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"La gestion des risques sera la clé"

Céréalier à Courtenay dans le Gâtinais, Pierrick Pigot est responsable installation à Jeunes agriculteurs du Loiret.

Pierrick Pigot est âgé de 28 ans et a grandi à Courtenay, dans le Gâtinais, à l’est du département.
Pierrick Pigot est âgé de 28 ans et a grandi à Courtenay, dans le Gâtinais, à l’est du département.
© JA45

Pierrick Pigot, responsable installation à JA du Loiret, produit des céréales à Courtenay, dans le Gâtinais. Ses parents sont originaires du milieu agricole, il représente ainsi la sixième génération d’agriculteurs cultivant à Courtenay.

Son père est de Savigny-sur-Clairis et sa mère de Courtenay, deux communes voisines mais dans deux régions différentes, Courtenay étant à la frontière de l’Yonne et de la Bourgogne. Il a une sœur, Anaïs, 24 ans, ingénieure agricole. Elle travaille à la FNSEA Centre-Val de Loire en tant que chargée de mission.

Depuis sa plus tendre enfance, Pierrick baigne dans l’agriculture. Tout d’abord pendant les vacances chez ses grands-parents maternels où il soigne les moutons de leur troupeau et aide lors de la période des foins à conduire le tracteur.

Ensuite, plus intensément, avec son père lors de la période estivale, il aide pour la moisson et les déchaumages. Ses parents lui ont toujours laissé le choix de ses études ou de son orientation professionnelle, mais les valeurs qu’ils lui ont été transmises ne lui ont jamais fait oublier ses origines.

Passionné par le secteur agricole depuis son enfance, c’est tout naturellement qu’il réalise ses études au lycée agricole du Chesnoy. Il y effectue un bac scientifique et suit les traces de son grand-père paternel en allant à Beauvais (Oise) faire ses études supérieures à Unilasalle, école d’ingénieurs en agriculture.

Après cinq années remplies d’expériences associatives, de stages à l’étranger, notamment en Australie, d’études complémentaires via un master en management et administration des entreprises réalisé en parallèle de son cursus ingénieur, il obtient ces deux diplômes en 2014.

Il a d’abord travaillé en tant que conseiller financier au Crédit agricole auprès des professionnels et agriculteurs, puis il a eu l’opportunité de changer de voie en entrant à la Caproga (Coopérative agricole production Gâtinais) comme chef de centre.

Depuis quatre ans, il est donc responsable du secteur de Château-Renard et effectue du conseil/vente auprès des adhérents de cette coopérative. En parallèle, il n’a jamais cessé d’apporter de l’aide à son père pendant la période des semis ou de la moisson, ayant toujours l’idée de s’installer à moyen terme.

C’est chose faite depuis septembre 2019, date à laquelle il a pu reprendre sereinement une exploitation céréalière où il cultive blé tendre, orge d’hiver, colza et maïs sans irrigation.

La double activité maintenue l’incite à mutualiser le travail avec l’exploitation de son père. Ceci pour des raisons évidentes d’entraide en termes de main-d’œuvre mais aussi de rentabilité du matériel.

Après toutes ses expériences professionnelles extérieures, il affirme : « On se rend rapidement compte qu’agriculteur est un métier magnifique. Être son propre patron, décider de ses propres perspectives d’évolution, être au contact permanent de la nature… Ce sont autant d’avantages que d’inconvénients si nous prenons de mauvaises décisions. C’est toute la beauté du métier, travailler avec du vivant tout en étant dépendant de la météo, être chef d’entreprise tout en ne connaissant pas son prix de vente par avance ».

À la sortie de son école d’ingénieurs où l’engagement et la vie associative faisaient partie intégrante de l’enseignement, il a eu envie de garder cette énergie positive et cette ouverture d’esprit.

JA, syndicat des jeunes depuis 1957, a vu passer nombre de représentants aujourd’hui à l’échelon national, tout comme des adhérents simplement motivés par la défense de l'agriculture. Il a dans un premier temps connu JA par les médailles de son père qui participait aux concours de labour et autres courses de moiss-batt-cross. Puis dans un second temps, à l’occasion du comice de Courtenay en 2015, où les jeunes montraient fièrement leur couleur, il a adhéré !

D’abord simple membre, il est ensuite devenu le secrétaire de l’échelon local du Gâtinais-est, et en est devenu le président en 2018. Il a ainsi organisé avec son équipe l’événement départemental Terre en fête dans le canton de Montargis en 2019. Fier de ce succès, il continue son engagement et est maintenant vice-président du canton, vice-gérant du GFA mutuel du Gâtinais et administrateur départemental de JA Loiret, dont il est le responsable installation.

Selon Pierrick Pigot, « JA est et restera le syndicat du renouvellement des générations en agriculture. D’abord dans la défense de l’installation des jeunes, défi majeur avec le nombre significatif de départs en retraite prévus dans les cinq à dix années à venir. »

Il ajoute : « Que deviendrons-nous si n’avons plus de main-d’œuvre qualifiée au sein de nos exploitations ? Que deviendrons-nous si nous n’avons plus de bons mécaniciens pour réparer nos tracteurs ? Que deviendrons-nous si nous n’avons plus de conseiller sur le terrain ou de chercheur pour nous apporter de nouvelles techniques de production ? Notre souveraineté alimentaire en dépend également ».

Concernant l'avenir du métier, voici ce que Pierrick pense : « Depuis la nuit des temps, l’agriculture est en constante mutation. Chaque génération d’agriculteurs a vu son principe de fonctionnement et ses techniques de production changer, ses cultures et ses débouchés évoluer. Ces mouvements se sont accélérés ces soixante dernières années où les agriculteurs sont passés des chevaux de trait, aux tracteurs avec guidage satellite, puis demain aux robots et autres drones apportant une précision impensable pour leurs aïeux. »

Il ajoute : « La gestion des risques sera la clé. L’avenir de l’agriculture française ne peut se concevoir sans une bonne anticipation des défis à venir car les risques sont nombreux.
Ces risques sont d’abord climatiques. Ils nous obligent à modifier les techniques de production, reconcevoir l’approche des maladies ou ravageurs plus présents dans un monde en réchauffement.
Ensuite il y a le risque financier, qui incite à diversifier les cultures, à travailler en commun pour amortir les charges, à changer de méthode de culture, à développer un nouvel atelier d’élevage ou de transformation, ou même à changer les méthodes de commercialisation via la vente directe. J’aimerais potentiellement réintégrer des moutons au moment du départ en retraite de mon père.

Et enfin, le risque social et politique, malheureusement trop mis de côté, qui est un facteur déterminant pour ne pas déstructurer l’agriculture française. Les néoruraux ont une version idyllique de la campagne (fleurs champêtres, coquelicots, petite biche sous un soleil couchant…) sans connaître la réalité du terrain. Si la mentalité de la population a évolué, celle des campagnes et des agriculteurs n’est pas en reste. Les pratiques ont progressé dans un souci de respect de l’environnement pour une production pérenne de la nourriture, mais également dans une recherche de ''paix sociale'' avec les différentes catégories de la population. Pourtant les contraintes environnementales se sont accentuées ces dernières années. »

De poursuivre : « Le contrôle de la communication est primordial si les agriculteurs veulent la confiance de leurs concitoyens. Je viens tout juste d’être élu conseiller municipal à Courtenay, c’est mon devoir de faire prendre conscience aux gens des enjeux du métier. Le risque final est une population déconnectée, suivant aveuglément la propagande du terrorisme alimentaire, ou agribashing, certes faite au nom d’une cause juste, mais par des personnes ne portant d’intérêt que pour l’existence de leur association, lobbying écologiste ou leur pouvoir politique et non pas pour le bien commun. »

Il conclut : « J’ose croire que la France restera ce pays de diversités agricoles, où la réussite et l’optimisme viennent de la volonté des hommes d’action ! ».

Anne Cluzeaud, animatrice JA 45

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