De grandes disparités pour une moisson 2026 très précoce en Île-de-France
Le travail de moissonnage est terminé ou presque dans l'entièreté de l'Île-de-France. L'année 2026 est marquée par une précocité hors du commun et par de grandes disparités, notamment géographique.
Le travail de moissonnage est terminé ou presque dans l'entièreté de l'Île-de-France. L'année 2026 est marquée par une précocité hors du commun et par de grandes disparités, notamment géographique.
À quelques parcelles près, la moisson 2026 est terminée en Île-de-France. Les récoltes ont été « hyper précoces », comme le décrit Laurent Vittoz, directeur de Valfrance, coopérative basée dans l'Oise qui couvre une grande partie de la Seine-et-Marne. « C'était une moisson marquée par la chaleur qui n'était pas simple pour les adhérents, mais pas non plus pour le personnel en silo », témoigne Claire Pelletier, directrice opérationnelle chez Sevépi, dont le territoire couvre notamment le Vexin et la partie nord des Yvelines. « Nous avons dû nous adapter à la vigilance rouge et aux différentes prescriptions et recommandations préfectorales pour accompagner les adhérents », raconte pour sa part Romain Moret-Moreau, directeur de la Coopérative agricole Île-de-France sud, basée à Morigny-Champigny (Essonne).
« Nous avons connu des chevauchements de récolte qui n'avaient pas été anticipés. Nous nous retrouvons avec beaucoup de grains en extérieur. Ce n'est pas dû à une récolte exceptionnelle, mais à cette moisson précoce », explique Corinne Bonnet, présidente de Terres bocage Gâtinais, coopérative basée à Château-Landon (Seine-et-Marne). « Ce n'est pas extraordinaire. Les rendements sont moyens. Sur les petites terres, ce n'est pas bon », confirme la directrice opérationnelle de Sevépi.
En effet, les premiers échos ne font pas état de rendements et de qualités exceptionnels, mais plutôt de grandes disparités selon le secteur géographique en fonction des conditions pédoclimatiques. « Certains agriculteurs annoncent une baisse de rendement allant jusqu'à 25 %. Cette année, il fallait plutôt avoir un sol avec de la matière organique pour tenir le choc lors de la période de sécheresse », note Corinne Bonnet. « Les terres séchantes sont catastrophiques », ajoute Claire Pelletier. « Sur le secteur Valfrance (au-dessus de Melun, soit près des deux tiers nord de la Seine-et-Marne, NDLR), nous avons eu un peu de pluie quand il fallait entre les canicules », se satisfait le directeur de la coopérative.
« Nous avons une baisse des volumes collectés de 9 à 10 % liés en partie à la baisse des rendements », annonce de son côté Romain Moret-Moreau. « Le sec du mois d'avril suivi des canicules de mai et juin ont eu un impact sur les récoltes », croit Sébastien Piaud, responsable approvisionnement de la Coopérative de Beton-Bazoches (Seine-et-Marne).
Orges
« Les cultures de printemps, notamment les orges, ne sont bonnes ni en qualité, ni en rendement. Les dernières semées ne sont vraiment pas bonnes », regrette la directrice opérationnelle de Sevépi. De nombreuses orges ne seront pas utilisables en brasserie, entraînant une perte financière considérable pour les agriculteurs. « Dans l'ensemble, la qualité est bonne quand nous faisons une moyenne », estime la présidente de Terres bocage Gâtinais. « Pourtant, entre les orges de brasserie semées à l'automne et les orges de printemps semées au printemps, il y a un grand écart tant en rendement qu'en calibrage », nuance-t-elle.
« La déception réside sur les escourgeons, orges d'hiver, puisque nous sommes dix quintaux en dessous du potentiel et que nous avons des problèmes de calibrage. Les orges de printemps semées au printemps sont également une grosse déception avec des rendements à 45-50 q/ha et des calibrages très mauvais », constate Sébastien Piaud. « L'orge d'hiver est plutôt décevante avec 75 quintaux de moyenne, soit 10 de moins que l'année dernière. Les orges de brasserie d'automne étaient plutôt correctes en rendement et en qualité, mais les orges de printemps semées au printemps sont assez faibles en calibrage, avec des protéines un peu élevées et un rendement décevant », admet Thomas Taldir, responsable céréales pour Agora, coopérative présente dans le Val-d'Oise.
« Nous prenons une claque sur les orges d'hiver puisque nous allons finir avec une baisse de rendement d'environ 10 %, même si la qualité est à majorité brassicole. En fourragère, nous avons un rendement à 7,9 t/ha, contre 8,7 ou 8,8 t/h habituellement », affirme Laurent Vittoz. « C'est la bérézina pour les orges de printemps semées au printemps avec des rendements catastrophiques. Nous avons 70 % des orges aux normes avec un taux d'humidité de 10 %, une teneur en protéines de 10,7 % et un poids spécifique (PS) à 64 kg/hl. Cependant, nous avons également beaucoup de déclassements. Quand il faut remonter un calibrage de 55 à 90 pour être à la norme, ça coûte excessivement cher, donc si la prime brassicole n'en vaut pas la peine, nous gagnons de l'argent à ne pas travailler les marchandises », ajoute-t-il.
« Nous avons six quintaux de moins que la moyenne quinquennale pour les orges d'hiver et deux ou trois en moins pour les orges de printemps, le tout avec beaucoup d'hétérogénéité », explique Frédéric Adam, responsable des solutions agricoles de Cérèsia, coopérative présente dans l'est de la Seine-et-Marne. « Les orges brassicoles d'hiver sont fort protéinées au regard de la perte de rendement et de la forte minéralisation à la suite des pluies du printemps », poursuit-il. « Nous avons un vrai sujet sur les orges de printemps. Nous avons des calibrages très faibles et selon nos territoires, certains ont des protéines faibles et d'autres fortes », détaille enfin le directeur de la Coop IDF sud.
Blé
Concernant le blé, « il y a une grosse hétérogénéité en fonction du type de terres, des structures de terres. Nous arrivons dans les moyennes quinquennales, mais avec des écarts allant de 75 à 95 quintaux », raconte Sébastien Piaud, avec une qualité satisfaisante pour la Coopérative de Beton-Bazoches. « Nous avons eu une récolte satisfaisante. La moyenne olympique était à 83 quintaux par hectare et nous terminons la moisson à 85 quintaux, donc c'est même légèrement mieux que ces cinq dernières années », dit Laurent Vittoz. La qualité a également suivi pour Valfrance : taux d'humidité de 11 %, teneur en protéines entre 11,3 et 11,4 %, PS à 79. « Nous avons de la qualité meunière, même les analyses de temps de chute de Hagberg sont bonnes », annonce le directeur de la coopérative.
« C'est difficile d'avoir une bonne photo des rendements à date, mais les qualités sont plutôt bonnes avec 80 de PS et 11,3 de protéine en moyenne », note quant à lui Thomas Taldir. « Nous sommes dans les moyennes olympiques, mais les derniers blés semés et ceux sur des petites terres ne sont pas bons en rendement. Les qualités sont à peu près correctes sur la collecte », détaille de son côté Claire Pelletier. « Nous avons deux quintaux de mieux que la moyenne quinquennale, la protéine moyenne est au rendez-vous et les PS sont très bons », estime Frédéric Adam.
« Les blés sont bons, mais nous avons un problème de petits grains. Nous allons devoir les retravailler pour les meuniers. Nous aurons de la freinte, pour nous c'est de la perte », témoigne Romain Moret-Moreau. « Certaines variétés ont mieux résisté à la chaleur avec de meilleurs rendements », précise-t-il.
Colza
La bonne nouvelle vient peut-être du colza. « Nous avons des rendements assez homogènes autour de 40 quintaux. Nous ne nous y attendions pas », narre la directrice opérationnelle chez Sevépi. « Certains atteignent les 50 quintaux. La moyenne de la coopérative sera sûrement au-dessus de 40 », confirme le responsable céréales d'Agora, tandis que Cérèsia se situe au niveau de la moyenne quinquennale. « Nous avons des rendements en colza autour de 45 quintaux en moyenne. Il y avait un plus gros potentiel, mais nous sommes assez contents parce qu'il y a eu un vrai impact de la deuxième canicule sur le poids de mille grains », pense le responsable approvisionnement de la Coopérative de Beton-Bazoches.
« Le niveau d'huile est bon », affirme le directeur de la Coop IDF sud. Son homologue de Valfrance est également satisfait : « Nous avons des colzas en moyenne à 3,8 t/h, des humidités faibles et des taux d'huile pas trop mauvais. Ce n'est pas mirobolant, mais il y a eu des années bien pires, d’autant plus que les prix sont bons, donc c'est une bonne culture pour cette année ».
Sébastien Piaud se projette déjà sur les mois à venir : « On pense déjà à la prochaine moisson. C'est la grosse inquiétude. En vingt ans, je n'ai jamais vécu une telle sécheresse. Préparer les terres à colza ou envisager de semer des couverts en interculture semble compliqué voire impossible. La récolte 2026 avait un potentiel de départ exceptionnel, donc les rendements en blé et colza sont corrects malgré la canicule. Ça va être très compliqué pour le maïs parce que nous n'avons pas d'eau, les températures ont dépassé les 35 degrés au moment de la floraison, ce qui peut impacter les fécondations. Le remplissage de grain se fait dans des conditions sèches. Ça risque d'être une très mauvaise année ».
Protéagineux
Les protéagineux ne s'en sortent pas forcément mieux que les céréales. « Nous avons environ 40 q/h pour les pois de printemps. Nous avons connu mieux des années antérieures, mais nous nous satisfaisons de ça malheureusement », admet Sébastien Piaud, de la Coopérative de Beton-Bazoches (Seine-et-Marne).
En revanche, les féveroles de printemps sont une catastrophe pour la coopérative avec 10-15 q/h. « Nous n'arrivons plus à sortir des rendements potables en protéagineux à cause des canicules. Celles-ci arrêtent la floraison et pénalisent le remplissage du grain. Sans parler des problèmes d'insectes. La filière va mal. »