L'avenir de l'agriculture décortiqué par trois experts
La célébration des 10 ans de Cereapro, le 16 décembre à Châteaudun (Eure-et-Loir), a été l'occasion d'organiser une table ronde d'experts sur les perspectives de l'agriculture française.
La célébration des 10 ans de Cereapro, le 16 décembre à Châteaudun (Eure-et-Loir), a été l'occasion d'organiser une table ronde d'experts sur les perspectives de l'agriculture française.
Éric Le Texier, de chez Helm, Olivier Frey, expert indépendant, et Éric Quineau, consultant auprès de Fitagri et régional de l'étape, sont réunis sur l'estrade de l'amphithéâtre du Campus de Nermont mardi 16 décembre à Châteaudun (Eure-et-Loir) pour une table ronde organisée dans le cadre des 10 ans de Cereapro. Il s'agit pour eux de « redonner le sourire » en dégageant des pistes d'avenir pour une agriculture française particulièrement chahutée ces temps-ci…
L'agriculture est une arme
« Aujourd'hui, l'agriculture est devenue une arme géopolitique, pose Olivier Frey. Or l'agriculture française est un colosse aux pieds d'argile, nous avons un problème de compétitivité vis-à-vis de nos voisins européens ». Il ajoute qu'elle bénéficie cependant de fondamentaux assez solides, elle exporte encore beaucoup et la demande va dans le sens de notre production : qualité, traçabilité, production de protéines végétales, baisse de l'empreinte carbone… Selon lui, « il va falloir maîtriser les charges, capter de la valeur, aller vers des solutions numériques pour gagner en efficience ».
Pour Éric Le Texier aussi, la compétitivité est le problème de l'agriculture française : « Faire du blé au prix mondial, ça ne va plus être possible. Oublions l'export, il faut mettre d'autres modèles en place. On a mis trop de bâtons dans les roues du système blé-orge et on ne reviendra pas en arrière ». Selon lui néanmoins, la France est leader d'innovation, un laboratoire qui apporte de la valeur.
À son tour, Éric Quineau livre son avis. Il souligne la technicité de l'agriculture eurélienne, ce qui la fait avancer : « Et c'est toujours en période de crise que l'on trouve des solutions. Dans notre accompagnement, ce que l'on prône, c'est l'indépendance. Dans les bonnes années, il faut se doter des outils qui seront utiles quand ce sera plus difficile, comme des capacités de stockage ». Il invite les agriculteurs à tendre vers l'équilibre en replaçant l'économie et la technique au cœur des exploitations.
L'opportunité carbone
Le sujet du carbone est abordé ensuite par les trois experts. « Le marché carbone sera une opportunité pour l'agriculture car elle apporte une solution grâce au sol, estime Olivier Frey. Les États imposent aujourd'hui une trajectoire de baisse des émissions de CO2, les entreprises doivent la suivre et pouvoir le prouver. Or, ce qui reste incompressible en termes d'émissions va devoir être compensé par l'achat de crédits carbone. Le problème, c'est à quel prix va-t-il être payé ? Mais tout est en train de se structurer ».
Ensuite, Éric Le Texier explique le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) dont le fondement remonte au protocole de Kyoto (1995) et qui vient d'être suspendu (le 7 janvier) par la Commission européenne. Néanmoins, tout reste inscrit dans la loi et le principe de réduction des émissions de carbone est toujours d'actualité. Aussi, pour l'intervenant une chose est sûre : « Nous avons un gros défi, l'azote pas cher, c'est fini ».
« Il y a des évolutions que l'on n'imagine même pas, pointe de son côté Éric Quineau quand on lui demande ce qu'il faut faire. L'agriculture eurélienne est diverse. Il faut partir de ce que l'on est capable de faire. Notre objectif est de faire en sorte que les chefs d'entreprise que vous êtes arrêtent de subir et se mettent en mode action. Il faut d'abord faire une analyse de son état, de ses forces et de ses faiblesses. Je crois beaucoup aux envies. Le développement ne va pas passer que par l'horizontal… On voit de plus en plus arriver dans les comptes de résultat des activités annexes, photovoltaïque, carbone… Mais pourquoi pas du poulet ? En Eure-et-Loir, il y a des entreprises qui ont réussi, il y a des capacités d'investissement réelles. Et nous avons un vrai potentiel, nous sommes à deux pas de Paris et nous avons encore de l'eau. On nous envie… ».
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