Méthanisation : les Cive à l’épreuve du terrain
GRDF et la chambre d'Agriculture Île-de-France ont organisé une réunion de restitution d'une enquête menée autour des Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive).
GRDF et la chambre d'Agriculture Île-de-France ont organisé une réunion de restitution d'une enquête menée autour des Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive).
GRDF et la chambre d’Agriculture Île-de-France ont présenté, jeudi 23 avril à Bougligny (Seine-et-Marne), les résultats d’une enquête consacrée aux Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive). Objectif : apporter des repères concrets aux agriculteurs qui envisagent de se lancer dans la méthanisation, un sujet qui soulève encore de nombreuses interrogations techniques et économiques, particulièrement pour les sols superficiels.
Premier enseignement : l’ensemble des agriculteurs interrogés ont introduit des Cive afin de compenser la réduction de leurs surfaces de betteraves. Si 38 % des exploitations disposent de l’irrigation, son usage reste limité dans les faits.
Les Cive d’hiver dominent largement : 100 % des exploitants en implantent, contre seulement 50 % pour les Cive d’été. Un écart qui s’explique par leur meilleure adaptation aux conditions pédoclimatiques franciliennes. Semées à l’automne et récoltées au printemps, elles offrent des rendements plus réguliers grâce à une meilleure disponibilité en eau et se montrent moins exigeantes vis-à-vis des sols.
Motivations économiques et agronomiques
Sans surprise, la motivation première reste économique, avec la volonté de diversifier les revenus via la méthanisation. Mais les agriculteurs soulignent également des bénéfices agronomiques. Les Cive participent au nettoyage des parcelles en limitant l’enherbement, tandis que le digestat constitue une ressource fertilisante précieuse.
Dans les pratiques culturales, les intrants restent maîtrisés : peu d’irrigation, des traitements herbicides classiques, un seul passage fongicide et aucun recours aux insecticides.
Des rendements corrects mais des aléas à anticiper
Côté performances, les rendements moyens atteignent environ 8 tonnes de matière sèche par hectare (t MS/ha) pour les Cive d’hiver, avec un niveau légèrement inférieur en sols superficiels (moins de 7 t MS/ha). Les Cive d’été affichent des rendements compris entre 6,5 et 7 t MS/ha.
Toutefois, les risques d’échec ne sont pas négligeables : 27 % des Cive d’hiver et jusqu’à 50 % des Cive d’été peuvent échouer, en raison de maladies, de carences azotées, du salissement ou du manque d’eau. Les seuils de rentabilité sont estimés entre 4 et 5 t MS/ha en hiver et entre 3 et 4 t MS/ha en été.
Un impact sur les cultures suivantes
L’implantation de Cive n’est pas sans conséquence sur les cultures suivantes. Un tassement des sols est parfois observé, pouvant entraîner une baisse de rendement de l’ordre de 15 %, même si cette perte n’est pas systématique.
En parallèle, plus de la moitié des agriculteurs constatent une amélioration de l’état des parcelles, avec une diminution de l’enherbement et une hausse de la matière organique liée aux apports de digestat. Celui-ci est majoritairement épandu sur blé (90 % des cas), mais aussi sur escourgeon et colza (50 %), ainsi que plus ponctuellement sur betteraves (25 %) et Cipan (40 %).
L'étude conclut donc que les Cive sont envisageables en sols superficiels, malgré des potentiels plus limités. Leur réussite suppose toutefois d’adapter les surfaces, les niveaux d’intrants, ainsi que le choix des espèces et des mélanges.
Quelles espèces privilégier ?
Les Cive d’hiver reposent majoritairement sur l’orge d’hiver. Le seigle, testé par certains exploitants, a été abandonné en raison de sa sensibilité à la verse. Après ces cultures, les rotations intègrent principalement du maïs, du tournesol ou du sarrasin.
Pour les Cive d’été, les agriculteurs privilégient des mélanges d’espèces, ainsi que du maïs ou du sorgho. Elles sont généralement suivies par de l’orge d’hiver, des pois ou du blé tendre.