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Agronomie
La Chambre présente sa nouvelle collection de colzas

La chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir, en collaboration avec Terres Inovia, a présenté un essai variétés colza le 16 mai à Châtaincourt, une bonne occasion de parler longuement des problématiques agronomiques autour de cette culture.

Le 16 mai, à Châtaincourt. Les agronomes de la Chambre et de Terres Inovia, Dominique Delaunay (à g.) et Julien Charbonnaud (à d.), ont expliqué par le menu comment réussir sa culture de colza.
Le 16 mai, à Châtaincourt. Les agronomes de la Chambre et de Terres Inovia, Dominique Delaunay (à g.) et Julien Charbonnaud (à d.), ont expliqué par le menu comment réussir sa culture de colza.
© H.C. - Horizons

Sécheresse automnale, pression d'insectes, de leurs larves, d'adventices, disparition de solutions chimiques adaptées, la culture du colza ne peut guère s'affranchir d'une certaine maîtrise de l'agronomie. Et ils ne sont pas trop de deux pour en parler le 16 mai à ­Châtaincourt, Dominique Delaunay, de la chambre d'Agriculture, et Julien ­Charbonnaud, de Terres Inovia.

Pas de carence finalement

L'occasion qui leur est offerte pour le faire est l'invitation faite par la Chambre aux agriculteurs, à venir visiter une parcelle d'essai d'une cinquantaine de variétés de cette culture. Une invitation doublée le lendemain sur le secteur du Perche.

Avant d'aller voir l'essai, la réunion débute par l'évocation d'un problème survenu après l'épisode de gel d'avril sur une seule génétique colza, Limagrain. « Les symptômes évoquent une carence en magnésie, c'est d'ailleurs le bruit qui a couru, mais ce n'est pas ça, affirme Dominique ­Delaunay. Sur les parcelles d'essais, les symptômes sont apparus sur cette lignée et pas sur celles à côté. Nous attendons toujours les explications du semencier ». Sur les deux variétés touchées, l'une semble néanmoins s'en remettre.

L'agronome en profite pour signaler qu'en cas de conditions extrêmes, un souci peut toujours arriver sur telle ou telle variété « avec des parcelles qui vont faire zéro… Nous avons déjà eu le souci avec Capitol en 2001. Mieux vaut ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». L'occasion de rappeler que l'épée de Damoclès du Phoma, dont on ne parle plus, peut toujours s'abattre sans crier gare et que certaines variétés sensibles, qui ne possèdent qu'un seul gène de résistance, sont encore largement distribuées.

Pour autant, diversifier les génétiques n'est pas toujours évident : « Les OS ne proposent souvent qu'une seule variété, relève Julien Charbonnaud. La solution serait d'avoir plusieurs OS… Segmenter le marché c'est du business. Chacun ses variétés. Et il y a une course à l'échalote au renouvellement, il va falloir arrêter. Il faut que l'on puisse tester sur deux ou trois ans, avoir de la stabilité quelques années de suite… ».

Lutte désarmée

Les deux agronomes ont ensuite détaillé les différents leviers de lutte contre les altises, d'autant plus importants après le retrait du Boravi qui réglait le problème : « Elles arrivent autour du 20 septembre. Il faut que le colza ait alors au moins quatre feuilles, c'est-à-dire qu'il ait levé au 25 août. Nous voulons du plus vite, pas du plus gros, la fertilisation ne fait pas lever… », rappelle ­Dominique Delaunay. Pour assurer une bonne levée, il faut soigner le lit de semence, qui doit préserver l'humidité du sol, fertiliser et assurer un bon désherbage. L'agronome suggère aussi de se méfier des plantes compagnes, qui ne gèlent plus en hiver et qui concurrencent le colza pour l'accès à l'eau…

Il existe également un levier variétal sur les altises puisque l'on s'est rendu compte récemment que certaines, à l'image de Féliciano (KWS), étaient moins sensibles que d'autres, sans que l'on sache encore pourquoi. Pour autant : « La variété qui répond à tout n'existe pas », tranchent les agronomes. Il importe donc de choisir des variétés à implantation rapide, produisant une forte biomasse.

Ensuite, si des larves sont présentes « le Karaté Zéon reste la référence », souligne l'agronome de Terres Inovia. Ces larves sont dangereuses quand, parvenues au stade L3, elles migrent vers le collet : « Mais si l'automne est frais, ce stade intervient plus tard, les feuilles tombent et le danger est écarté. C'est ce qui s'est passé cette année », pointe Dominique ­Delaunay. Reste que l'on ne peut jamais prédire à quel moment il faut traiter, or la fenêtre de tir est étroite…

Enfin, un nouveau produit (Syngenta) est dans les cartons. Il semble même plus efficace que le Karaté Zéon. Son homologation pour le colza est prévue pour 2025, mais Terres Inovia pousse pour obtenir une dérogation 120 jours dès l'an prochain. Il est efficace sur végétation, contre les larves et le charançon du bourgeon terminal. Il le serait aussi sur les altises résistantes dites super KDR. Une mutation qui arrive par l'Est et qui gagne du terrain inexorablement. Sans dérogation l'an prochain, « Karaté Zéon fera le job », assure néanmoins l'agronome.

Cinquante nuances de colza

Une fois ceci dit, il est temps de remonter l'allée et de profiter enfin de cette belle série de cinquante variétés de colza. Elles font là étalage de leur diversité génétique et de précocité. « Au niveau visuel, nous avons beaucoup de choses semblables. Il faudra attendre les résultats pour faire un vrai tri. Ce que l'on peut noter, c'est que des variétés anciennes, qui ont déjà quatre ou cinq ans, sont toujours dans le coup, constate Dominique Delaunay. À mon avis, il faut garder dans ses parcelles ce que l'on connaît, et se réserver un peu de place pour tester quelques nouveautés… ».

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