Environnement
Les Gloutons : valoriser les biodéchets de la fourchette au sol
Une plateforme de compostage à Dagny (Seine-et-Marne), ultime maillon d’une filière portée par Les Gloutons, en partenariat avec Les Alchimistes et la famille Grymonprez, permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valorisation des biodéchets alimentaires.
Une plateforme de compostage à Dagny (Seine-et-Marne), ultime maillon d’une filière portée par Les Gloutons, en partenariat avec Les Alchimistes et la famille Grymonprez, permet de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valorisation des biodéchets alimentaires.
Les Gloutons, société créée en 2022 par deux frères agriculteurs à Chevru et ingénieurs spécialisés dans les bioénergies, Maxime et Pierre-Édouard Guillier, propose une solution de valorisation des biodéchets de l’assiette au champ. Afin d’atteindre cet objectif, les deux frères sont associés à deux autres entités : Les Alchimistes, opérateur national spécialisé dans la collecte et la valorisation des déchets alimentaires, et la famille Grymonprez, avec qui ils ont créé à Dagny (Seine-et-Marne) une plateforme de compostage.
Dès 2019, les deux frères se sont lancés dans la méthanisation. En 2022, une nouvelle aventure s’ouvre à eux avec la création de la société Les Gloutons. « Nous souhaitions nous intégrer dans la chaîne de valeur des biodéchets alors qu’au 1er janvier 2024 la loi imposait leur tri », note Maxime Guillier. Ainsi, une unité de déconditionnement de déchets 100 % alimentaires voit le jour à Presles-en-Brie pour être au plus proche de la source des biodéchets parisiens.
En 2025, nouvelle étape ils mettent en service une plateforme de compostage « afin de laisser le choix à leurs clients entre la voie de la méthanisation ou le compostage ».
Un produit pur qui retourne au sol
Ce fonctionnement permet de ne jamais perdre de vue le biodéchet et d’avoir une traçabilité parfaite alors que la qualité de celui-ci est primordiale. « Dans notre ADN d’agriculteur, nous voulons un produit pur car il est destiné à retourner dans le sol », insiste Maxime Guillier.
Les Alchimistes, l’un des leaders de la collecte de biodéchets en France, est partenaire du projet. Leurs biodéchets, collectés à Paris et en Île-de-France, sont massifiés dans leurs entrepôts à Bercy. Un pré-tri et un pré-contrôle avec un système de notation sont réalisés, tandis qu’un important travail de pédagogie est mené en amont. La notation est aussi une incitation économique auprès de leurs clients.
Puis les déchets sont livrés à Presles-en-Brie sur la plateforme de déconditionnement des Gloutons, qui collecte également avec ses camions de grands supermarchés ou des industries agroalimentaires du secteur. Des opérateurs contrôlent visuellement et trient les biodéchets avant de les déconditionner à l’aide d’une machine Green Creative dont le siège social est basé à Sucy en–Brie. « Nous privilégions la qualité au débit », souligne l’entrepreneur. À l’issue des différentes étapes, la soupe produite contient moins de 0,1 % d’indésirables (verre, métaux, plastiques). Les emballages représentent moins de 10 % de la masse traitée. Actuellement ils sont incinérés, mais les jeunes entrepreneurs sont à la recherche d’une solution pouvant les valoriser.
Enfin, une partie des citernes de soupes sont livrées sur le site de Dagny.
Soupe de biodéchets et structurants
La soupe y est mélangée à 50-50 avec des structurants, à savoir des souches d’arbres et des déchets verts. Ces derniers sont triés, broyés et mis sous forme d'andains, régulièrement retournés, aérés et humidifiés. La soupe est injectée dans les andains durant l'étape de fermentation.
Le site travaillant avec des sous-produits animaux dispose d’un agrément sanitaire depuis août. La matière doit donc être hygiénisée, ce qui passe par six jours à une température de 70 °C — des sondes mesurent la température et envoient les données. Globalement, un mois et demi est nécessaire pour la fermentation, deux à deux mois et demi pour la maturation. Une fois le compost stabilisé et maturé, il passe au criblage (processus de tamis) afin de séparer les déchets trop gros qui repartent en début de processus.
7 300 tonnes de déchets organiques (déchets verts compris) devraient être traités sur la plateforme de compostage chaque année pour une production d’environ 3 500 tonnes.
Enfin, le compost sera valorisé sur plusieurs exploitations voisines, dont celle de la famille Grymonprez qui accueille la plateforme sur l’une de ses parcelles.
« Les biodéchets sont riches en phosphore, azote et minéraux. La soupe apporte des éléments variés* qui enrichissent le compost et accélèrent le processus de décomposition. Pour maîtriser la filière, des analyses sont régulièrement effectuées. Le compost devrait être épandu au printemps prochain puis à l’automne, explique Xavier Grymonprez. Travaillant sans labour depuis quarante-cinq ans, je souhaitais passer en agriculture biologique. Le compost qualifié UAB (Utilisation en agriculture biologique) permet de compenser les engrais et il est produit sur place ».
En traitant les biodéchets de la fourchette au sol, Les Gloutons ont fait de la continuité et de la traçabilité, combinées à une démarche locale, leur leitmotiv, résume Maxime Guillier.
*Une doctorante travaille actuellement sur une thèse durant trois ans pour Les Alchimistes sur le compost du déchet alimentaire et sa composition.