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Le vieux château se bat pour sauver l’emploi

L’unité de conditionnement d’œufs Le vieux château, implantée à Digny depuis une vingtaine d’années, connaît de grosses difficultés. Les vingt-quatre salariés et la direction se battent pour sauver l’entreprise. Une trentaine d’éleveurs de la région est concernée.

Ce qui arrive à la société Le vieux château est pour le moins édifiant. L’entreprise spécialisée dans le conditionnement d’œufs issus d’élevages de poules élevées en plein air et biologiques se trouve dans les pires difficultés après la perte d’un de ses très gros clients, les œufs Mâtines (groupe Glon). Implantée à Digny (Eure-et-Loir) depuis une vingtaine d’années, elle emploie actuellement vingt-quatre salariés et travaille avec une trentaine d’éleveurs de la région.

Tout avait pourtant bien commencé pour Le vieux château. Fondée par un couple d’éleveurs au début des années 1990, l’entreprise se place d’emblée sur un marché qui va se révéler porteur : les œufs issus des élevages de poules en plein air. « À l’époque, avec les établissements Doradoux (Agralys), nous avons travaillé à l’organisation d’une filière régionale », se souvient Florence Hubert, qui dirige la société avec son mari Grégoire.

Trouver de nouveaux éleveurs
En 1994, le centre de conditionnement d’œufs de Digny voit le jour. Les œufs bio entrent dans le centre, Le vieux château sera un des pionniers du secteur. La production est commercialisée sous les marques Œufs de nos villages et Mâtines. Très vite le succès est au rendez-vous et Le vieux château, en partenariat avec Agralys, doit tous les ans trouver de nouveaux éleveurs.
Mais au bout de quelques années, au tournant de l’an 2000, Mâtines, qui appartient alors aux groupes Cecab et Glon Sanders, demande l’exclusivité. En contrepartie, Le vieux château deviendrait le seul centre de conditionnement bio et plein air de la marque. « Du coup, nous sommes contents et nous investissons : construction d’une nouvelle salle à la demande de Mâtines, informatisation du calibrage, nouvelle chaîne, traçabilité… » Les œufs Label rouge font leur entrée.

Mais petit à petit, l’exclusivité tombe à l’eau : « C’est le début des problèmes, leur discours n’est plus le même », témoigne Florence Hubert. À la faveur de différents événements — comme un incendie dans un centre de conditionnement breton — et en quelques années, le centre passe de cinquante à près de cent millions d’œufs conditionnés par an… Cependant, au fur et à mesure des relations commerciales avec ces poids lourds de l’agroalimentaire, la petite société eurélienne va laisser des plumes.
Et c’est autour de sa relation avec Glon que va se cristalliser l’avenir de la société. En 2012, le géant de l’alimentation animale annonce qu’il va se désengager et propose dans la foulée de racheter Le vieux château. Pour Florence Hubert, « avec Glon, nous avons toujours eu confiance. Nous pensions jusqu’au bout trouver un terrain d’entente avec eux. Nous ne comprenions pas pourquoi ils voulaient abandonner le centre. Quand ils ont voulu nous racheter, j’ai compris que c’était pour fermer. J’ai dit non ! Ce qui les intéresse, ce sont nos éleveurs… »

En effet, la filière avicole connaît ces dernières années de vastes mouvements de concentration. Le géant de l’alimentation animale cherche à optimiser et à contrôler l’ensemble de la chaîne de production. Et ira sans doute jusqu’à implanter ses propres sites d’élevage. « Mais ce ne seront pas des élevages de trois à dix mille poules comme aujourd’hui, leur idéal c’est vingt à trente mille poules plein air par site… »
Aujourd’hui Le vieux château est en redressement judiciaire. Les salariés se battent aux côtés de la direction pour sauver l’outil et les emplois. Florence et Grégoire Hubert cherchent des solutions dans toutes les directions, de nouveaux débouchés. Avec pour ambition de sauver les éleveurs… « Au final, c’est la demande qui nous a tués », conclut Florence Hubert.

Hervé Colin

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