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La filière lin oléagineux décortiquée en une matinée

Le lin oléagineux a été présenté dans toutes ses composantes lors d'une matinée technique qui s'est déroulée sous la pluie mardi 5 mai sur une parcelle de Baptiste Lejards à Dammarie (Eure-et-Loir).

«Produire ce lin a redonné du sens à mon métier », témoigne le président de l'association Graine de lin 28, Luc Rougeaux, à l'issue de la matinée technique organisée par la filière lin oléagineux (voir encadré plus bas) et la chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir mardi 5 mai sur une parcelle copieusement arrosée de Baptiste Lejards, à Dammarie (Eure-et-Loir).

Filière vertueuse

Et s'il dit cela, c'est parce que cette culture est intimement liée à la filière Bleu-blanc-cœur qui prône une démarche agricole et alimentaire vertueuse et change le regard porté par le grand public sur les agriculteurs qui s'avancent sous cette bannière. Cependant, l'objectif de cette matinée étant d'inciter des exploitants à se lancer dans cette production, il a d'abord été question de technique.

La quarantaine d'exploitants présents est partagée en deux groupes, l'un sur la récolte, l'autre sur l'itinéraire technique. Apparemment, la récolte du lin oléagineux est ce qui inquiète le plus les candidats. Le technicien de la coopérative Lin 2000, Denis Burlaud, s'attache à lever ces craintes : « La première chose : attendre la bonne maturité. Mais pas aller au-delà, il ne faut pas que la plante rouisse sur pied et devienne moins solide », explique-t-il.

Ensuite : « Il faut une machine en bon état de coupe, avec des sections à petites stries et des doigts qui présentent un angle vif. Il faut faire attention à ces petits détails. Enfin, on choisit un bel après-midi pour que les tiges soient parfaitement sèches et on récolte assez vite, entre 6,5 et 8 km/h », précise Denis Burlaud, qui enchaîne sur le réglage des autres éléments de la machine : batteur, contre-batteur, plaque d'ébarbage, grilles, ventilation… Il attire l'attention aussi sur la fluidité de la graine et conseille de ne pas remplir les remorques au-dessus des ridelles.

Pendant ce temps-là, l'autre groupe se penche sur l'itinéraire technique avec le technicien de Lin 2000, Grégoire Trouart. Première chose, la graine se sème à 2 cm sur un sol rappuyé autour du 25 septembre pour que la plante atteigne le bon stade avant l'hiver : « Elle lève mieux que le colza, ne craint pas les limaces et n'a pas de ravageurs, sauf le mulot », souligne le technicien, qui poursuit avec les programmes désherbage, insecticide et fongicide, avant de préciser que le lin se contente d'un apport de 80 unités d'azote à la reprise de végétation.

Régulateur obligatoire

Le point important de cet itinéraire est l'obligation d'utiliser un régulateur. Denis Burlaud a tracé au feutre indélébile sur ses bottes une ligne à 30 cm de hauteur, c'est quand la plante l'atteint qu'il faut appliquer le produit, généralement en mars. « Finalement, des interventions stratégiques à des moments clés, rien de compliqué », résume Grégoire Trouart, qui estime les charges opérationnelles autour de 450 euros.

Le technicien n'oublie pas d'évoquer la possibilité de semer le lin au printemps. « Il faut rechercher une dynamique de levée mais il y a plus de latitude quant à la date d'implantation. Le semis se fait à double dose de façon à obtenir 800 pieds au m2. La principale difficulté est la sensibilité du lin aux altises, il faut intervenir tout de suite », prévient-il.

Et puisqu'il a été question de charges, il convient, après avoir rassemblé tout le monde, de parler du produit. « Le prix est contractualisé avec Graine de lin 28 et il est mieux valorisé qu'avec une coopérative, remarque Tiphanie Soulard, chargée des filières pour Valorex. Le prix est indexé sur une moyenne du prix du colza rendu Rouen et du prix du lin mondial. Pour Bleu-blanc-cœur, le prix du produit final doit être accessible à tous ».

Luc Rougeaux ajoute : « Avant de semer, nous avons un prix minimum garanti. Cette année, c'est parti à 600 euros/tonne, puis nous avons obtenu 650 et finalement ça sera 700 euros. Nous faisons en sorte que personne ne soit perdant. Il faut que notre filière soit durable ».

Meilleure marge en moyenne

Baptiste Lejards, qui accueille la réunion sur sa parcelle, témoigne : « J'ai introduit le lin dans ma rotation il y a vingt ans. Ma meilleure marge en moyenne, c'est le lin. Ce n'est pas forcément la meilleure mais c'est régulier. C'est aussi un excellent précédent pour le blé. Et ce qui est appréciable dans cette filière, c'est que nous avons un très bon suivi technique de Lin 2000 et de la Chambre. Nous recevons plusieurs flashs techniques, nous faisons des tours de plaine aux moments clés et tout le monde est disponible si besoin ».

À condition de pouvoir stocker à la ferme, rien n'empêche d'essayer. Valorex ne pose pas de limite de surface…

Se lancer

Les exploitants d'Eure-et-Loir et des départements limitrophes qui souhaitent se lancer dans cette production peuvent contacter la conseillère de la chambre d'Agriculture, Laetitia Le Manach, qui assure le suivi de la culture et le lien avec la filière. Contact : 02.37.24.46.77 ou l.lemanach@eure-et-loir.chambagri.fr

Une filière dynamique

La filière lin oléagineux se constitue autour de la société Valorex qui valorise des graines oléoprotéagineuses riches en oméga-3 à destination de l'élevage. De son côté, l'association Bleu-blanc-cœur représente, depuis 2000, tous les maillons de la chaîne alimentaire afin, dit-elle, « de bien nourrir les animaux pour mieux nourrir les Hommes ». Quant à la coopérative Lin 2000, elle fournit l'appui technique en contrepartie de l'achat des semences par les producteurs.

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