'irrigation. La création de réserves est évoquée comme une piste, sans constituer une réponse à toutes les situations. Encore faut-il pouvoir les remplir. Plusieurs participants rappellent les difficultés rencontrées pour alimenter les retenues existantes, notamment lorsqu'elles dépendent des eaux de drainage. Les exploitants réclament une réflexion de fond sur le stockage de l'eau et les conditions de son utilisation. Les agriculteurs déplorent aussi les critiques formulées à l'encontre de l'irrigation, notamment sur les réseaux sociaux. Ils défendent le rôle du maïs dans l'alimentation animale et rappellent que les températures extrêmes ont affecté d'autres cultures. Une parcelle de luzerne voisine, pourtant arrosée au cours de l'été, n'aurait ainsi presque pas poussé.

Des difficultés qui dépassent la sécheresse

À ces contraintes climatiques s'ajoutent les règles encadrant les pratiques agricoles. Les participants regrettent notamment le manque de souplesse des calendriers d'épandage, parfois jugés incompatibles avec l'évolution des stades des cultures. « On ne gère pas l'agriculture par des dates, c'est le climat qui gouverne », résume l'un d'eux. Ils dénoncent tous la lenteur des évolutions réglementaires malgré les remontées du terrain. Ces difficultés interrogent l’avenir de l’élevage dans l’est du Loiret. Manuel Leteur rappelle avoir abandonné son élevage allaitant faute de rentabilité. À l’époque, les calculs réalisés avec un technicien estimaient sa rémunération entre 5 et 8 euros de l’heure. Dans le secteur, d’autres exploitations ont cessé cette activité, notamment après la sortie de certaines communes du zonage ICHN (Indemnité compensatoire de handicaps naturels).

Pour les éleveurs laitiers, les inquiétudes persistent. « Si les sécheresses continuent comme ça, il va falloir qu’on achète plus ou qu’on se débrouille autrement pour nourrir nos bêtes », prévient Frédérique Toussaint. À la hausse des charges s’ajoutent les incertitudes sur l’avenir de la collecte. Willem Boode évoque notamment le projet de rachat de Rians par Lactalis, qui pourrait fragiliser le rapport de force avec les producteurs. « Avant, on se battait toujours pour les prix. Aujourd’hui, il y a le climat en plus », résume Rémi Toussaint.

Les cultures de printemps durement touchées

Les céréaliers du Giennois ne sont pas épargnés. Sous l’effet des fortes chaleurs, les rendements en céréales à paille et en colza reculent de 15 à 20 % par rapport à la moyenne quinquennale, avec des écarts selon les parcelles et l’accès à l’irrigation. Les cultures de printemps accusent des pertes plus importantes. Les rendements en tournesol ne dépassent souvent pas 10 q/ha, tandis que les maïs grain non irrigués affichent 10 à 20 q/ha. Une grande partie a d’ailleurs été récoltée en ensilage. Même en situation irriguée, les résultats restent contrastés.

La nouvelle campagne débute difficilement pour le colza. Le retour de précipitations significatives reste attendu pour achever l’implantation des céréales.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Horizons

Les plus lus

Abonnez-vous à Horizons
Vous abonner à Horizons, c'est profiter de multiples avantages.
Hervé Fouassier, président de la section Corbeilles-Nangis de Cristal Union, appelle les planteurs à ne pas détruire trop vite les parcelles touchées par le rhizopus, des solutions de valorisation étant encore à l’étude.
Une campagne betteravière hors norme à Corbeilles
Après un été marqué par une sécheresse exceptionnelle, la campagne betteravière se déroule sous tension à Corbeilles-en-Gâtinais…
Vendredi 25 septembre, à Orléans (Loiret). Le président de la Région, François Bonneau, a annoncé une aide exceptionnelle de 4,5 millions d'euros lors de la session de la chambre régionale d'Agriculture.
La Région Centre-Val de Loire met 4,5 millions d'euros d'aide sur la table
Les membres de la chambre régionale d'Agriculture Centre-Val de Loire se sont réunis en session vendredi 25 septembre. Les…
[VIDÉO] Punaises des céréales : le colza face à des attaques inédites
Longtemps restées anecdotiques en France, les punaises des céréales provoquent cette année des dégâts importants dans plusieurs…
[VIDÉO] Betteraves : une campagne hors norme
La campagne betteravière 2026 est particulièrement difficile en Île-de-France et en Centre-Val de Loire. Sécheresse, fortes…
Mercredi 7 octobre, à Champseru. Le préfet, Xavier Pelletier (à d.), est sensibilisé aux problématiques de la filière betteravière par le président de la CGB CVL, Xavier Pelé, et le producteur Damien Delachaume.
Le nouveau préfet d'Eure-et-Loir mis face aux problématiques agricoles
À l'invitation de la FNSEA et de JA 28, le nouveau préfet d'Eure-et-Loir a visité deux exploitations mercredi 7 octobre. Il…
Publicité