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Moisson 2020 : des rendements hétérogènes sans prix

La récolte des cultures terminée, les coopératives franciliennes dressent un bilan de la moisson 2020 et tirent la sonnette d’alarme, tant le nombre d’agriculteurs fragilisés par les baisses de rendements est important.

Au vu des chiffres annoncées par les coopératives, 2020 est très certainement l’année des grands écarts de rendements. Et si les causes sont multifactorielles, le constat est amer et certains agriculteurs sont économiquement très impactés.

En Île-de-France ouest

Interrogé sur cette moisson, Jean-Baptiste Hue, directeur de la coopérative Sevépi qui couvre le Val-d’Oise et le nord des Yvelines, annonce tout de go  : «  Je redoute une catastrophe économique car de nombreux agriculteurs se demandent si ça vaut le coup de continuer à cultiver devant la baisse très importante de leurs rendements  ». «  Les chiffres parlent d’eux mêmes, ajoute-t-il, on a jamais vu une telle hétérogénéité avec pour certaines cultures des moins 40  %. Et il est très difficile d’expliquer à nos agriculteurs que certains s’en sortent bien  ».

Pour faire le tour des cultures, les orges d’hiver ont «  des rendements moyens médiocres mais avec de bonnes caractéristiques pour l’orge de brasserie (variété étincelle) de nos agriculteurs  : un taux de protéines de 10,70  %, un calibrage de 83  %, un poids spécifique de 65,5 kg/hl et un taux d’humidité de 12,75  %.  »

Le vrai problème ce sont les orges de printemps. «  Nous n’avons pas totalement fini de les récolter mais les rendements sont d’ores et déjà très mauvais. Elles ont beaucoup souffert de la sécheresse. Le problème porte également sur leur taux de protéines, en moyenne de 11,6  %, plus que limite pour les malteurs.  »

Les blés tendres sont d’une très grande hétérogénéité, oscillant de 30 q/ha dans des terres très moyennes à 120 q/ha dans des terres profondes du Vexin. «  On a jamais vu ça. Les causes sont diverses  : les dates de semis en période de pluie, une virose très importante car les agriculteurs n’ont plus de chimie pour se prémunir des pucerons et les produits foliaires à leur disposition sont nettement moins efficaces, puis la sécheresse de printemps.  » Leur poids moyen spécifique de 80,81 kg/hl est bon, leur taux de protéines s’établit à 11,2  % et leur taux d’humidité à 13,27  %.

«  Les rendements en pois d’hiver sont très moyens et en pois de printemps nous constatons aussi des catastrophes, puisqu’on enregistre des rendements moyens en baisse d’environ 40 % ». Quant aux colzas, les rendements sont «  moyens, voire très décevants car certaines parcelles ont été très attaquées par les insectes  ».

«  Bilan, la majorité de nos agriculteurs ont des rendements très médiocres. Et je ne parle pas des récoltes de betteraves qui s’annoncent… C’est économiquement désastreux, d’autant que le système assurantiel laisse de côté de nombreux agriculteurs.  »

Dans le sud des Yvelines et en Essonne, Hervé Courte, directeur de la coopérative Île-de-France sud, est lui aussi très inquiet mais cherche tout de même à positiver. «  Pour les colzas, c’est un retour à la normal, les rendements sont convenables, à 37 q/ha (moyenne décennale de 40-42 q/ha) car, pour rappel, l’année dernière on enregistrait 22 q/ha  ; et leur teneur en huile est bonne  ».
«  Parmi les mauvaises nouvelles, et comme nous l’avions déjà constaté en début de moisson, les orges d’hiver font cette année 20  % de rendement en moins  ».
Les blés durs ont des rendements très moyens, voire décevants. «  On a 75 q/ha en moyenne, soit 15  % de moins que l’année dernière, mais leurs caractéristiques sont excellentes  : un poids spécifique de 82,8 kg/hl, un taux de protéines de 14,4  % et un temps de chute de Hagberg supérieur à 360 s.  »

«  En blé tendre, les rendements sont compliqués avec des moyennes de 67 à 68 q/ha – contre une moyenne de 82 q/ha l’année dernière qui était une très bonne année –, mais ils sont d’excellente qualité avec un poids spécifique supérieur en moyenne à 81 kg/hl, un taux de protéines à 11,6  % et un temps de chute de Hagberg supérieur à 300 s. C’est une très bonne nouvelle car la quasi-intégralité de nos blés est destinée à la meunerie et 40  % de ces blés sont contractualisés dans des labels rouges et filières de qualité.  »

«  En pois de printemps, c’est une catastrophe, le rendement moyen est de 31 q/ha, c’est une baisse de 40  % par rapport à l’année dernière. Ils ont été très impactés par les fortes chaleurs de printemps  ».

«  Pour les orges de printemps, culture très importante chez nous, la situation est encore plus catastophique. On a un rendement moyen de 53-55 q/ha, soit moins 30  % par rapport à l’année dernière. En revanche, ils sont de très bonne qualité  : un taux de protéines moyen de 10,7  %, un calibrage supérieur à 90  %.  »

En somme, «  c’est vraiment l’année des grands écarts avec des rendements de culture qui varient de 25 à 90 q/ha. Et nous, collecteurs, nous enregistrons cette année une baisse de volume de 15 à 20 %  ». «  Ce qui est très inquiétant, ajoute-t-il en conclusion, c’est que nombre de nos agriculteurs ont attaqué la nouvelle campagne avec des trésoreries quasiment à zéro. Et les récoltes de maïs à venir s’annoncent mauvaises, voire très mauvaises pour les betteraves qui sont une culture très importante chez nos adhérents  ».

En Seine-et-Marne

Hétérogénéité est le maître mot de la moisson 2020 chez Valfrance selon le directeur d’exploitation, Simon Verger. En orge d’hiver, si les rendements sont plus faibles qu’estimés initialement (65 à 68 q/ha), la qualité est excellente, avec un poids spécifique correct et un taux de protéines de 10,5  % parfait pour les malteurs.

En revanche, pour les orges de printemps, alors que la moisson s’étale fortement dans le temps, les rendements sont moyens à très mauvais, de l’ordre de 52 à 55 q/ha, soit 15 points en moins que la moyenne décennale. Si globalement le taux de protéines est bon - dans une fourchette haute -, la qualité reste très hétérogène.

Quant aux blés, les résultats sont moyens  : 75 à 78 q/ha (84 q/ha de moyenne sur dix ans) avec de gros écarts. Par contre,«  la qualité est très bonne (poids spécifique de 80 kg/hl, taux de protéines de 11,3  %) pour nos débouchés meuniers et l’export  », note Simon Verger. À l’est du département, «  les conditions de semis, en particulier à l’automne, sont la clé du succès ou non de cette récolte, explique le responsable de la collecte chez Cérésia, Maxime Thuillier, qui annonce en blé de bonnes surprises avec des pointes à près de 100 q/ha comme des gamelles.

Par contre, nous n’avions pas anticipé la baisse de 15 à 20  % de la sole en blé, les semis n’ayant pu être réalisés en raison des conditions climatiques  ». Au final le rendement moyen dans l’Est de la Seine-et-Marne s’établit dans une fourchette allant de 70 à 75 q/ha, en recul de 10 quintaux par rapport à une année moyenne avec un poids spécifique de 79 kg/hl.«  Le taux de protéines (12  %) élevé est symptomatique de sa non dilution dans le rendement  ».

Pour les orges d’hiver, la déception est de mise avec un rendement moyen oscillant entre 70 et 75 q/ha, mais la qualité est au rendez-vous. Quant aux orges de printemps  ; les premiers résultats tendent vers un rendement moyen de 55 q/ha et un taux de protéines supérieur à 12  %.

Dans le Gâtinais, chez Terres bocage gâtinais, la récolte en orge, production symbolique du secteur, est très hétérogène. Pour les orges d’hiver, les rendements se situent dans une fourchette allant de moins de 20 q/ha à plus de 80 q/ha avec une moyenne s’établissant vers 64 q/ha. Si la qualité est globalement correcte (calibrage de 88  %, 10 à 10,2  % en taux de protéines), plus de 35  % du volume collecté se situe en dehors des limites contractuels. Ce constat est pire en orge de printemps  : 45  % des volumes sont en dehors des normes avec, d’une part des taux de protéines inférieurs à 9,5  % et d’autres à 14-15  % sur les dernières parcelles récoltées et des rendements inférieurs de 16 à 20  % par rapport à la moyenne décennale.

Quant aux blés derrière un colza, ils sont bons contrairement aux semis plus tardifs après betterave, où les conditions humides de récolte ont déstructuré le sol et pénalisé les rendements (15 à 20 q/ha dans les cas les plus critiques). L’hétérogénéité des rendements est donc marquée en blé dans le Gâtinais (de 50 à plus de 90 q/ha) avec un taux de protéines de 11,4  %, légèrement inférieur à celui de 2019.«  C’est une petite moisson hétérogène à vite oublier. Elle ne va pas arranger les trésoreries des exploitations d’autant que les prix ne sont pas là  », conclut le directeur de Terres bocage gâtinais, Jean-François Paris.

Les rendements moyens en colza varient de 30 à 38 q/ha sur l’ensemble du département avec une fois encore une grande hétérogénéité. Enfin, si les résultats en pois d’hiver sont globalement corrects, tous annoncent des résultats catastrophiques pour ceux de printemps.

Aujourd’hui, les cultures encore au champ ont soif. En maïs et tournesol, les parcelles irriguées devraient s’en sortir, pour les autres, des précipitations sont nécessaires sous peine de rendements catastrophiques.

Laurence Augereau et Laurence Goudet-Dupuis

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