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Face à la spéculation, Jeunes Agriculteurs défend un modèle d’agriculture familiale

Comment ne pas s’indigner en apprenant dans la presse qu’une société chinoise a racheté 1700 hectares dans le Berry ?

© P. Cronenberger

Des Chinois dans le Berry : la spéculation à l’assaut de l’agriculture française en mal de capitaux

Cette actualité illustre que la spéculation sur les terres agricoles est une menace pour les agriculteurs, et plus particulièrement pour l’installation des jeunes.

Hier c’était les vignobles bordelais, aujourd’hui l’Indre et le grenier à blé de la France. Les terres agricoles sont une denrée rare et convoitée par des pays comme la Chine, les Etats-Unis, le Canada ou l’Ecosse, mais aussi par des capitaux privés, hors de la logique d’agriculture familiale défendue par Jeunes Agriculteurs. Contrairement à ses voisins, la France a encore des prix à l’hectare très attractifs pour des fonds spéculatifs étrangers. Selon les estimations du président de la Safer du Centre, Régis Lemitre, 15 000 hectares pourraient être concernés prochainement.

Nous ne nous opposons pas aux investissements étrangers en France, mais peut-on rester les bras croisés quand ceux-ci menacent la souveraineté alimentaire de notre pays ? Les cinq exploitations rachetées dans l’Indre permettront de produire des céréales pour le marché chinois. Les investisseurs profitent de la vente des terres au rabais dans ce contexte de crise où plus d’un paysan a envie de baisser les bras.

Sans terre, pas de paysan

Si nous ne voulons pas que les exploitations agricoles se fassent racheter une à une, il faut aussi penser à la taille de celles-ci : les grosses exploitations où les héritiers sont nombreux sont intransmissibles à un paysan. Qui demain pourra faire un emprunt pour racheter une ferme vendue à 1 000 000 € ? Surtout pas un jeune. Jeunes Agriculteurs se bat pour une agriculture familiale : l’exploitant paysan doit rester maître de son outil de production.

La terre est l’outil numéro un pour devenir agriculteur. Si 56% des terres françaises sont agricoles, l’acquisition de celles-ci ressemble bien souvent à un long chemin semé d’embuches pour un jeune qui souhaite s’installer. Les jeunes agriculteurs sont nombreux à cultiver en fermage plusieurs années avant de pouvoir racheter. Il est donc impératif de veiller à rendre les terres agricoles accessibles aux jeunes.

L’achat de terres agricoles par des investisseurs étrangers et privés entraîne un emballement des prix à la hausse. Ces ventes auront donc un impact direct sur les prix de vente ultérieurs pour tous les agriculteurs.  L’acquisition est déjà complexe pour les jeunes agriculteurs français, cette spéculation va rendre encore moins facile l’installation des jeunes.

Enfin, gardons à l’esprit qu’un agriculteur français génère sept emplois en amont et aval. Les céréales du Berry produites par la société chinoise,  une fois récoltées, partiront directement en bateau pour la Chine.  Cinq exploitations rachetées par un investisseur étranger représentent donc 7 fois moins d’emplois dans les territoires ruraux.

La loi du plus riche ne fonctionne pas en agriculture : il faut des paysans au cœur des exploitations, pas des financiers

Les transactions patrimoniales sont connues en France pour leurs complexités, elles sont cependant un peu encadrées, grâce au fameux droit de préemption des SAFER, supposé réglementer le devenir de nos terres. Pourtant, la transaction chinoise a eu lieu sous les yeux de la SAFER du Centre, sans que celle-ci n’ait pu faire quoi que ce soit.

La raison ? Une faille juridique qui exclut le droit de préemption lorsque l’acquéreur ne rachète pas la totalité des parts de la société dont il veut prendre le contrôle. Dans la pratique, la quasi-totalité des parts est rachetée, et les dernières sont vendues quelques temps plus tard.

Heureusement ce rachat n’a pas été passé sous silence et nous saluons les vives réactions du monde agricole et politique. Jeunes Agriculteurs avait pourtant alerté les parlementaires et le Ministère à l’occasion du vote de la loi d’Avenir agricole. A eux maintenant de prendre leurs responsabilités pour légiférer le plus rapidement possible. Plus qu’un rapport sur l’augmentation des achats de terres agricoles par le biais de transferts de parts sociales, nous demandons une solution rapide : inscrire dans un texte de loi dès cette année, un dispositif pour que l’installation des jeunes et l’agriculture familiale ne soient pas remises en cause par des pratiques scandaleuses. La concurrence déloyale sur les terrains ruraux, premiers outils de travail des agriculteurs, doit cesser.

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