Le préfet de Loir-et-Cher à l’écoute de la filière caprine
Initiées au mois d’octobre dernier, les visites d’exploitation de Joseph Zimet, préfet de Loir-et-Cher, se sont poursuivies jeudi 7 mai à Vallières-les-Grandes, sur l’exploitation caprine de Sylvain Boiron.
Initiées au mois d’octobre dernier, les visites d’exploitation de Joseph Zimet, préfet de Loir-et-Cher, se sont poursuivies jeudi 7 mai à Vallières-les-Grandes, sur l’exploitation caprine de Sylvain Boiron.
La filière caprine connaît actuellement plusieurs turbulences, notamment autour du lait cru et de l’installation. C’est en partie pour cette raison que Joseph Zimet, préfet de Loir-et-Cher, avait choisi de mettre cette production à l’honneur dans le cadre de ses visites d’exploitation lancées en octobre dernier. Jeudi 7 mai, l’engagement a ainsi été tenu avec la visite de l’exploitation de Sylvain Boiron, éleveur caprin à Vallières-les-Grandes et secrétaire général de la Fédération nationale des éleveurs de chèvres (Fnec). Pour l’occasion, plusieurs représentants de la filière étaient présents, tout comme des acteurs du monde agricole loir-et-chérien, à l’image d’Olivier Hardouin, président de la FNSEA 41.
Durant plusieurs heures, Sylvain Boiron, hôte de l’après-midi, a évoqué les problématiques de la filière et échangé avec le représentant de l’État.
Une consommation en baisse
Pour l’éleveur, qui gère un troupeau de 170 chèvres en traite, la question du lait cru est devenue centrale pour l’avenir de l’appellation Selles-sur-Cher, dont il fait partie. « La question sanitaire du lait cru est un sujet essentiel pour l’avenir de notre appellation. On a 30 % du lait produit qui n’est pas valorisé. Nous avons évoqué le problème avec la ministre lors de sa venue en avril. Nous espérons trouver des solutions avec l’Inao*, notamment avec l’autorisation de la thermisation du lait », a-t-il expliqué.
Dans un contexte économique tendu, les fromages de chèvre d’appellation souffrent d’une légère baisse de consommation ces derniers temps. « On vit crise sur crise, cela devient compliqué. Les tendances de consommation ne vont pas dans le bon sens et nous n’avions jamais vu cela », souligne le directeur de la laiterie La Cloche d’or, Cédric Carcaillon. Il poursuit en donnant un exemple au préfet : « Quand on met 30 euros de plus dans le carburant de sa voiture, c’est une somme en moins pour le chariot de courses. Ça se répercute sur les choix : au lieu de prendre un fromage de chèvre Selles-sur-Cher, on prend un emmental premier prix ».
L’élevage comme diversification
Au milieu des chèvres, le représentant de l’État a écouté les différentes problématiques de la filière, notamment celle de l’installation. Les installations ne sont pas suffisantes au regard des besoins de production, en raison notamment d’un coût d’installation en forte hausse depuis plusieurs années. « Quand je me suis installé il y a dix-sept ans, j’étais autour de 1 000 euros la place pour une chèvre. Aujourd’hui, nous sommes à 2 500 euros la place. Et les aides, elles, n’ont pas augmenté. L’installation devient donc plus risquée et il nous faut plus de chèvres pour s’en sortir, ce qui équivaut à un coût d’installation encore plus élevé », regrette Sylvain Boiron.
Pourtant, tous les intervenants l’ont rappelé durant la visite préfectorale : « L’élevage est une solution de diversification ». Olivier Hardouin, président de la FNSEA 41, l’a d’ailleurs martelé : « Dans nos zones intermédiaires, l’élevage est essentiel. Il faut remettre de l’élevage dans nos fermes pour permettre la diversification ».
Un constat partagé par Benoît Foisnon, animateur de l’appellation Selles-sur-Cher : « Certains céréaliers qui possèdent un élevage caprin tiennent encore grâce à leur chèvrerie. Sans chèvres, ils auraient déjà arrêté ».
Le Service de remplacement, un atout
La filière caprine représente une véritable plus-value économique pour le territoire avec plus de 300 emplois et 25 millions d’euros de chiffre d’affaires pour la seule appellation Selles-sur-Cher. Une appellation qui repose également sur le collectif et notamment sur le Service de remplacement (SR), longuement évoqué durant l’après-midi. « Le SR nous permet de sécuriser nos exploitations. Si on se casse le pied et qu’on ne peut plus traire, c’est 700 litres de lait en moins par jour », a affirmé Sylvain Boiron, également président du Service de remplacement de Loir-et-Cher.
Dans le département, plus de 37 000 heures de remplacement sont effectuées chaque année. « Pour les agents de remplacement, c’est très formateur. Ils peuvent travailler dans différentes exploitations. Nombreux sont celles et ceux qui sautent ensuite le pas de l’installation, pour notre plus grand bonheur, malgré notre déception de les voir nous quitter », sourit l’éleveur caprin.
Une filière caprine solide
À l’issue de la visite, le préfet de Loir-et-Cher a rappelé l’importance de la filière caprine pour le territoire : « Pour sortir l’agriculture des différentes crises qu’elle subit, la diversification est essentielle. La filière caprine peut permettre de se diversifier. C’est une filière solide que l’on doit défendre. Ces visites permettent justement de mieux appréhender les spécificités de chaque filière et d’apporter ensuite les solutions appropriées ».
*Institut national de l'origine et de la qualité.