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Chasse
L'armurerie Vouzelaud, plus de 130 ans entre tradition et modernisme

C'est une histoire de famille qui se transmet depuis cinq générations. L'armurerie Vouzelaud, à Brou (Eure-et-Loir), poursuit son chemin et relève le défi de la modernité, centrée sur son métier. Visite.

Bien connue des chasseurs, la SAS Vouzelaud est une entreprise familiale située à Brou, en Eure-et-Loir. Cette entreprise qui a plus de 130 ans jouit d'une notoriété nationale et emploie une quarantaine de salariés. Armurerie, elle réalise trois activités au service du chasseur : négoce et vente d'armes, mise en conformité, essai et usage de l'arme au terrain de tir, fabrication et vente de cartouches. Rencontre avec Étienne et Vincent Vouzelaud, cinquième génération à la tête de l'entreprise familiale.

Une histoire de famille

En 1888, Édouard Vouzelaud ouvre un premier magasin à Brou. Lui succéderont Adolphe-Marcel et son épouse Jeanne, puis Maurice, et ses deux fils Alain et Hubert qui développeront l'entreprise. Aujourd'hui, son président, Étienne Vouzelaud, fils d'Hubert, et son directeur, Vincent Vouzelaud, fils d'Alain, sont la cinquième génération à perpétuer l'entreprise familiale.

L'armurerie dans sa configuration actuelle est basée à Brou, deux magasins complémentaires sont situés à Paris (8e arrondissement) et à Saint-André-de-Cubzac (Gironde). À Brou, un magasin est situé dans le centre-ville, tandis que l'usine de fabrication de cartouches et le terrain de tir se trouvent au Petit-Vivier, à la sortie de la ville.

Service sur mesure pour tous

« Notre vente est accompagnée d'un service sur mesure. Celui-ci est fait de la même manière pour un budget modéré ou un gros budget, souligne Étienne Vouzelaud. Les clients n'hésitent pas à faire des kilomètres pour choisir leur arme ». Différents corps de métiers permettent à l'entreprise de répondre aux attentes des clients : armuriers, vendeurs, opérateurs machines pour les cartouches…

Pour essayer et utiliser leur arme, s'initier ou pratiquer le tir, les clients peuvent profiter en toute sécurité des installations du Petit-Vivier, accompagnés d'un conseiller technique, sur le parcours de chasse (tir de cartouches à billes d'acier) ou au sanglier courant (tir à balles). Ces infrastructures s'étendent sur cinquante hectares. La Fédération départementale des chasseurs d'Eure-et-Loir loue d'ailleurs une partie de celles-ci pour la formation pratique au permis de chasser.

Outre les services, l'entreprise crée et fabrique ses propres cartouches ainsi que ses propres bourres*, à Brou. « Nous déterminons nos critères d'efficacité. Nous répondons à la demande de nos clients de pouvoir utiliser leurs armes, âgées ou non, en toute sécurité », explique Vincent Vouzelaud. L'entreprise travaille depuis plus de vingt ans à la recherche et au développement de munitions pour se substituer à l'usage du plomb (acier, bismuth, cuivre et tungstène, voir ci-dessous).


*Élément de la cartouche à grenailles, dispositif de calage d'un projectile contre la charge explosive.

Terrain et école de tir

Le terrain de tir situé au lieu-dit Le Petit-Vivier, à Brou (Eure-et-Loir), accueille les chasseurs de tous horizons (novices et confirmés), sur deux terrains distincts adaptés pour le tir à plomb (parcours de chasse) ou à balles (sanglier courant et couloir fixe), sous la conduite et la responsabilité d'un conseiller technique. Il est ouvert tous les jours sauf le dimanche, les jours fériés et congés annuels (il sera fermé du 14 au 30 juillet).

Étienne et Vincent Vouzelaud : « Nous devons être au taquet sur l'innovation »

Respectivement président et directeur général de la SAS Vouzelaud, Étienne et Vincent Vouzelaud s'expriment sur la recherche et le développement conduits par l'entreprise, leurs perspectives et le défi de la transition écologique.

Vincent (à g.) et Étienne Vouzelaud.

Horizons : Comment vous adaptez-vous aux modifications réglementaires de l'interdiction du plomb en zones humides ?

Étienne Vouzelaud : Une première échéance a eu lieu en 2006, avec l'obligation de tirer des substituts au plomb dans un périmètre de 30 mètres autour d'un point d'eau. Le 1er février 2023, ce périmètre est passé à 100 mètres, quel que soit le sens du tir. Il est interdit d'avoir sur soi des cartouches qui contiennent du plomb. C'est une réglementation européenne qui est, à mon sens, une première étape de la suppression totale du plomb. Ce n'est pas une lutte contre les chasseurs, mais une lutte complète de suppression du plomb dans les produits industriels.

Vincent Vouzelaud : Nous travaillons de longue date en recherche et développement. Nous avons déposé en 2002 un brevet relatif à la bourre à contre-pression (ACP) qui permet le tir de la grenaille d'acier, ou similaire, sans risque pour les canons. Nous fabriquons des bourres qui permettent l'usage des cartouches dans n'importe quel fusil, sans risque d'usure, de gonflement de l'arme. Cette bourre permet de faciliter le passage de l'acier dans les fusils des grands-pères.

Comment envisagez-vous la transition écologique dans votre domaine d'activité ?

V.V. : C'est une orientation stratégique que nous avons prise très tôt, beaucoup plus tôt que nos concurrents. Nous avons commencé à faire tirer des cartouches à billes d'acier dès 2007 sur notre terrain de tir.

E.V. : Il faut être ultra-mobilisé pour la transition. L'objectif est de progresser. La recherche et le développement ne se font pas du jour au lendemain. C'est une volonté de se différencier et de préparer l'avenir, même si c'était difficile au départ.

Quid des performances ? Certains chasseurs craignent-ils des cartouches moins efficaces avec la bille d'acier ?

E.V. : La substitution du plomb par l'acier est un grand débat. L'acier est moins dense que le plomb, il part avec un handicap. L'objectif est de gérer ce handicap le mieux possible pour arriver au meilleur niveau de performance.

V.V. : Nous avons l'expérience de millions de cartouches, efficaces, sans aucune incidence. Nous avons fait évoluer les bourres, les chargements.

Comment l'usage pour les substituts au plomb va-t-il évoluer ?

E.V. : C'est l'industrie qui va précipiter les changements et cette mutation, en proposant des gammes de substituts et en supprimant des références. Nous nous préparons au changement de la demande, qui, sauf évolution réglementaire, devrait basculer d'ici cinq à dix ans.

V.V. : Il y aura plus d'innovation sur les cartouches, la gamme plomb va disparaître à terme. Nous allons devoir reconstituer une gamme de substitution avec les mêmes performances. C'est un défi important, car nous ne sommes pas dans un marché où tout est standardisé. Nous avons différents calibres, différentes munitions.

Avez-vous connu des problèmes de disponibilité sur certains matériaux ? Des incidences sur les prix ?

V.V. : Nous avons rencontré différents problèmes de disponibilité l'an dernier, notamment pour l'acier. Cette année, il y a plutôt des problèmes de disponibilité sur la poudre. Nous arrivons toujours à nous fournir compte tenu des volumes demandés. Il y aura des cartouches pour tout le monde. Concernant les prix, le plomb a augmenté ces dernières années. Les cartouches de plomb et acier, à gammes équivalentes, sont à budget équivalent. Les prix sont plus élevés pour le cuivre, le bismuth et le tungstène.

Quelles sont vos perspectives pour l'avenir ? Vos développements futurs ?

E.V. : Notre état d'esprit est de rester focalisés sur notre métier de base, aujourd'hui et demain. Heureusement que nous ne nous sommes jamais diversifiés car nous n'aurions pas les ressources pour être mobilisés sur les enjeux actuels. Nous voulons rester des spécialistes des armes et des munitions. Les chasseurs qui restent sont très passionnés, très exigeants, avec des besoins très précis. Nous devons être au taquet sur l'innovation. Le métier des armes est très réglementé. Certaines évolutions ouvrent des marchés, tels que les modérateurs de son sur les armes.

V.V. : Nous ne prévoyons pas de nouvelle ouverture de magasins pour le moment, nous restons dans la configuration actuelle. Notre magasin en Gironde est une opportunité, et notre magasin à Paris est essentiel pour reconquérir la clientèle parisienne qui venait à Brou.

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