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Moissons 2020 : une forte hétérogénéité dans les rendements

Alors que la moisson 2020 tire à sa fin, la chambre d’Agriculture de région Île-de-France rend ses premiers résultats en termes de rendements et de qualité. Conditions métérologiques et impasses techniques ont entraîné des situations fort contrastées et économiquement préjudiciables.

La moisson 2020 se termine en Île-de-France cette semaine. Les résultats sont mitigés et font le grand écart entre des rendements très bons et d’autres catastrophiques.

Ce ne sera pas la moisson du siècle une fois de plus et la situation économique des exploitations agricoles franciliennes ne va pas s’améliorer. Si la moisson des céréales et oléoprotéagineux n’est pas mémorable, les betteraviers d’Île-de-France s’attendent à une récolte aussi catastrophique, pouvant aller jusqu’à mettre en péril l’outil industriel sucrier.

En corrélation avec les conditions climatiques extrêmement clémentes de l’hiver dernier et de ce printemps, le cycle cultural des céréales et oléoprotéagineux a toujours eu environ quinze jours d’avance sur un cycle «  normal  ». Avant même les premiers retours, la confirmation tombe  : les rendements ne seront pas à la hauteur des attentes  !

Les rendements sont caractérisés cette année par une hétérogénéité très forte qui trouve son explication dans les conditions climatiques de l’année et les impasses techniques.

Dans les cultures d’hiver, l’orge d’hiver semble la plus impactée, puisque les moyennes observées sont plus faibles que d’habitude avec des rendements entre 50 et 75 q/ha de moyenne. Les rendements à trois chiffres sont très rares, alors que les rendements entre 30 et 50 q/ha sont nombreux. La qualité est à l’image de la récolte  : moyenne tant du point de vue des calibrages que des taux de protéines.

Les blés tendres sont soumis à la même hétérogénéité, les minimums observés sont un peu plus élevés, autour de 50 q/ha et les maximums au-delà des 100 q/ha. Hormis le taux de protéines qui est inversement proportionnel au rendement, les poids spécifiques sont bons à très bons.

Pour clôturer les cultures d’hiver, les pois protéagineux d’hiver sont la bonne surprise de l’année, avec des résultats plus que satisfaisants, de 45 à 80 q/ha observés et une moyenne autour de 60 q/ha au niveau régional.

Du côté des colzas, les parcelles qui ont pu être conduites jusqu’à la récolte permettent de confirmer une hétérogénéité importante, avec des rendements qui vont de 15 à 55 q/ha dans les meilleures situations observées. En moyenne, le rendement de la région devrait se situer entre 35 et 40 q/ha.

Concernant les cultures de printemps, les protéagineux sont plutôt décevants. Les premières parcelles récoltées n’affichaient que 15 à 35 q/ha, en pois comme en féverole. Du côté des orges, hormis les semis d’hiver qui semblent corrects (entre 60 à 75 q/ha de moyenne, quelques bon résultats à 80 q/ha et plus), les semis de printemps devraient être moyens, les premiers retours faisant état de rendement de l’ordre de 60 à 70 q/ha dans les situations les plus propices (semis précoces). Mais les récoltes ne sont pas terminées dans les secteurs d’orge brassicole au moment de la rédaction de cet article.

Enfin, pour les récoltes des cultures d’été qui se dérouleront cet automne, il est encore trop tôt pour évaluer les potentiels des maïs et des sojas dont les rendements dépendront fortement de la pluviométrie de cet été.

Du côté des betteraves, on sait déjà que le potentiel sera fortement impacté par les viroses transmises par les pucerons entre la levée et la couverture du sol. La perte potentielle attendue est de l’ordre de 20 à 30  %.

La campagne a démarré à l’automne 2019 par une sécheresse très marquée qui est venue perturber les semis de colza. Certaines parcelles auront du mal à lever et compteront un handicap supplémentaire pour atteindre la récolte.

Il s’est ensuivi un hiver très humide qui est venu perturber les semis des céréales et des pois d’hiver. Ces conditions auront un impact sur les interventions de travail du sol, de semis et de ­désherbage, les quantités hivernales d’eau ayant fortement impacté l’enracinement des cultures et le développement physiologique des céréales, surtout dans les secteurs où les sols sont hydromorphes.

Ce phénomène est encore plus marqué sur des précédents comme la betterave et le maïs (récolte tardive et dégradation de la structure des sols) avec des difficultés d’enracinement encore accrues. Le colza est aussi une culture très sensible aux excès d’eau. Pour les parcelles concernées (sols hydromorphes), un nouvel handicap s’ajoute avec au minimum des défauts d’enracinement, au pire des pertes de pieds.

L’absence de pluie de fin mars à fin avril (quarante-cinq jours environ) et les mauvais enracinements des cultures ont eu un impact aussi assez fort sur les blés et les orges d’hiver. Toutefois, le blé étant un peu plus tardif que les orges/escourgeons, l’effet de la sécheresse sera plus limité.

La majorité des orges de printemps et des pois sera semée en conditions de sécheresse, avec des levées hétérogènes qui poseront ensuite des difficultés techniques de lutte contre les ravageurs et les adventices. Certaines parcelles de betteraves ont, elles aussi, souffert du même problème.

La disparition de matières actives et l’interdiction de solutions phytosanitaires sont aussi à l’origine des rendements constatés à ce jour.

Sur le colza, les problèmes de résistance des ravageurs aux insecticides sont à l’origine de problèmes avec les altises et leurs larves, mais aussi avec le charançon du bourgeon terminal. Certaines parcelles n’ont pu être conduites jusqu’à la récolte à cause des infestations larvaires.

D’autres parcelles ont vu leur rendement fortement impacté. Aujourd’hui, les solutions passent par la mise en œuvre de leviers agronomiques pour réussir ses colzas.

La disparition du traitement de semence Gaucho (néonicotinoïde) est à l’origine cette année de problèmes sur les céréales et les betteraves. La présence des pucerons dans les parcelles favorise la transmission de viroses, qui sont ensuite responsables de pertes de rendement significatives. Sur céréales, les pucerons peuvent être contrôlés par des interventions insecticides.

Sauf qu’en automne 2019, les conditions climatiques sont tellement favorables aux insectes et peu aux interventions culturales que le contrôle des populations a été insuffisant, d’où un impact non négligeable sur les rendements des orges d’hiver, des blés tendres, voire des orges de printemps (analyses en cours, à confirmer).

Enfin, sur les betteraves le problème est encore plus dramatique. Les solutions techniques se sont révélées inefficaces, les parcelles de betteraves sont, en Île-de-France, toutes impactées de manière très significative par la jaunisse, avec en perspective des pertes de rendements historiques.

Christophe Dion, chambre régionale d’Agriculture d’Île-de-France

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