Filière
Les céréaliers confrontés à trois années de revenus négatifs
Réunis le 12 février à Beaugency, des céréaliers de Centre-Val de Loire ont participé à un forum organisé pour présenter la situation économique de la filière et les dispositifs d’aide annoncés.
Réunis le 12 février à Beaugency, des céréaliers de Centre-Val de Loire ont participé à un forum organisé pour présenter la situation économique de la filière et les dispositifs d’aide annoncés.
« Les céréaliers ne sont plus les dandys de l’agriculture, même si certains le pensent encore. » C’est par ces mots que le président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), Éric Thirouin, a ouvert le forum céréalier organisé par l’AGPB et la FNSEA régionale le 12 février à Beaugency. Les exploitations spécialisées en céréales enregistrent trois années consécutives de résultats négatifs, avec un manque à gagner estimé à 2 milliards d’euros pour l’année 2025. Les données présentées indiquent que les céréaliers affichent les revenus les plus faibles parmi les principales filières agricoles. En 2023, le revenu moyen s’établissait à — 0,6 millier d’euros par actif non salarié, selon les données du réseau d’information comptable agricole. Cette situation tranche avec les résultats observés dans d’autres productions, comme la production porcine ou les grandes cultures diversifiées, qui affichent des niveaux de revenus plus élevés.
Une baisse continue des surfaces céréalières
La diminution des surfaces cultivées constitue un autre indicateur de cette évolution. Entre 2015 et 2025, 900 000 hectares de céréales ont disparu en France, dont 680 000 hectares de blé tendre et 100 000 hectares de blé dur. Cette baisse représente un recul moyen de 0,9 % par an.
Sur le long terme, les revenus ont également diminué. Alors que le revenu moyen atteignait 28 200 euros par an entre 2005 et 2015, il s’établit à 16 400 euros sur la période 2015-2025. Les résultats négatifs enregistrés depuis 2023 confirment cette dégradation.
Un fonds d’urgence national de 35 millions d’euros a été annoncé pour les exploitations céréalières et protéagineuses. À cette enveloppe s’ajoutent 5 millions d’euros destinés à la prise en charge des cotisations MSA. La répartition doit être effectuée en fonction des surfaces exploitées, avec une part spécifique pour les zones intermédiaires et les territoires à moindre potentiel.
Le coût des engrais et les mesures demandées
Le forum a également abordé les conséquences de l’entrée en vigueur du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), appliqué depuis le 1er janvier 2026. Ce dispositif entraîne une hausse du coût des engrais estimée à 140 euros par tonne pour l’urée, avec une progression pouvant atteindre 415 euros par tonne à l’horizon 2035. Depuis le début de l’année 2026, les prix auraient déjà augmenté d’environ 30 euros par tonne selon les estimations présentées.
Plusieurs mesures ont été évoquées, notamment la demande d’exclusion des engrais du dispositif, l’activation de la réserve de crise européenne et la mise en place de dispositifs de soutien économique. D’autres mesures concernent les prêts de restructuration, la gestion des risques économiques et la prise en compte de l’inflation dans la politique agricole commune.
Des échanges nourris et une visite
Les échanges ont été fournis entre les céréaliers présents et les intervenants tout au long de la journée. Les questions posées ont porté sur les perspectives économiques, l’évolution des charges et les dispositifs de soutien, traduisant une véritable interrogation sur l’avenir de la filière. Plusieurs tables rondes ont permis d’aborder ces sujets, avec la participation de spécialistes venus présenter des données économiques et répondre aux interrogations des producteurs. La journée s’est conclue par la visite du site industriel d’Intact, permettant aux participants de découvrir les installations et le fonctionnement de cette unité dédiée à la transformation des protéines végétales.