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La vidéo « coup de gueule » d'Eric Delorme

Au travers d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux, Éric Delorme, agriculteur à Chaussy, pousse un « coup de gueule » concernant la production de betteraves sucrières.


© D.M.

Agriculteur depuis vingt-cinq ans à Chaussy, dans le nord Loiret, Éric Delorme cultive depuis quatre générations une vingtaine d’hectares de betteraves sucrières.

Depuis l’arrêt des néonicotinoïdes en 2018, le betteravier rencontre de nombreuses difficultés pour protéger ses cultures des attaques des pucerons, autrefois contenues grâce à l'enrobage des semences.

À ce jour, il a déjà réalisé trois traitements insecticides : « C’est beaucoup de boulot en plus et surtout ça représente un coût supplémentaire d’environ 45 euros du passage. Cette décision politique a été très brutale. C’est un traitement qui fonctionnait très bien, et aujourd’hui nous sommes fortement pénalisés car il n’existe aucune alternative équivalente. Après l’arrêt des quotas, la suppression des néonicotinoïdes est le coup de trop, celui qui fait dégringoler la filière betteravière ».

Avec un hiver doux et un printemps chaud et sec, Éric Delorme constate une recrudescence du nombre de pucerons dans ses parcelles. « C’est une année à pucerons… Et lorsque l’on a 150 à 200 pucerons par betterave, c’est compliqué à gérer. Les coccinelles font de leur mieux, mais elles ne peuvent pas manger 10 000 insectes par jour ! ».

Lui qui travaille depuis toujours en lien avec l’apiculture ne comprend toujours pas l’intérêt d’avoir supprimé les néonicotinoïdes : « Ça fait 25 ans que je suis agriculteur et 25 ans qu’il y a des abeilles sur l’exploitation. Il y en a 2 millions aujourd’hui et je n’ai jamais eu aucun souci ! Si la betterave ne fleurit pas, les abeilles ne vont pas dessus et personnellement je n’ai jamais tué une abeille ! »

Conscient de la fragilité de cette filière, l’agriculteur a décidé de pousser un « coup de gueule » au travers d’une vidéo postée sur le réseau social Facebook courant mai. « Les charges ne font qu’augmenter, les rendements fléchissent, les prix diminuent… On produit déjà en dessous de nos coûts de production. Si ça continue comme ça on ne pourra plus produire local et c’est donc encore une production qui va partir à l’étranger ». Le betteravier espère que cette vidéo soit partagée au maximum, pour « que les pouvoirs publics prennent conscience de cet enjeu ».

Comme pour bon nombre de betteraviers, cette « dure réalité économique » fait douter Éric Delorme, qui ne sait pas s’il renouvellera son contrat qui se termine dans deux ans.

« S’il n’y a pas de signes forts en faveur de cette culture, je ne renouvellerai pas mon engagement. Je ne produirai plus le gel hydroalcoolique, je ne produirai plus le sucre de betterave, ni même l’essence, ou les pulpes de betteraves qui servent à l’alimentation du bétail ».

Une vidéo qui fait le buzz à l’heure où la sucrerie de Toury, qui se trouve à seulement 6 km de ses champs, est amenée à fermer ses portes d’ici peu…

« Ce n’est pas qu’une usine qui ferme, ce sont des bassins de production, rappelle-t-il. Je suis inquiet pour nous, agriculteurs, mais aussi pour les gens qui travaillent dans la filière, et encore plus inquiet pour ceux qui travaillent dans les sucreries. Tout cela est un non-sens. Toury fait vivre le territoire avec ses 128 salariés. Et lorsque l’on sait qu’un emploi en fait travailler neuf à côté, cette fermeture va avoir un effet désastreux pour tout le monde. »

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