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Le Crédit agricole annonce un effort de son réseau

Dans un entretien accordé à Agra Presse le 30 octobre, le président du Crédit agricole SA, Dominique Lefebvre, recommande aux caisses régionales d’appliquer des taux et des frais de dossier réduits pour les crédits de trésorerie accordés aux agriculteurs touchés par la sécheresse.

Dominique Lefebvre, président du Crédit agricole SA : «Cette situation conjoncturelle s’ajoute à une fragilité plus structurelle»
Dominique Lefebvre, président du Crédit agricole SA : «Cette situation conjoncturelle s’ajoute à une fragilité plus structurelle»
© Agrapresse

D’après ce que vous observez chez vos clients, quelle est l’ampleur de la sécheresse que traversent des agriculteurs français ?
Elle est particulière parce qu’elle n’est pas uniforme sur le territoire. Mais là où elle est présente, elle est très marquée et produit des effets importants, ce qui la rend à mon sens historique. Il faut bien noter que certaines régions viennent de passer quatre mois sans pluie. La sécheresse touche une zone qui va de la façade atlantique à la Lorraine, en passant par le Massif Central, le Centre, et la Bourgogne. La situation touche des régions d’élevage, pour qui la plus grande urgence est de trouver de l’alimentation de substitution, afin d’éviter la décapitalisation. Elle a également atteint des régions céréalières, où les semis sont actuellement perturbés. Il est encore difficile de mesurer les conséquences de cette sécheresse sur les semis de céréales d’hiver - espérons que les conditions des prochains jours permettent de redresser la situation - mais on peut difficilement imaginer qu’il n’y aura pas d’effets sur les récoltes.

Quelles sont les mesures mises en place par le Crédit agricole ?
Nous avons demandé aux dirigeants des caisses régionales d’être vigilants et d’être extrêmement précis dans leur intervention car les territoires de certaines caisses régionales ont été soumis à des situations climatiques très contrastées. Nous avons également recommandé aux caisses régionales de proposer, aux agriculteurs touchés, des crédits de trésorerie à un taux maximum de 1 %, et des frais de dossier réduits. Ces prêts seront effectués pratiquement sans marge, alors même que nos superviseurs veulent que nous prenions davantage de garanties sur ces opérations. Mais nous souhaitons jouer pleinement la solidarité car cette situation conjoncturelle s’ajoute à une fragilité plus structurelle, des filières et des personnes. Beaucoup d’agriculteurs ont le moral en berne et nous souhaitons les soutenir.

Les pouvoirs publics doivent-ils intervenir davantage sur cet événement, et plus largement sur la gestion de ces aléas ?
L’État fait avec des moyens qui ne sont pas illimités. Dans ce type d’événement, chacune des organisations qui travaillent avec les agriculteurs doit jouer son rôle, et l’État a pris conscience de la gravité de la situation. L’État a aussi un rôle dans l’orientation stratégique des filières ; il doit vérifier que celles-ci se soient dotées de stratégies à même d’enrayer les pertes qu’elles connaissent de manière structurelle sur leurs marchés. Depuis dix ans, presque toutes les filières ont perdu des parts de marché, en tout cas elles n’ont pas progressé. La reconquête ne se fera pas du jour au lendemain. En dehors des filières distinguées signe de qualité supérieur, l’agriculture française rencontre des problèmes de compétitivité, ce qui n’annule pas les efforts qu’elle doit faire par ailleurs pour s’adapter à la demande. Il faut nous attacher à déterminer dans chaque filière nos avantages compétitifs. Aujourd’hui, chaque filière a cette question devant elle.

Fonds public-privé pour la transition agricole : une idée intéressante, selon le Crédit agricole
Interrogé sur la proposition de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale de créer un fonds public-privé dédié à la « transition agricole », et dont les banques seraient une partie prenante, le président du Crédit agricole répond : « Nous n’avons pas, à ma connaissance, été saisis du sujet, mais nous avons suivi les débats des parlementaires. L’idée de chercher à créer un effet de levier grâce à des fonds publics est intéressante. Si l’État absorbe les premiers risques, comme cela est proposé, les opérateurs du privé pourraient investir de manière plus importante. Mais cela reste assez théorique. La mise en oeuvre pose beaucoup de questions : quelle serait la gouvernance de ce type de fonds, quel serait le partage du risque ? »

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