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L'ortie est plus riche en protéines que la luzerne

Bien que souvent décriée, l'ortie présente de nombreuses qualités nutritionnelles. Elle s'utilise davantage comme complément alimentaire qu'en fourrage.

Laetitia Cenni. « J'ai découvert l'intérêt de l'ortie et ses vertus pour les chevaux mais aussi pour les bovins. » -

Les vertus médicinales de l'ortie sont connues depuis l'Antiquité. C'est un excellent fortifiant et stimulant pour l'organisme. L'ortie contient de nombreux éléments nutritifs : des vitamines (A, B2, B5, B9, C, E, K), des minéraux, en particulier du calcium, phosphore, fer, silice et magnésium, des caroténoïdes (antioxydants).... Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle s'avère aussi très riche en protéines. « Sa teneur en matières azotées totales s'élève en moyenne à 21- 22 % de la matière sèche. Soit plus que la luzerne, décrit Christian Marche, ingénieur agronome et spécialiste de l'ortie depuis plus de vingt ans au Centre des technologies agronomiques de Strée en Belgique (CTA). Sa MAT peut même monter à plus de 25 % si la récolte intervient juste avant la floraison. De plus, ses protéines végétales sont de grande qualité comme en témoigne son profil en acides aminés, proche de celui de la viande. »

Une plante vivace difficile à mettre en place

Dès lors, pourquoi ne pas cultiver l'ortie pour l'alimentation animale ? C'est le projet mené par le CTA il y a 25 ans. Après un travail de sélection variétale à partir de 4 000 pieds d'orties collectés dans toute la Wallonie, le CTA a développé sa propre ortie en croisant les trois phénotypes les plus intéressants en termes de résistance à la fauche, de proportion tiges/feuilles, de rendement et de résistance à la verse. « Au départ, nous pensions utiliser les orties en tant que fourrages, mais elles se sont révélées tellement riches qu'il vaut mieux les considérer comme un complément alimentaire », considère Christian Marche.

L'ortie est une plante vivace. Plutôt envahissante à l'état sauvage, elle s'avère pourtant exigeante et difficile à cultiver en plein champ. « On croit à tort qu'elle pousse partout, poursuit-il. L'ortie aime les terres pas trop lourdes, non tassées et riches en matière organique. C'est la raison pour laquelle on la trouve surtout au bord des chemins ou au pied des haies. » Semer l'ortie en plein champ ne marche pas. Il faut ensemencer des mottes pressées, les faire pousser sous serre et les repiquer.

Il est indispensable de rationner la distribution

La grande ortie (Urtica dioica) est intéressante, car c'est la plus productive et pérenne. « Mais il faut la soigner, éviter le piétinement et le tassement, sinon elle disparaît. » Le pâturage s'avère donc impossible. De toute façon, l'ortie fraîche pique, les vaches ne pourraient pas la consommer à moins d'un léger préfanage. Comme pour la luzerne, la récolte doit s'effectuer en veillant à maintenir un maximum de feuilles. « Quelques éleveurs ont essayé de produire du foin. Cette solution est possible mais représente beaucoup de travail et de manutention spécifique,témoigne Christian Marche. La valorisation sous forme de pellets semble plus adaptée. Un éleveur sélectionneur de Blanc Bleu Belge en distribue 1 kg par vache par jour. Au-delà, il y a des diarrhées. Même en petites quantités, les effets bénéfiques sur la santé se font sentir. »

Une coopérative pour cultiver et transformer l'ortie

« Nous avons créé la coopérative Agrortie en 2016 pour lancer une unité de production d'ortie pour la commercialisation sous forme de farine ou de granulés, avance Christian Marche. Trois producteurs sont impliqués dans la culture. Douze hectares ont été implantés l'an dernier. Deux nouveaux exploitants nous rejoignent cette année. L'objectif est de parvenir à une surface de 100 hectares. »

Le rendement atteint 5 à 6 tMS/ha/an sur trois à quatre coupes. Les semis se réalisent en ligne, et les rhizomes se multiplient au fil des ans. La récolte s'effectue sans préfanage pour éviter le contact avec la terre. « Nous sous-traitons pour l'heure la déshydratation à une usine. Le produit final est commercialisé à 2 EUR/kg MS auprès des fabricants d'aliments équins et bovins. »

Pour en savoir plus aufildelortie.com


« Je cultive trois hectares d'ortie en plein champ »

Témoignage de Laetitia Cenni, éleveuse dans la Manche.

« J'ai découvert l'intérêt de l'ortie et ses vertus d'abord pour les chevaux mais aussi pour les bovins », expose Laetitia Cenni, jeune éleveuse dans la Manche. L'ortie est réputée fortifiante, reminéralisante, galactogène et stimulante des défenses immunitaires. « J'ai alors décidé d'en cultiver il y a cinq ans. Je me suis formée auprès de professionnels qui en produisaient déjà en Belgique et j'en ai implanté sur trois hectares. »

L'éleveuse a choisi d'implanter la grande ortie. Bien conduite, elle peut durer une vingtaine d'années. Elle pousse d'abord en pépinière car le semis des graines se montre trop aléatoire. « Pour le repiquage au mois de mai, nous avons eu recours à une planteuse maraîchère, sur un sol travaillé finement. L'interrang est de 70 cm et les plantes sont espacées de 20 cm sur le rang. » En général, l'ortie lève bien si les conditions sont humides. Bien qu'il s'agisse d'une plante rustique, il y a pourtant certains endroits sur les parcelles où elle ne pousse pas. La grosse contrainte, c'est le désherbage. « Nous sommes en bio et nous assurons un binage mécanique tous les 15 jours entre les rangs et manuellement sur le rang. Chaque année, nous faisons un apport de 30 tonnes de fumier par hectare. »

La phase délicate concerne le séchage

L'ortie n'est pas valorisée en vert car elle pique ! « Nous la fauchons comme une prairie. En ensilage, nous avons déjà essayé mais la plante fermente trop vite. Le mieux, c'est de l'utiliser en sec, sous forme de foin ou déshydratée. » Le séchage est la phase la plus délicate. « Nous avons fait un essai avec un séchoir classique, à la ferme expérimentale de la Blanche-Maison, mais cela n'a pas bien fonctionné car le volume d'air est trop important, estime Laetitia. Nous avons donc conçu un séchoir maison, plutôt de type séchoir de plantes médicinales, qui fait 10 mètres sur 15. On recherche la surface au sol, plutôt que la hauteur. »Le fourrage sèche sur une épaisseur limitée (20 cm), retourné régulièrement. Selon le taux d'humidité à la récolte, le temps de séchage varie de deux jours à une semaine. L'ortie est ensuite broyée, et pressée en granulés (travail à façon auprès d'un fabricant d'aliments local). Elle sert à fabriquer des compléments alimentaires pour les chevaux et les bovins. « La demande est croissante. Nos clients éleveurs laitiers, essentiellement en bio, en distribuent 200 à 300 grammes de par vache par jour. Un hectare fournit 2,5 t onnes de produit sec en première coupe et autant en cumulant la 2e et 3e coupe. »

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