Syndicalisme
La FNSEA 28 tournée vers l'avenir en assemblée générale
La 80e assemblée générale de la FNSEA d'Eure-et-Loir s'est déroulée vendredi 13 mars à la chambre d'Agriculture à Chartres, l'occasion de parler de l'avenir de l'agriculture.
La 80e assemblée générale de la FNSEA d'Eure-et-Loir s'est déroulée vendredi 13 mars à la chambre d'Agriculture à Chartres, l'occasion de parler de l'avenir de l'agriculture.
La partie publique de la 80e assemblée générale de la FNSEA d'Eure-et-Loir se déroule vendredi 13 mars à la chambre d'Agriculture à Chartres. Juste avant, sa partie statutaire a permis d'entendre le rapport moral du secrétaire général du syndicat, David Faucheux, qui revient sur une année riche en mobilisations et en acquis, de valider ses comptes et d'entériner la constitution d'un nouveau conseil d'administration, à la suite des élections dans chaque syndicat local.
Voir aussi Bertrand Petit réélu à la tête de la FNSEA 28
Perspectives agricoles
Ensuite donc, après un retour en images sur l'année syndicale écoulée, marquée par de nombreuses mobilisations, des ronds-points euréliens à Strasbourg en passant par Bruxelles, cette partie publique fait la part belle aux interventions d'un professeur d'économie agricole, Quentin Mathieu (Agridées), et du président de l'Association générale des producteurs de blé (AGPB) et membre du bureau national de la FNSEA, Éric Thirouin (lire encadré ci-dessous), sur le thème des perspectives et besoins de production agricole à l'horizon 2050.
Quentin Mathieu met d'abord en garde sur la fiabilité toute relative de la prospective. Il part ensuite d'un constat : « La France régresse de façon très nette et rapide. L'export de céréales, ex-locomotive de notre balance commerciale, est en train de s'effacer ». Selon lui, d'ici 2030, si on prolonge les tendances de ces dernières années, il y aura encore moins d'agriculteurs, la production mondiale de céréales restera haute et les prix bas. Cependant, il y aura des chocs énergétiques, une hausse de la demande de calories et des matières premières au cœur des appétits. Quant à 2050, il s'agira avant tout de s'adapter au changement climatique : « Mais tout n'est pas perdu. Il y aura une baisse de production dans les pays du Sud, plus de catastrophes potentielles et donc des opportunités à aller chercher ».
Après l'intervention d'Éric Thirouin qui suscite de nombreux échanges, le président de la FNSEA d'Eure-et-Loir, Bertrand Petit, souligne : « Voilà à quoi servent vos cotisations : à être à Paris. Il faut des gens à Paris pour discuter. S'il n'y avait personne, où en serions-nous ? ».
Il prononce ensuite son discours de clôture : « Cette assemblée générale a une saveur particulière parce que la FNSEA d'Eure-et-Loir fête ses 80 ans. 80 ans d'engagement, de combats, de défense des agriculteurs de notre département, 80 ans d'histoire syndicale. Rien n'a été donné aux agriculteurs, tout a été obtenu par la mobilisation collective ». Pour Bertrand Petit : « Si l'on regarde les dix dernières années, nous pouvons dire une chose : notre agriculture n'a jamais été autant bousculée ».
Il pointe la volatilité des marchés, la multiplication des aléas climatiques, l'empilement des normes, des contraintes environnementales, les réformes de la Pac, l'incompréhension d'une partie de la société, les débats sur les produits phytosanitaires : « Et pendant ce temps-là, nos exploitations ont dû continuer à produire, à investir, à se moderniser. Car n'oublions pas une chose : l'agriculture n'est pas un décor, c'est une activité économique ».
Il poursuit : « Si nous devons résumer l'année qui vient de s'écouler, deux mots suffisent : mobilisation et détermination. Nous souhaitions rappeler une chose simple, les agriculteurs ne demandent pas de privilèges, ils demandent simplement de pouvoir travailler dans des conditions équitables. Il est quand même difficile d'expliquer qu'ils doivent respecter des règles quand leurs concurrents n'en ont pas. Et encore plus difficile de l'expliquer quand les produits importés remplissent les rayons de nos supermarchés ».
Hier, aujourd'hui, demain
« Si la FNSEA d'Eure-et-Loir est toujours là après 80 ans, ce n'est pas un hasard, souligne Bertrand Petit. C'est parce que notre syndicat repose sur une conviction simple : seul on subit, ensemble on agit. Depuis 80 ans, la FNSEA d'Eure-et-Loir défend les agriculteurs de ce département. Elle l'a fait hier, elle le fait aujourd'hui, elle continuera de le faire demain ».
« Nous sommes dans un mur »
Quant à son tour Éric Thirouin prend la parole lors de la 80e assemblée générale de la FNSEA 28, il se limite dans sa prospective à une approche plus ramassée, deux à quatre ans, et n'y va pas avec le dos de la cuillère : « Nous sommes dans un mur, nous sommes obligés de changer de système, nous n'avons pas le choix. Le système actuel est fini ». Selon lui, il faut ouvrir une nouvelle période : « Les scopeurs sont particulièrement touchés avec une perte de 2 milliards en 2025, des pertes aussi en 2023, 2024. Les revenus ont été divisés par deux entre 2005 et 2015, puis entre 2015 et 2025. Si on continue à ce rythme, c'est toute la ferme céréalière qui disparaît ».
Dire les choses
Le président de l'AGPB souligne la baisse des surfaces céréalières, moins 10 % en dix ans, et des rendements en protéagineux divisés par deux : « C'est le message que l'on fait passer aux politiques pour qu'une nouvelle période s'ouvre… Et je constate que nous, exploitants, nous sommes fiers, on dit que ça va bien… Mais il faut dire les choses, tous ensemble, pour anticiper, s'adapter et franchir le cap ».
Après cette douche froide, Éric Thirouin revient sur les combats menés et gagnés contre le Mercosur : « Mais Ursula von der Leyen est passée outre, il va falloir attendre un an et demi ce que va dire la Cour de justice européenne. Nous avons un problème avec l'Allemagne qui ne pense qu'à son industrie ».
Problème qui se répète avec la Mesure d'ajustement carbone aux frontières (MACF) : « Juste avant le Salon, Ursula von der Leyen a discuté avec Emmanuel Macron, qui a ensuite annoncé qu'il n'y aurait pas de suspension puisqu'elle ne le voulait pas mais qu'il y aurait une compensation à l'euro près… Je lui explique que cela reviendrait à doubler le budget de la Pac en 2034… Mais le vrai sujet, c'est la chienlit franco-française. Comme la Redevance pour pollutions diffuses (RPD), si on l'enlève — c'est entre 5 000 et 15 000 euros par exploitation —, il n'y a plus de déficit ».
Éric Thirouin souligne ensuite que la FNSEA se bat pour qu'il n'y ait pas d'augmentation de la RPD, ni du GNR : « Tout ceci n'est plus tenable. Dans des situations exceptionnelles, l'Europe doit pouvoir intervenir pour supprimer des taxes. Le combat continue, si on ne se bat pas au quotidien, on disparaît et la classe politique s'en fiche. C'est décourageant de sortir et de voir le peu que l'on obtient mais si on ne sort pas, on disparaît ».
Il conclut : « La solution, je ne la connais pas. Nous sommes en train d'expertiser point par point pour regarder ce que nous allons pouvoir proposer très rapidement de façon à ce que dans la Pac, pour le futur gouvernement, nous ayons un vrai programme cohérent pour relancer la croissance, relancer l'agriculture et faire en sorte que les céréaliers, et l'ensemble des agriculteurs, aient à nouveau des perspectives et croient en l'avenir ».