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L’agriculture francilienne face au Covid-19 : état des lieux des filières

Un mois et demi après le début du confinement, la chambre d’Agriculture dresse un bilan complet sur l’état des filières franciliennes.

Un mois et demi après le début du confinement, la chambre d’Agriculture de région Île-de-France demeure pleinement mobilisée auprès des agriculteurs et dresse un bilan sur l’état des filières franciliennes.

La filière horti-pépi touchée de plein fouet

La crise sanitaire liée au Covid-19 est une vraie catastrophe pour la filière horticole car elle intervient de mars à mai, période à laquelle les entreprises horticoles et pépinières réalisent 50 à 80  % de leur chiffre d’affaires.

À ce stade, les premières estimations réalisées en Île-de-France font état d’une perte de l’ordre de 15 millions d’euros basée sur la différence comparée entre 2019 et 2020 du chiffre d’affaires « production » et les besoins financiers pour les nouvelles mises en production.

Une grande inquiétude plane au-dessus d’une majorité des 120 structures franciliennes. Ces entreprises représentent plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires à la production et quelques 660 emplois (450 ETP) en Île-de-France.

Les plantations des collectivités et des paysagistes sont à l’arrêt ou presque et sans autorisation d’ouverture de leur point de vente au détail contrairement aux jardineries, certaines entreprises s’organisent sous forme de drive ou en assurant des livraisons mais les ventes ainsi réalisées ne représentent que 5 à 10  % du chiffre d’affaire habituel sur cette période.

En horticulture, la destruction totale des invendus et les pertes nettes sont déjà très importantes, puisque la nature même des productions rend impossible toute prolongation du cycle de culture.

Dans ce contexte, les chefs d’entreprises doivent également supporter des problématiques de mises en culture qui ne peuvent pas être assurées correctement ou qui demandent des sorties de trésorerie sans visibilité sur la reprise du marché.

Ainsi, les particularités de l’horticulture, seule filière de l’agriculture non alimentaire produisant des biens périssables, et non éligibles aux dispositifs d’aides existants dans le secteur agricole, fait peser un risque colossal sur l’avenir à court terme de ces entreprises qui se retrouvent aujourd’hui en situation de détresse et pour lesquelles les pertes de chiffre d’affaires sont majeures.

Des situations hétérogènes en élevage

La crise du Covid-19 touche toute la filière élevage francilienne. Les productions laitière et viande bovine sont fortement impactées.

- Filière laitière  : suite à la fermeture des restaurations hors foyer (RHF), des marchés et des rayons coupe, les fromageries voient une nette diminution des commandes, certaines ont cessé la production et vendent le lait à 200 euros/1000 l, d’autres envoient le lait vers leurs autres usines. À ce jour, les producteurs sont collectés. Les industriels ont demandé à baisser la production. Les producteurs de fromages de chèvres ont eux aussi perdu leurs commandes et malheureusement leur lait ne peut pas être collecté. La chambre d’Agriculture de région Île-de-France est intervenue afin d’aider à vendre les stocks apportant un espoir de débouché. Le ramassage des veaux et des chevreaux est très perturbé.

- Filière viande  : les grands ateliers de découpe et les bouchers-charcutiers ont diminué ou stoppé leurs achats de viande suite à l’arrêt des RHF et des marchés  ; des baisses en partie compensées par la GMS. Pour l’instant, l’activité des outils d’abattage de la région (Meaux, Jossigny et Houdan) est maintenue. Cependant, nombre d’animaux ne partent pas, par manque de demande. L’atelier de découpe de Rambouillet tourne à plein régime, portée par la vente directe.

- Filière ovine  : cette filière est particulièrement impactée par des annulations de commandes prévues pour Pâques, les ventes locales et directes se maintiennent à des niveaux corrects mais plus faibles.
- Filière porcine  : elle n’est pas impactée car prioritaire à l’abattoir de Houdan.

- Filière volailles  : ces filières ont perdu certains circuits (RHF) mais les flux se redirigent sur le local. Les GMS franchisées semblent s’adapter avec plus de facilité pour travailler en direct avec les producteurs. Il n’y a pas d’excédents de production actuellement.

Dans ce contexte de confinement, l’alimentation se recentre sur le local. Les achats de produits de première nécessité en boutiques à la ferme (viande, œufs, légumes) se maintiennent ou augmentent, contrairement à la vente de fromages, en diminution. Tous les circuits de vente par les grossistes sont en diminution de 60 à 95  %.

Quelles conséquences pour l’agri-tourisme  ?

Les exploitations qui ont développé une activité pédagogique ont dû se professionnaliser  : formations, pédagogie, création d’ateliers et investissement dans des structures d’accueil répondant aux normes des ERP (salle, équipements, toilettes). Parfois cette activité nécessite l’emploi de main-d’œuvre.

À ce jour, il est acquis que les visites de mi-mars à mai sont annulées. Ensuite, selon la fin du confinement, la reprise et le besoin de rattrapage des cours, les visites de juin et début juillet vont sans doute être impactées.

Les premières estimations de pertes de chiffre d’affaire sont de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Concernant les hébergements à la ferme, à part quelques locations pour les soignants et personnes travaillant en déplacement, la chute du chiffre d’affaire oscille entre 50  % pour mars et 100  % pour avril selon les secteurs géographiques. Ces chiffres sont à moduler de quelques cas qui ont vu leur location saisie par des personnes n’ayant trouvé d’autres hébergements, notamment avec la fermeture des hôtels.

Une enquête sera menée par la Chambre auprès des adhérents au réseau Vivez fermier Bienvenue à la ferme pour préciser les pertes engendrées par la crise.

Situation en aggravation pour le maraichage

Difficile de généraliser la résistance des exploitations à la conjoncture. Ce qui est général, c’est la fatigue de tous les producteurs pour cause de complexité à commercer. « Usés comme une fin de saison » déclarent les producteurs.

Si les ventes à la ferme profitent d’un attrait qualitatif et sécurisant pour les acheteurs, de nombreux marchés restent clos. Ce système commercial très dominant en Île-de-France fait vivre à 100  % bon nombre d’exploitations. Privés de leurs débouchés, tous les producteurs ont improvisé rapidement des distributions individuelles ou collectives, ne dégageant pas plus d’1/5 du chiffre d’affaires avec beaucoup plus de main d’œuvre et d’énergie dépensée.

Pour la vente en gros, les situations sont difficiles et risquent de mettre fortement en péril la durabilité des exploitations. Les équipes de saisonniers prévues n’arrivent pas à rejoindre les exploitations et le commerce est très variable en fonction des débouchés.

Si la grande distribution fonctionne toujours, Rungis qui touche un autre public, a du mal à écouler les productions locales. En effet, sans la restauration collective, la restauration commerciale et les commerçants de marché, il est souvent impossible de vendre de bons volumes de production. Sans main-d’œuvre, les productions risquent de rester au champ. Sans vente, les producteurs ont de fortes réticences pour faire appel à une main d’œuvre inexpérimentée sur la plate-forme nationale.

La montée en puissance des productions arrive avec le mois de mai dans un flou commercial complet. Aucune certitude quant à la réouverture des marchés, pas d’autorisation d’ouverture des libres-cueillettes et la restauration commerciale est à l’arrêt.

En résumé :
- Filière horticulture-pépinière  : en moyenne 70  % de perte de chiffre d’affaire
- Filière maraîchage  : jusqu’à 80  % de perte de chiffre d’affaire
- Filière arboriculture  : de 0 à 20  % de perte de chiffre d’affaire sur une fin de période
- Filière agritourisme  : annulation de toutes les visites de fermes pédagogiques et de nombreuses réservations d’hébergements donnant des impacts hétérogènes
- Filière élevage dont laitier  : situation hétérogène.

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