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Interview de Marc Langé
Irrigants : « J'ai annoncé que je me retirais de la présidence de l'AIEL »

L'assemblée générale de l'Association des irrigants d'Eure-et-Loir (AIEL) s'est déroulée le 25 mars à Chartres. Le point avec son président Marc Langé.

Horizons : Comment s'est déroulée la dernière campagne d'irrigation en Eure-et-Loir ?

Marc Langé : La campagne 2023 est partie avec une restriction des quotas de 0,66 après un hiver sec et une faible recharge de la nappe de Beauce, à l'inverse de cette année. Les irrigants n'étaient plus habitués, la dernière fois qu'il y a eu de telles restrictions c'était en 2012… Mais après les alertes communiquées dès l'automne précédent, par l'OUGC* et la Chambre, les exploitants ont pu anticiper leurs assolements, ce qui a permis d'éviter le risque d'être à court d'eau pour assurer la bonne tenue des cultures… Ensuite, l'été a finalement été suffisamment humide, ce qui a beaucoup aidé, les irrigants n'ont donc pas utilisé tout leur quota. En Beauce, environ 60 % de ce qui avait été octroyé a été consommé. Comme quoi la nature est bien faite. En revanche, il y a eu des comités sécheresse et des restrictions tout l'été, les irrigants de rivière ont été plus limités, mais il y en a de moins en moins.

Suite à l'été 2022, l'État souhaitait revoir la gestion de la nappe de Beauce. Qu'en est-il ?

Nous avons rencontré le préfet le 22 avril à ce sujet. L'inquiétude des irrigants face à la sectorisation de la Beauce est forte. C'est contraire à la logique établie au départ. Il y a un équilibre entre toutes les rivières sachant que la Beauce n'a pas vraiment de rivière, la Conie étant une résurgence de la nappe… Au niveau de l'État (Dreal et préfète de région), on a toujours tendance à vouloir briser ce qui marche. Je me souviens qu'en 2022, la Beauce a été la seule région sans restriction et les pouvoirs publics ont dit que ce n'était pas normal. En haut lieu on a dû dire qu'il fallait faire quelque chose… Alors qu'il faut poser le problème à l'envers, s'il n'y a pas eu de restriction c'est qu'il y avait une bonne gestion. Après, vis-à-vis de l'opinion publique, c'est peut-être compliqué à expliquer. Mais quand on est pragmatique, il faut regarder ce qui marche. La gestion de la nappe de Beauce est un modèle au niveau français. Aujourd'hui, nous avons le coefficient d'attribution (lire ci-contre), ça permet de piloter et que l'on ne se retrouve pas avec des coupures intempestives en pleine campagne. Et vu ce qui s'est passé cet hiver avec la grogne agricole, ce n'est pas le moment d'en rajouter. Je comprends que les écologistes aimeraient que l'on arrose moins, c'est leur façon d'exister. Mais nous n'avons pas sabordé le milieu aquatique de la région. Ils disent qu'il y a des assecs sur certaines rivières mais il y en avait avant l'irrigation… Au final, cette année il ne se passera rien. Et que ce soit la FNSEA 28 ou la Chambre, nous sommes tous d'accord pour freiner des quatre fers.

Où en sont les études sur la nappe de Craie ?

À priori, il y a encore deux ans d'études. Il y a une inquiétude des irrigants de ce secteur. Il y a eu un peu de débats lors de l'assemblée générale sur ce sujet. Sachant que la Craie, c'est un peu la nappe réservée à l'eau potable. Et la recharge de cette nappe est un peu plus compliquée que pour celle de Beauce. Nous attendons les conclusions mais ce serait sain qu'il y ait des quotas comme en Beauce pour savoir où on va. Là, en cas de problème comme à Francourville, tout le monde est pris au dépourvu, autant organiser les choses. Ici (secteur d'Orgères-en-Beauce) ou sur le secteur de la Conie, un tour d'eau pour démarrer les céréales est presque obligatoire. Ce n'est pas forcément le cas au nord de Voves ou sur Chartres, l'irrigation est surtout utile pour la diversification. Mais avec le changement climatique ça peut changer. L'irrigation est la meilleure des assurances…

La rencontre entre le président de Chartres métropole, Jean-Pierre Gorges, et le président de la Chambre, Éric Thirouin, l'an passé a-t-elle changé la donne ?

Ça a porté ses fruits. Nous avons l'impression que ça a débloqué certaines choses. Jean-Pierre Gorges s'est rendu compte qu'il fallait qu'il mette le paquet sur la ressource, que l'agriculture avait de l'importance dans le secteur et que les efforts devaient être partagés. C'étaient un peu toujours les agriculteurs qui portaient le chapeau, même si c'est encore un peu le cas… Ça reste compliqué… Le but du jeu est que ce ne soit que temporaire.

Lors de l'assemblée générale, la DDT est intervenue au sujet de ses contrôles en cours de campagne ?

Oui, elle a rappelé les règles sur les ouvrages des forages, au niveau des bétonnages de sortie. Une quarantaine de contrôles ont été effectués. Ce sont des contrôles qui n'engendrent pas de sanction, il s'agit plus de conseiller. Elle laisse un laps de temps pour que les irrigants puissent faire les aménagements requis.

Le délégué territorial d'Enedis, Lionel Masson, est intervenu également ?

Oui, il a parlé de la possibilité de passer du tarif vert au tarif jaune. Au tarif vert, le transformateur appartient à l'irrigant, avec le jaune, il est la propriété d'Enedis. Certains aimeraient changer de couleur. Ce n'est pas gratuit mais c'est une certaine tranquillité. Le jour où il y a une panne, Enedis est obligé d'intervenir rapidement. Lionel Masson est très attaché au monde agricole. Il a rappelé également l'existence de l'application Ligne alerte, qui signale la présence de lignes électriques pour les agriculteurs lorsqu'il travaillent dans leurs parcelles.

Vous avez fait une annonce également…

Effectivement, j'ai annoncé que je me retirais de la présidence. Un conseil d'administration va se réunir le 2 avril pour élire un nouveau bureau mais il ne devrait pas y avoir de changement, il faut juste trouver un nouveau responsable (lire encadré ci-dessous. Ce que je leur ai dit c'est qu'il fallait travailler en équipe, parfois je me suis retrouvé un peu seul et en plus je n'ai plus de personnel sur la ferme, il fallait faire des choix pour ne pas faire les choses à moitié. La présidence demande de l'attention et de la disponibilité… Quand il y a des comités sécheresse tous les dix jours et que tu es en plein boulot, c'est compliqué.


*Organisme unique de gestion collective.

Aymeric Souchet est le nouveau président de l'AIEL

Aymeric Souchet remplace Marc Langé à la présidence de l'AIEL.

Marc Langé a annoncé lors de l’assemblée générale de l'AIEL qu’il ne souhaitait pas poursuivre son mandat. Le nouveau conseil d’administration s’est donc réuni le 2 avril pour désigner le nouveau bureau. Ainsi, Aymeric Souchet, irrigant à Chuisnes, en SCEA avec son frère, en est le nouveau président. Benjamin Lirochon, exploitant à Villeau, son premier vice-président, Guillaume Besnier, de Denonville, en est le 2e vice-président, et David Faucheux de Péronville, son secrétaire général. Benoit Nouvellon reste trésorier. Pour leur part, Bernard Guillaumin (Saint-Maur-sur-le-Loir), Christophe Préhu (Bonneval), Clément Gauthier (Amilly) et Benoit Rabourdin (Gas) complètent le bureau. Il a été décidé également que le dossier du bassin de l'Aigre serait suivi par Jérémy Faucheux et Guillaume Boniteau, celui de la zone de Francourville par Matthieu Mardelet, celui de la nappe de la Craie par Edouard François.

 

 

 

 

 

Lire aussi Nappe de Beauce : le coefficient d'attribution a été fixé

 
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