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Portrait
Mathieu Simonet, la tête dans les nuages

Cet ex-avocat devenu écrivain pose la question de la réglementation des nuages. Il a lancé l'idée d’une Journée internationale des nuages.

Mathieu Simonet.
Mathieu Simonet.
© Bryan Lehmann

Depuis toujours, les hommes ont tenté de maîtriser les nuages. Soit pour les chasser, et faire en sorte qu'un événement — disons un défilé militaire — se produise sous un soleil radieux. Soit pour faire pleuvoir. Vierges jetées dans des gouffres, flèches lancées dans le ciel par des archers consciencieux, boulets de canon, envoi de kilos d'iodure d'argent : de multiples tentatives se sont produites en ce sens au cours des siècles. Les essais de ces faiseurs de pluie — plus rarement de beau temps — sont racontés par Mathieu Simonet, ancien avocat et écrivain, dans son ouvrage. Un récit qui s'entremêle avec une partie autobiographique, celle de sa relation avec Benoît, son compagnon. Organisateur jusqu'à sa mort d'un festival de musique, Benoît scrutait la météo pour savoir s'il allait ou non pleuvoir le jour J.

Entre émerveillement poétique, considérations juridiques, questions géopolitiques, préoccupations environnementales, l'auteur se pose et nous pose ainsi la question : que penser de l'ensemencement des nuages ? En France, celui-ci se pratique depuis les années 50, notamment par l'Anelfa, l'Association nationale d'étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques, qui cherche à réduire la taille des grêlons pour réduire les dommages causés dans les vignes. Mais cette technologie suscite des craintes de la part de ceux qui refusent que l'on puisse ainsi manipuler le temps. Dans son livre, Mathieu Simonet ne tranche pas. Il recense les travaux, expose ses doutes, et raconte le projet un peu fou qui naît de tout cela : la création d'une Journée internationale des nuages, le 29 mars. Ce projet a démarré d'abord avec les écoliers d'une petite commune de Seine-et-Marne, Saint-Soupplets. Mathieu Simonet y anime des ateliers d'écriture. « Les plus jeunes enfants semblaient passionnés par ces histoires de nuages », raconte-t-il. Il leur a demandé de décrire les formes qu'ils apercevaient dans le ciel : « Des sirènes, des cactus, le visage de leur grand-mère, un canapé… ». Le 29 mars 2022, 600 enfants de la commune s'allongent par terre avec pour mission de regarder les nuages, puis d'écrire à l'ONU pour réfléchir à un droit des nuages et demander la création d'une Journée internationale des nuages.

Cette initiative fait boule de neige : d'autres écoles, des artistes, des maires, des collectifs, des musées reprennent l'idée l'année suivante. Une dizaine de pays s'y associent. Et en 2024, le mouvement s'est encore étendu. Mathieu Simonet y voit comme l'application d'une méthode particulière : d'abord l'émerveillement, puis la recherche et la pédagogie, ensuite la démocratie — il organise des votes pour savoir ce que pensent les gens d'une éventuelle réglementation sur les nuages —, pour finir par le législatif. Il plaide notamment pour la signature par la France d'une convention de 1976 qui stipule que le nuage ne doit pas être utilisé comme arme de guerre.

En attendant, nul doute que de nombreux enfants et adultes s'allongeront pour observer les nuages ce vendredi 29 mars. Il reste une catégorie de population avec laquelle Mathieu Simonet aimerait parler de cette question, qui la concerne à plus d'un titre : les agriculteurs. « J'aimerais discuter avec eux de ce sujet, voire organiser un débat ». L'invitation est lancée. 


Biographie :

1972 : naissance.

1997 : prestation de serment au Barreau.

2020 : décès de Benoît.

29 mars 2022 : première Journée internationale du nuage.


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