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Témoignages
L'eau, ressource indispensable pour les exploitations

Alors que la gestion de l’eau est au cœur de l’actualité nationale, quatre agriculteurs loirétains témoignent de la nécessité de l’irrigation pour la pérennité de leur exploitation.

Chaque année, la ressource en eau issue des nappes souterraines et des cours d’eau fait l’objet d’un suivi de la part de la préfecture départementale. Dès le mois d’avril et jusqu’à la fin du mois de novembre, les niveaux piézométriques des nappes d’eaux souterraines et les débits des cours d’eau sont mesurés afin de déterminer leur état. Sur la base de ces indicateurs, des valeurs seuil de vigilance, d’alerte, d'alerte renforcée et de crise sont fixées. Des arrêtés préfectoraux et des mesures de limitation des usages de l’eau peuvent alors être déclenchés. Les irrigants font partie des premiers impactés par ces arrêtés. L’actualité tendue de ces dernières semaines prouve que la récupération et la consommation de l’eau sont des sujets de préoccupation prégnants.

Aujourd’hui, quatre agriculteurs du Loiret témoignent afin d’évoquer l’importance de l’irrigation au sein de leur exploitation. Dépendant de nappes ou de réserves d'eau différentes, leur système d'irrigation est adapté à leur territoire.


Philippine Allard : L'irrigation comme facilitatrice

Agricultrice à Charsonville (Loiret), avec des parcelles à la fois dans le Loiret et dans le Loir-et-Cher, Philippine Allard irrigue 95 % de son exploitation. Avec une production annuelle de blé, de maïs, d'orge et de porte-graines, elle définit son système d’irrigation en fonction de « la classe de ses terres ». Elle précise : « Sur mon exploitation, il y a cinq classes de terres : la numéro un étant la meilleure, et la cinq, la plus mauvaise. Je privilégierai toujours l'irrigation sur mes cultures plantées en terres plus mauvaises », explique-t-elle. C'est en 1971 que son père installe un système d'irrigation dépendant de la nappe de Beauce centrale. « Nous n'aurions jamais pu atteindre de bons rendements s'il n'avait pas mis en place l'irrigation, avoue la jeune femme. J'ai très peu de réserves utiles dans mes terres. Il faut donc que j’intervienne le plus tôt possible en fonction de mes classes de terres : une terre de classe un va beaucoup plus supporter une période sans pluie qu’une terre de classe cinq ». Et c'est sur ces parcelles loir-et-chériennes, constituées de sols très pauvres, que Philippine Allard rencontre le plus de problèmes. « Par exemple, cette année, je n’ai pas souhaité arroser une parcelle, car j’avais peur pour mon quota d’eau. Je n'ai produit que 30 quintaux de blé améliorant. Sans irrigation, ces terres ne seraient pas viables. Si les quotas disparaissaient, je pense que la pérennité des exploitations serait en jeu. »


Éric Delorme : L'irrigation comme condition contractuelle

Sur son exploitation située à Chaussy (Loiret), Éric Delorme irrigue l'intégralité de ses cultures de pommes de terre, de porte-graines, d'épinards, de betteraves sucrières et de maïs. C'est son père qui, en 1971, a installé un système d'irrigation afin « notamment de développer la culture de betterave ». Dépendant de la nappe de Beauce centrale avec un type de sol argilo-calcaire, l'agriculteur se dit être sur « de très bonnes terres ». Malgré cela, il admet que sans irrigation, il devrait renoncer à sa production de pommes de terre. Quant à sa culture de betteraves sucrières, elle serait « sérieusement compromise ». « Sans eau, je ne pourrais pas non plus obtenir de contrats en porte-graines, souligne-t-il, car l’irrigation fait partie d’une des conditions du contrat ».

Selon lui, les outils d'aide à l'irrigation devraient être plus performants. « Connaître la météo de façon fiable et précise, savoir les quantités pluviométriques qui vont tomber, seraient de véritables plus pour les irrigants afin d'entreprendre au mieux notre gestion de l'irrigation. Les outils actuels manquent encore de précision, ce qui nous pénalise dans notre travail. » Enfin, Éric Delorme déplore les restrictions presque uniquement imposées aux agriculteurs. « En 1976, par exemple, chaque Français consommait 100 litres d’eau par jour. En 2023, chaque habitant en consommerait 150 litres. Alors, quand le niveau de la nappe baisse, comment savoir quelle est la part de responsabilité de l’agriculture ? »


Thierry Daubigny : L'irrigation comme levier économique

Situé dans la région géologique de Sologne, dans la commune de Saint-Aignan-le-Jaillard (Loiret), l'EARL de Coladan était autrefois une exploitation laitière. Les premières traces d'irrigation remontent aux années 70 où les parents de Thierry Daubigny, l'actuel exploitant, se servaient d'un étang comme réserve. « Ils se sont vite aperçus que le volume de cet étang et la topographie de la région ne permettaient pas de développer ce type de stockage de l’eau », explique Thierry Daubigny. En 1976, le couple d'agriculteurs installe un forage afin d'arroser le maïs destiné à l’alimentation de leurs vaches. L'exploitation dépend de la nappe profonde sur laquelle il n’y a pas d’enjeux d’eau potable et qui n’alimente pas de rivière. En 2020, au départ de son associé, Thierry Daubigny décide d'arrêter l'élevage laitier sans pour autant stopper l'irrigation de son exploitation de 230 hectares, dédiée au maïs, aux blés, au colza et à l'orge. Depuis l’arrêt de son activité d’élevage, sa consommation d’eau est restée inchangée. « Sans irrigation, mes parents n’auraient jamais pu développer l’élevage laitier. Aujourd’hui, l'irrigation apporte le même bénéfice aux céréaliers puisqu'elle sécurise les productions et leurs rendements. » 

Enfin, selon l'exploitant, les terres solognotes « auront toujours besoin d’être arrosées. Nous mettre des contraintes réglementaires sur l’irrigation, c’est mettre une contrainte économique aux agriculteurs, et nous rendre moins performants ».


Charlotte Gois : L'irrigation comme assurance climatique

Installée depuis 2021 à Griselles (Loiret) sur une exploitation céréalière de 145 hectares, Charlotte Gois cultive principalement du colza, des blés, des orges de printemps et d'hiver, du tournesol, du pois et du maïs. Son eau provient des eaux souterraines dépendantes de la rivière La Cléry. Elle n'est pas soumise à des quotas de prélèvements. « Je m'attache à utiliser l'eau de façon raisonnée pour mon irrigation, explique-t-elle. Cette année par exemple, avec un hiver qui n'a pas permis de recharger les nappes, je savais que le niveau de l'eau pourrait être bas. J'ai donc adapté mon assolement, et limité ma surface de maïs au profit d'une culture de tournesol ». Épargnée par les quotas, et cette année par les restrictions d'usages de l'eau, la jeune femme précise que son exploitation se trouve « dans une région où les potentiels sont très limités, avec des sols très séchants. La réserve utile en eau est très faible, et les cultures grillent très vite. L'irrigation reste indispensable, et demeure une assurance face au climat ».

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