Arboriculture
La chaleur fragilise les récoltes fruitières
Gel tardif, canicule, récoltes avancées… À Saint-Denis-en-Val (Loiret), Jérôme Brou mesure les effets du climat sur ses poires, ses cerises et ses fraises. L’eau devient plus que jamais indispensable à la production.
Gel tardif, canicule, récoltes avancées… À Saint-Denis-en-Val (Loiret), Jérôme Brou mesure les effets du climat sur ses poires, ses cerises et ses fraises. L’eau devient plus que jamais indispensable à la production.
En près de quarante ans, Jérôme Brou a vu le climat changer. Installé en 1989 à Saint-Denis-en-Val (Loiret), l’arboriculteur se souvient d’un gel important tous les cinq à dix ans. « Depuis cinq ans, nous avons gelé quatre fois », constate-t-il. Ses 15 hectares de poiriers sont désormais protégés par aspersion. Le problème ne tient pas seulement au froid. La douceur accélère le réveil de la végétation, ensuite exposée aux gelées printanières. Puis viennent les coups de chaud. « On est en chemise en février, et en avril, il gèle. Tout est décalé. »
Des fruits qui ne rattrapent pas leur retard
La canicule de la semaine dernière a marqué les cultures. Sous l’effet de la chaleur, les fruits ralentissent leur développement. « Le grossissement qui n’a pas eu lieu dans la semaine ne se rattrape pas. Ce qui est perdu est perdu », explique Jérôme Brou. Les poires devraient aussi être récoltées plus tôt. La cueillette des williams pourrait commencer autour du 4 août, contre après le 15 août habituellement. Cette avance laisse moins de temps aux fruits pour grossir. Elle bouscule aussi toute l’organisation de l’exploitation. La main-d’œuvre et les chauffeurs sont moins disponibles au début du mois d’août, tandis que les périodes de vente négociées avec la grande distribution ne bougent pas. Il faut donc conserver les poires plus longtemps.
La cerise et la fraise n’ont pas été épargnées. La première n’atteint pas la moitié d’une récolte normale. Sous serre, les rendements de la fraise charlotte ont chuté de 50 à 70 %. « L’ennemi de la fraise, c’est la chaleur », résume le producteur.
Le renouvellement ne se fait pas
À ces pertes s’ajoute la question du renouvellement des générations. Le Loiret compte 57 arboriculteurs et seulement deux projets d’installation, indique Jérôme Brou. À l’aube de ses 60 ans, il dit encore figurer « parmi les sept plus jeunes ». Le producteur pointe des investissements lourds et une rentabilité incertaine. En poiriers, il faut entre douze et quinze ans pour amortir une plantation. « Dans dix ans, qui restera-t-il ? », interroge-t-il.
Les traces restent dans le verger
Les conséquences pourraient se prolonger en 2027. Dans les poiriers, des feuilles ont grillé ou sont tombées. Privés de cette alimentation, les fruits grossissent moins. Quelques arbres ont même refleuri après la canicule. Autant de boutons qui ne produiront pas de poires l’an prochain. La sécheresse modifie aussi la vie du verger. Les oiseaux, à la recherche d’eau, attaquent davantage les fruits. À l’inverse, les rangs irrigués conservent des fleurs sauvages où butinent les abeilles. Oiseaux, lièvres, faisans, perdrix et vers de terre y trouvent encore un milieu favorable.
L’eau revient au centre du débat
Ces observations font écho à la loi d’urgence agricole, adoptée lundi 20 juillet par l’Assemblée nationale avant son ultime vote au Sénat. Le texte comporte plusieurs mesures liées à l’eau. Jérôme Brou dispose d’un forage et n’est pas directement concerné par les projets de stockage. Il les juge néanmoins indispensables pour d’autres exploitations. « Faire de la production agricole sans eau, c’est impossible, encore plus aujourd’hui. Dans une poire ou une fraise, il y a de l’eau que les gens vont manger », rappelle-t-il.