Grandes cultures
« Il faudra une réponse à la hauteur de la catastrophe »
Dans la région Centre-Val de Loire, la récolte de maïs 2026 s’annonce très faible après cinq épisodes caniculaires et une sécheresse historique. Sébastien Méry, secrétaire général de l’AGPM et exploitant dans le Loiret, dresse le bilan et réclame à l’État des mesures à la hauteur des pertes.
Dans la région Centre-Val de Loire, la récolte de maïs 2026 s’annonce très faible après cinq épisodes caniculaires et une sécheresse historique. Sébastien Méry, secrétaire général de l’AGPM et exploitant dans le Loiret, dresse le bilan et réclame à l’État des mesures à la hauteur des pertes.
« Un été catastrophique. » Sébastien Méry ne cherche pas à atténuer son constat. Après cinq épisodes caniculaires, le maïs a souffert sur l’ensemble du territoire. Début août, Agreste estimait la récolte française de maïs grain, semences comprises, à neuf millions de tonnes. Ce serait 35 % de moins qu’en 2025 et le plus faible volume enregistré depuis 1980. Cette estimation reste provisoire. Les récoltes ne sont pas terminées et les écarts entre les parcelles seront importants. Une certitude se dégage pourtant : le manque d’eau et les températures extrêmes ont touché tous les bassins de production.
L’irrigation limite les pertes
Dans les secteurs irrigables du Centre-Val de Loire, notamment ceux reliés à la nappe de Beauce, l’accès à l’eau a permis de soutenir une partie des cultures. Là où les exploitants disposaient d’un volume suffisant et pouvaient revenir régulièrement dans leurs parcelles, le potentiel a été en grande partie préservé. Même dans ces situations, les plantes n’ont pas traversé l’été sans dommage. Les températures très élevées sont intervenues à des étapes décisives, notamment lors de la floraison. « Là où l’on pourrait dire que cela va, nous pouvons déjà nous attendre à une perte de production de 10 à 15 % par rapport à une année normale », prévient Sébastien Méry.
La situation se dégrade lorsque l’irrigation est plus limitée. Certains exploitants ne disposent pas du volume nécessaire. D’autres ne peuvent pas revenir assez souvent dans leurs parcelles. Les restrictions administratives ont aussi réduit les apports dans plusieurs secteurs. Le résultat dépend alors de la quantité d’eau apportée et du potentiel du sol. « Ce qui domine, c’est l’hétérogénéité », résume le secrétaire général de l’AGPM. Les rendements seront dégradés, parfois dans des proportions importantes.
De faibles rendements à l’absence de récolte
Le constat devient plus sévère pour les maïs non irrigués. Selon les sols et les précipitations reçues, les situations vont « du très médiocre à la catastrophe ». Certaines parcelles ne donneront presque rien. Dans la région Centre-Val de Loire, les pertes pourraient ainsi aller de 10 % dans les situations les mieux préservées jusqu’à une absence de récolte. Cette disparité ne doit pas masquer l’ampleur du recul attendu.
Le maïs fourrage n’est pas épargné. Les éleveurs doivent déjà composer avec des prairies desséchées et des récoltes fourragères en baisse. Dans les secteurs les plus touchés, les maïs présentent peu de grains et une qualité alimentaire dégradée. Des parcelles initialement destinées au grain ont déjà été ensilées. Des échanges se mettent aussi en place entre céréaliers et éleveurs pour sécuriser l’alimentation des troupeaux. Ces arbitrages réduiront encore les volumes de maïs grain disponibles.
Toutes les cultures sont touchées
Le maïs illustre une crise qui dépasse largement cette seule production. Tournesol, betterave, cultures fourragères et autres grandes cultures d’été portent aussi les marques du manque d’eau et de la chaleur. Les dégâts causés par la faune sauvage se sont ajoutés aux difficultés. Sangliers, cervidés ou blaireaux ont davantage fréquenté les parcelles restées vertes pour y trouver de l’eau et de la fraîcheur. Les cultures les mieux préservées ont parfois concentré les attaques.
La sécheresse pèse aussi sur le moral des exploitants. Baisse des rendements, hausse des charges et contraintes réglementaires se cumulent. La levée des couverts d’interculture est, par exemple, devenue impossible dans certaines terres privées d’humidité. « Cette année, certaines obligations sont un non-sens agronomique. Il faut des dérogations à la hauteur de la situation », estime Sébastien Méry.
« Une réponse à la hauteur de la catastrophe »
Au lendemain d’une réunion avec les préfets consacrée au bilan des pertes dans chaque territoire, le montant du fonds d’urgence reste attendu. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, doit le dévoiler le 3 septembre. Les aides seront ciblées par département, confiées aux préfets et déployées à l’automne. Elles doivent soutenir les trésoreries et permettre aux exploitations de relancer leur production. Pour Sébastien Méry : « La profession ne se contentera pas simplement d’accompagnements de trésorerie ou de prises en charge de cotisations sociales. Il faudra une réponse à la hauteur de la catastrophe, bien au-delà des mesures exceptionnelles que nous avons l’habitude de connaître. »
Sébastien Méry rappelle aussi le rôle joué par les exploitants lors des incendies de l’été. Tracteurs, déchaumeurs, tonnes à eau et connaissance du terrain ont appuyé l’action des secours. « Lorsqu’il y a des incendies, la société est bien contente de trouver les agriculteurs. L’État doit aujourd’hui prendre conscience de leur rôle et les aider à passer ce cap inédit. »
Faire de cet été un électrochoc
La loi d’urgence agricole, publiée le 19 août, prévoit de doubler le stockage d’eau d’ici 2035 et ouvre des dérogations sur certains phytos. Pour Sébastien Méry, cet été renforce la nécessité d’avancer sur ces deux sujets. L’accès à l’eau ne règle pas tout, comme le montrent les pertes observées dans les parcelles irriguées. Il permet cependant de maintenir une production et d’atténuer les effets des températures extrêmes. Face à des épisodes appelés à se répéter, le secrétaire général de l’AGPM assure que les agriculteurs sauront continuer à faire évoluer leurs pratiques. Il pose toutefois une condition : leur laisser les moyens de le faire.