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AgroPithiviers.
« La coopération a un grand avenir devant elle ! »

À l'occasion de l'assemblée générale d'AgroPithiviers, quatre présidents d'établissements ont débattu autour du modèle coopératif.

De gauche à droite, Alain Bergeon, Jean-Pascal Jarry, Jean-Marc Coulon et Michel Pernin.
De gauche à droite, Alain Bergeon, Jean-Pascal Jarry, Jean-Marc Coulon et Michel Pernin.
© Loiret agricole et rural

« La coopération est une formule méconnue mais qui a de l'avenir » : c'est le message qu'a délivré Jean-Marc Coulon. Le président d'AgroPithiviers s'exprimait à l'occasion de l'assemblée générale de la coopérative, le vendredi 6 décembre. Au cours des dix dernières années, l'administrateur a constaté deux évolutions. Premièrement, la variabilité du prix des céréales sur le marché mondial : « Le marché étant libre, nous subissons toutes les tempêtes et toutes les fluctuations. Aujourd'hui, nous sommes à un prix moyen, en référence à 1992. » À 190 EUR la tonne de blé tendre, les prix actuels se situent au niveau où ils trouvaient il y a deux décennies. « Si la couverture du risque est quelque chose de difficile, une coopérative ne peut faire l'objet ni d'une délocalisation ni d'une OPA (NDLR : offre publique d'achat) : elle a un rôle économique très important. »

Deuxième phénomène observé par le président d'AgroPithiviers : « L'inflation réglementaire : une dérive sociétale. On règle des problèmes économiques avec des textes. En France, a-t-on les moyens d'assumer toutes ces règles ? On veut tout et son contraire. Le pouvoir politique génère un système de peur. Laissez l'économie respirez ! Fichez la paix à l'agriculture ! Cette dernière a quelque chose à apporter à la société : des exemples d'organisation, dont le modèle coopératif. »

Une manière d'introduire la table ronde qui, autour de Jean-Marc Coulon, rassemblait trois présidents de coopératives : Alain Bergeon, Jean-Pascal Jarry et Michel Pernin. N'y a-t-il qu'une forme de stratégie gagnante pour l'adhérent et sa coopérative ? Tel était le sujet du débat animé par Claude Mauguit, consultant auprès de Coop de France. Ce dernier planta le décor : « L'objectif est d'ouvrir des pistes de réflexion. Sans camper sur ses positions. »

Sur des marchés tirés

« Comment peut-on faire vivre une coopérative de petite taille comme la nôtre ? » s'interrogea Jean-Marc Coulon. Le président de la coopérative d'Esternay apporta un premier élément de réponse : « Nous sommes totalement indépendants mais pas seuls. » L'entité marnaise fait partie de différentes structures. Alain Bergeon évoqua, pour sa part, « une stratégie de différenciation par des produits de qualité ». Le sens de la démarche : répondre aux exigences des meuniers avec, en toile de fond, la traçabilité dans le cadre de la sécurité alimentaire.

Jean-Pascal Jarry parla de « marché de niche » et de création de valeur ajoutée : « On partage celle-ci entre les adhérents et la coopérative car nous avons besoin d'outils performants pour répondre aux exigences de la clientèle. » L'expression « marché de niche » fut également employée par Jean-Marc Coulon, en référence à la production de blé améliorant (NDLR : 30 % des collectes de blé tendre). Michel Pernin exposa son point de vue : « La mission principale d'une coopérative est de développer l'entreprise de ses adhérents en créant de la valeur. »

Le modérateur eut ce commentaire : « Nous sommes bien dans une recherche de différenciation. Dans une stratégie de volume et de prix, il faut des coûts bas et des volumes élevés. » Une démarche de différenciation répond à la logique inverse : « On recherche des exclusivités et des facteurs de différenciation mettant en valeur sa production. »

« Orienter les agriculteurs vers des variétés spécifiques est très important » a déclaré le président de la coopérative d'Esternay. Réaction de Claude Mauguit : « Nous sommes sur des marchés tirés et non poussés. » Le second schéma fonctionnait il y a une soixantaine d'années lorsque Ford imposait un modèle uniforme de voiture. « Aujourd'hui, on identifie des besoins et on essaie de produire ce que demandent les marchés. »

 

Une campagne de communication nationale

La mutualisation et la massification sont deux principes inhérents à la coopération. La première vise les équipements et les services. Et Jean-Marc Coulon a expliqué les avantages de la seconde : « Les négociations avec les fournisseurs sont plus faciles : dans un contexte économique délicat, c'est un atout pour répondre aux exigences de la clientèle. »

Question : comment la création de valeur est-elle perçue par les adhérents ? Dit autrement, comment les agriculteurs en profitent-ils ? Réponse d'Alain Bergeon : « Le prix payé en culture est majoré d'une prime selon la nature du contrat. Il faut aussi pérenniser l'activité. Cela nécessite des outils modernes, d'où une logique d'investissements. » Quel est l'attrait d'une coopérative ? L'animateur des débats a fourni cet argument : « Une coopérative apporte ce qu'un adhérent ne veut pas, ne sait pas ou ne peut pas faire : un outil collectif est meilleur qu'un outil individuel. »

Une petite taille représente-t-elle un handicap ? Réponse de Michel Pernin : « Quand une nouvelle coopérative se crée, dans les cinq ans qui viennent, elle doit atteindre un chiffre d'affaires de dix millions d'euros. Une coopérative qui n'évolue pas a tendance à devenir un club. » Un avis que ne partageait pas Jean-Pascal Jarry : « Je n'ai pas l'impression qu'on deviendra obsolète dans les dix ans qui viennent ! » Quant à Jean-Marc Coulon, il a exprimé une opinion médiane : « La taille n'est pas un élément déterminant. Cependant, lorsque nous affrétons des trains pour exporter, il vaut mieux massifier. » Pour ses approvisionnements, AgroPithiviers fait partie d'une centrale d'achats. « Ce qu'on gagne en capacité de négociation, on le perd en proximité. »

Coop de France se prépare à lancer une campagne nationale de communication. « Nous avons un défaut de communication » a reconnu Alain Bergeon. Jean-Pascal Jarry estime que le mouvement coopératif a besoin de cette campagne de communication. Mais, pour le président de la coopérative d'Esternay, « il faudra aussi faire du lobbying à Bruxelles ». « Nous essayons de faire passer des messages au niveau local » a indiqué, pour sa part, Jean-Marc Coulon. AgroPithiviers travaille avec les Chambres consulaires autour du développement économique.

40 % des produits agroalimentaires distribués en France proviennent de la coopération. Or le grand public n'en a pas forcément conscience. Faut-il pour autant s'associer à de grandes enseignes ? « Tant qu'on n'est pas transformateur, avec des capitaux importants à mobiliser, on peut rester indépendant » a expliqué Jean-Marc Coulon.

Cela amène à s'interroger sur la capacité du réseau coopératif à garder son avantage concurrentiel. L'animateur des débats eut cette réflexion : « On parle de la coopération comme levier de croissance territorial. » Ces propos de Claude Mauguit faisaient écho à une intervention de Michel Pernin : « La coopération a un grand avenir devant elle : notre mouvement est reconnu par les pouvoirs publics. »

Parlant devant un parterre de coopérateurs, Jean-Pascal Jarry rappela une évidence : « Votre outil de travail vous appartient : celui-ci est indivisible et transmissible. » Alain Bergeon s'inscrivit dans la même veine : « On est actionnaire, fournisseur et client : on maîtrise toutes les étapes du circuit commercial. »

 

Un besoin de sociétal

Autre question : comment convaincre les jeunes de rejoindre la coopération ? Michel Pernin a proposé quelques solutions : « Leur faire découvrir la coopération et ses atouts et les impliquer dans les conseils d'administration. » Alain Bergeon fit également part de ses idées : « Être attractif en proposant un outil de travail moderne et faire preuve de transparence. »

Jean-Pascal Jarry n'y alla pas par quatre chemins : « Je sature d'entendre dire que les jeunes posent problème ! Si on pense ainsi, c'est qu'on ne les intègre pas assez. Il faut leur confier des responsabilités. » « On a vécu une période où nous étions très inquiets » a commenté Jean-Marc Coulon. Aujourd'hui, sur les cinq cents adhérents d'AgroPithiviers, on compte cinquante jeunes installés depuis moins de cinq ans. « Ils sont là et ont des idées. »

Les quatre débatteurs furent invités à dire quels étaient, selon eux, les clés de la réussite du modèle coopératif : la mutualisation, la massification, la gestion, la stratégie de produits, la confiance des adhérents, la rigueur de la gestion, l'investissement, la productivité, la valorisation de la production et le partage de la valeur ajoutée. Commentaire de Jean-Pascal Jarry : « L'humain reprend le dessus et tant mieux ! On a besoin de sociétal et de rapport avec l'autre : il n'y a rien de mieux que la coopération pour le véhiculer ! »

Le mot de la fin revint à Jean-Marc Coulon : « La coopération n'est pas une idéologie mais un modèle économique qui a prouvé sa performance. » L'orateur ajouta : « Il faut laisser la place aux jeunes. » L'intéressé, qui avait présidé AgroPithiviers pendant plus de dix ans, annonçait qu'il ne solliciterait pas le renouvellement de son mandat. Mais l'homme restera administrateur pendant encore un an.


 

 

 


Qui sont-ils ?

 

- Alain Bergeon : président de la coopérative de La Tricherie (Vienne). 220 adhérents. Collectes : 90.000 tonnes. Blé, colza et maïs. 75 % des cultures sont contractualisées. Chiffre d'affaires : 31 millions d'euros. Effectifs : 19 salariés.

- Jean-Pascal Jarry : président de la coopérative d'Esternay (Marne). 200 adhérents. 25 salariés. Une station de semences.

- Jean-Marc Coulon : président d'AgroPithiviers. Chiffre d'affaires 2012-2013 : 63.898.822 EUR. 56.427.378 EUR lors de l'exercice 2011-2012. Volume des récoltes 2012 : blé tendre : 90.221 t ; orge de printemps : 61.744 t ; blé dur : 10.535 t ; maïs : 7.769 t ; divers : 14.420 t.

- Michel Pernin : président de la Fédération nationale des coopératives et groupements d'artisans. Chiffre d'affaires : 700 millions d'euros. 6.500 artisans réunis dans 49 coopératives.


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