Maîtriser ses coûts de fenaison dans un contexte sous tension
Au Gaec Vaucher en Loir-et-Cher, l’organisation de la fenaison repose sur un choix assumé : celui de l’autonomie. Mais derrière cette stratégie, les charges de mécanisation et la hausse des intrants et carburant pèsent de plus en plus lourd sur l’équilibre économique de l’exploitation.
Au Gaec Vaucher en Loir-et-Cher, l’organisation de la fenaison repose sur un choix assumé : celui de l’autonomie. Mais derrière cette stratégie, les charges de mécanisation et la hausse des intrants et carburant pèsent de plus en plus lourd sur l’équilibre économique de l’exploitation.
Sur leur exploitation loir-et-chérienne, Vincent, Florian et Quentin Vaucher conduisent un élevage de bovins allaitants, avec près de 100 hectares d’ensilage d’herbe à base de ray-grass et de trèfle. Pour sécuriser leurs récoltes, les trois frères associés ont fait le choix d’être autonomes sur l’ensemble du matériel nécessaire : faucheuse, faneuse, andaineur et autochargeuse. « On est en totale autonomie sur le matériel de fenaison, c’est un besoin pour nous de pouvoir être réactifs face aux fenêtres météo de plus en plus étroites », souligne Vincent Vaucher. Un choix qui implique toutefois des investissements conséquents. Le parc matériel a d’ailleurs été renouvelé récemment pour remplacer des équipements vieillissants.
Les coûts de mécanisation en forte hausse
Si l’autonomie offre de la souplesse dans l’organisation du travail, elle n’échappe pas à une réalité économique plus contraignante. Depuis plusieurs années, les coûts de mécanisation ont fortement progressé, avec une hausse estimée à plus de 40 % depuis la pandémie de Covid-19. « On ne fait pas plus de travaux mais on paie davantage en coûts de mécanisation », constate l’éleveur. Une augmentation liée à la hausse du prix du matériel, des pièces, mais aussi aux conditions de financement. Avec des taux d’intérêt désormais supérieurs à 3 %, le renouvellement du matériel pèse davantage sur les charges et donc sur le coût de production.
Un carburant plus cher
Dans ce contexte, la hausse du GNR, accentuée par la conjoncture géopolitique, reste surveillée de près pour les chantiers de fenaison. Pour autant, elle ne constitue pas, à ce stade, le principal levier d’optimisation pour l’éleveur, même si elle interpelle. « La crise en Iran, avec un baril en hausse de 20 à 30 %, ne justifie pas que le GNR ait doublé dans nos exploitations. Cette situation peut donner le sentiment que certains acteurs de la filière pétrolière en tirent profit. Par ailleurs, l’ajout, année après année, des écotaxes et autres prélèvements commence à peser fortement sur nos charges », estime Vincent Vaucher. Le débit de chantier, souvent mis en avant pour réduire les coûts à l’hectare, apparaît également comme un facteur secondaire dans leur système.
L’engrais au cœur des inquiétudes
Le véritable point de tension se situe dans le coût des engrais. Indispensables pour assurer des rendements et produire une herbe riche en protéines, ils représentent aujourd’hui le poste le plus lourd dans le système fourrager du Gaec. « Pour l’ensilage d’herbe, c’est l’engrais le coût le plus important. La campagne prochaine est d’ailleurs incertaine. Si le conflit au Moyen-Orient dure, on va avoir des coûts beaucoup trop élevés », alerte l’éleveur. Une situation qui interroge plus largement sur la souveraineté agricole. « On nous parle de souveraineté, mais il faudrait déjà sécuriser les coûts des matières premières et être capable de les fabriquer chez nous. »
Une compétitivité à rude épreuve
Produire des fourrages de qualité reste une nécessité pour nourrir le cheptel, mais cette exigence se heurte à une inflation généralisée des charges. Entre mécanisation, intrants et financement, les marges de manœuvre se réduisent. Dans ce contexte, la valorisation des produits devient déterminante. « Heureusement que la viande est actuellement mieux valorisée, sinon ce serait très compliqué », reconnaît Vincent Vaucher.
À l’approche des prochains semis, les choix techniques et économiques seront donc décisifs pour maintenir l’équilibre de l’exploitation. Car derrière l’objectif de compétitivité, la réalité est plus complexe : « Il faut être compétitif, mais avec toutes ces hausses, cela devient vraiment difficile, il va falloir à nouveau s’adapter ».
Cet article fait partie de notre dossier Herbe et fenaison : produire mieux et sécuriser ses stocks