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Alimentation
La construction du prix décortiquée lors de la 10e édition de l'Open Agrifood

La 10e édition du forum Open Agrifood s'est déroulée les 27 et 28 novembre à Orléans (Loiret) autour de la question de la valeur et du prix de ce que l'on mange, prenant une tournure un peu plus politique.

Le 28 novembre, à Orléans (Loiret). Les représentants régionaux des filières (Interfel, Criel Bovin-lait, Criel caprin, Interbev, Ariporc), ont parlé de la création de valeur dans les filières lors de l'Open Agrifood.
Le 28 novembre, à Orléans (Loiret). Les représentants régionaux des filières (Interfel, Criel Bovin-lait, Criel caprin, Interbev, Ariporc), ont parlé de la création de valeur dans les filières lors de l'Open Agrifood.
© L.B. - Horizons

Après un débat citoyen lundi 27 novembre sur le thème « Valeurs de l'alimentation, qui paye l'addition ? », la 10e édition du forum Open Agrifood d'Orléans (Loiret) s'est poursuivie le lendemain, lancée par le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, avec une conférence en trois temps pour échanger sur la construction du prix de l'alimentation, et s'est achevée par un concours d'éloquence et la rédaction collective d'un éloge pour l'agriculture et l'alimentation françaises.

Plan Marshall

« Je réclame depuis longtemps un plan Marshall de l'agriculture, que l'on inscrive dans notre constitution un droit à l'alimentation, a lancé en introduction de cette seconde journée le président de l'Open Agrifood et du groupe LSDH, Emmanuel Vasseneix. Il faut une prise de conscience politique et citoyenne, qu'aujourd'hui notre souveraineté alimentaire est engagée ». Le président de la chambre régionale d'Agriculture et vice-président de l'Open Agrifood, Philippe Noyau, a enchaîné : « Nous sentons bien que le citoyen s'est retourné vers d'autres dépenses que celles de l'alimentation. Nous sommes passés de 19 à 16 % du pouvoir d'achat ». Ses inquiétudes portent sur le fait que l'on importe de plus en plus : « Il y a danger mais nous allons résoudre le problème ensemble », a-t-il conclu.

Après cette introduction, les responsables des cinq interprofessions régionales (Interfel, Criel bovin-lait, Criel caprin, Interbev et Ariporc) ont témoigné sur la création de valeur au sein de leurs filières. « Depuis cinquante ans, l'agriculture a des prix qui évoluent moins que tout le reste de l'économie, a témoigné le président d'Ariporc CVL, Philippe Van Den Broek. Collectivement, nous pouvons remercier l'agriculture qui a permis à la société de se moderniser ».

« On galvaude le lait »

Pour sa part, le président du Criel bovin-lait, Philippe Bruneau, a souligné que le prix du lait n'est pas suffisant pour les producteurs : « Son évolution en trente ans, c'est une baisse de 15 %. Comment continuer à s'installer, à capitaliser pour produire, avec un tel prix ? Certes il y a eu une petite remontée, mais nous n'avons toujours pas retrouvé le niveau de 1991… Côté consommateur, on trouve que là aussi le prix est trop faible. On galvaude le lait par son prix », a-t-il relevé.

« Chez nous, l'histoire n'est pas tout à fait la même, a expliqué à son tour le président du Criel caprin, Sylvain Boiron. C'est le marché qui a tiré notre développement, et l'étiquetage origine France ». Il a montré ensuite la construction du prix d'un fromage, qui prend en compte tout un tas de choses, sauf l'attractivité du métier, alors que passer le prix d'un fromage de 4,50 à 5 euros ferait gagner un Smic par producteur…

De son côté, le président d'Interbev CVL, Jérôme Tellier, a relevé la taille humaine de l'élevage français, son aspect durable par la valorisation d'un tiers de la SAU avec le pâturage, son autonomie : « Et derrière, l'élevage stocke du carbone et entretient la biodiversité. Et si nous avons une viande de qualité, c'est qu'il y a une filière, de l'éleveur aux bouchers, qui tous progressent ». Enfin, pour le président d'Interfel CVL, Benoit Gilles : « Le besoin de la filière est d'augmenter la consommation de fruits et légumes frais. Nos producteurs ont su dynamiser la filière, aller vers moins d'intrants, choses que l'on retrouve peu dans la valorisation des produits ».

À la suite de ces prises de paroles, trois experts sont venus apporter leur éclairage. Olivier Dauvers a fait un plaidoyer pour le sol, disant qu'il fallait trouver un moyen de le valoriser. Olivier Caux a parlé de l'attractivité des métiers agricoles. Et Philippe Goetzmann a produit une analyse montrant l'individualisation des repas dans notre société avec une hausse constante de la restauration hors foyer depuis vingt ans.

La dernière table ronde de la matinée a fait intervenir autour du député du Loiret, Richard Ramos, une citoyenne engagée, la directrice de l'Agence bio, Laure Verdeau, une dirigeante du groupe InVivo, Rachel Kolbé, une représentante du Syndicat national de la restauration collective, Carole Galissant, le premier vice-président de l'Ania (Association nationale des industries alimentaires), Jean-Paul Torris, et le président de la chambre d'Agriculture de Haute-Loire, Yannick Fialip.

Le même débat

Au cours de ces échanges, beaucoup de choses sensées, pertinentes ont été dites par les intervenants. Mais en concluant cet Open Agrifood, son président Emmanuel Vasseneix a pointé « qu'il manque quelque chose à cet Open, c'est un peu le passage à l'acte. Nous avons vu des gens très bien, nous sommes devant un public averti qui sait que les choses doivent changer… Maintenant, il faut que ça se concrétise, sinon on refera tous les ans le même débat ». Dont acte.

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