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Élevage
« Nous ne voulons pas nous agrandir, nous préférons valoriser l’existant »

Les conseillers des chambres d’Agriculture du Grand-Est et d’Île-de-France ainsi que l’Institut de l’élevage* ont découvert les systèmes d’élevage emblématiques de la Normandie. L’objectif : visiter des exploitations aux choix stratégiques forts qui ont mené à des structures efficientes et cohérentes. Nous vous proposons une série d’articles sur les spécificités des exploitations rencontrées. Premier épisode : l’EARL Bertot, dans l’Eure.

Salle de traite intégrée au bâtiment qui limite le temps de lavage.
Salle de traite intégrée au bâtiment qui limite le temps de lavage.

Le premier article de cette série sur les systèmes d’élevage emblématiques de la Normandie porte sur l’EARL Bertot situé à Renneville, dans l’Eure.

Un système à forte productivité…

L’assolement est relativement simple : 20 ha de prairies temporaires, 32 ha d’ensilage de maïs et 102 ha de cultures de vente (blé, maïs grain, colza et un peu de lin fibre). Les 52 ha de surfaces fourragères (SFP) permettent de nourrir 98 vaches laitières en vêlages étalés et 27 génisses élevées par an. À ces 52 ha de SFP, il faut ajouter du seigle semé à l’automne en interculture et récolté au printemps avant la mise en place du maïs.

En hiver, la ration des vaches en lactation à l’auge est composée d’un mélange de 80 % d'ensilage de maïs et de 20 % de pulpes de betteraves surpressées, de 10 kg d’ensilage de seigle, de 0,3 kg de paille et de 3 kg de tourteau de colza. Au distributeur automatique de concentré, elles reçoivent de 0 à 2 kg de tourteau de colza et de 0 à 2 kg de maïs grain selon le niveau de production. Au 15 mars, les vaches sortent sur 12 ha de prairies divisés en 12 parcelles de 1 ha (pâturage tournant dynamique) et reçoivent une part de la ration hivernale variable selon la pousse de l’herbe. Cette conduite relativement simple permet de produire 8 980 l/VL (9 900 kg au contrôle laitier) avec 42 g/l de taux butyreux (TB) et 34,6 g/l de taux protéique (TP).

Les veaux sont élevés en niche individuelle jusqu’au sevrage à 10 semaines. Ils reçoivent du lait entier (3 litres matin et 3 litres soir jusqu’à 3 semaines, puis uniquement une buvée de 3 litres le matin jusqu’au sevrage), un concentré premier âge et du foin. Ils passent ensuite en igloo collectif avec du foin et 2,5 kg de corn gluten sec.

Au printemps, ces jeunes génisses disposent de 2 ha de pâture attenant au bâtiment, de foin et de 1 kg de corn gluten sec à l’auge. Jusqu’au vêlage à 25 mois, les génisses alternent des périodes hivernales avec du foin et du corn gluten et des saisons de pâturage. Le foin est acheté à un voisin ou récolté sur des paddocks excédentaires au printemps. Les génisses sont toutes inséminées en semence sexée pour assurer le renouvellement du troupeau laitier. Les vaches sont inséminées en blanc-bleu afin d’avoir des veaux croisés mieux valorisés lors de la vente à 15 jours.

Les deux éleveurs (lire encadré ci-dessous) participent à des groupes de suivi technico-économique pour échanger et se perfectionner. Ils aiment également tester de nouvelles techniques.

… avec une bonne organisation du travail…

Tous les animaux sont logés dans le même bâtiment. Les vaches sont d’un côté en logettes paillées avec tapis, il y a un couloir central et les génisses se trouvent en face en boxes paillés raclés. En 2020, les éleveurs ont investi dans une salle de traite TPA (Traite par l'arrière) 2 x 8 en prolongement des deux rangées de logettes tête à tête et en remplacement de la vieille salle de traite en épi 2 x 6. Il n’y a pas de mur et la surface de la salle de traite est réduite. Ainsi, les vaches sortent directement sur l’aire d’exercice et le temps de lavage est réduit. Il n’y a pas d’aire d’attente spécifique, c’est un couloir raclé automatiquement qui fait office. « Cela nous permet de traire à une personne avec l’aide d’un chien de troupeau bien dressé qui amène les lots de vache dans la salle de traite et dans le calme et qui va également les chercher dans les pâtures, commente Thierry ­Bertot. Nous n’avons pas fait le choix du robot car nous ne voulions pas avoir la lourde charge de la maintenance et être plus libres en dehors des périodes d’astreinte ».

La conception du bâtiment a été pensée autour du confort des animaux et du travail des éleveurs. La traite des 80 vaches avec le lavage dure une heure et quart. L’alimentation est réalisée à l’aide d’une désileuse automotrice en copropriété avec une exploitation voisine. Pour gagner du temps et éviter de gérer plusieurs fronts d’attaque, les éleveurs confectionnent des silos-sandwichs avec du maïs, des pulpes de betteraves et du seigle. Les exploitants ont installé, il y a huit ans, des ventilateurs avec brumisateurs afin d’atténuer les baisses de production lors des périodes de forte chaleur. La salariée à mi-temps assure les traites du lundi et du vendredi, ainsi que celles d’un week-end par mois. Finalement, grâce à des bâtiments fonctionnels et une bonne organisation du travail, l’astreinte sur les animaux s’étend de 6 h 30 à 9 heures le matin et de 17 h 30 à 19 heures le soir, ce qui laisse pas mal de temps libre aux deux éleveurs en dehors des périodes de travaux des champs. « J’ai besoin de temps pour faire du vélo avec mes amis, sourit l’éleveur. Nous avons optimisé l’outil et le temps de travail non seulement pour nos loisirs mais aussi pour nos engagements à l’extérieur (GVA, Littoral normand, groupes de réflexion…) ».

… et économiquement efficace

Grâce à un système cohérent et une bonne maîtrise technique des éleveurs, les résultats économiques de l’exploitation sont excellents (voir tableau). À noter, la très bonne maîtrise des charges opérationnelles qui n’empêche pas d’obtenir une productivité élevée. Les vaches ne consomment que 1 798 kg de concentré (200 g/l — 57 euros/1000 l) alors qu’il n’est pas rare d’observer des consommations d’environ 2 500 kg pour un tel niveau de production dans d’autres élevages similaires.

Dans cette exploitation, les frais vétérinaires sont réduits (22 euros/UGB), preuve d’une bonne maîtrise technique et de bonnes conditions de logement. « Nous ne faisons pas de traitement antibiotique pour les mammites, l’aromathérapie fonctionne très bien. Par contre nous injectons systématiquement une demi-dose d’antibiotique au tarissement », précise Thierry Bertot. « Sur les cultures, c’est comme pour le lait, ce n’est pas le rendement qui compte mais la marge », ajoute son frère Yann. Les doses d’engrais prennent bien en compte les apports de fumier. Les agriculteurs font leur semence fermière et pratiquent la réduction de dose pour les phytos. « Nous sommes plus soucieux de notre portefeuille que du lait par vache ou des rendements de nos cultures », ajoutent les deux frères. Selon eux, les facteurs de réussite économique sont le potentiel des terres, l’œil et la curiosité de l’éleveur, se former régulièrement à de nouvelles techniques, la prise de risques (comme avec l'aromathérapie en cas de mammite) et ne pas s’interdire de prendre du temps libre. Les deux frères pensent aussi à l’avenir de leur exploitation.Ces deux éleveurs laitiers semblent parfaitement heureux dans une région pourtant à fort potentiel céréalier.


Résultats économiques de l'EARL Bertot

 

Produit

569 800 €

3 700 €/ha

Charges opérationnelles

152 400 €

27 % du produit

Dépenses de structure

226 600 €

40 % du produit

EBE économiques

190 800 €

33 % du produit

36 % du produit avec salaire

Annuités

70 100 €

12 % du produit

Disponible pour vivre et autofinancer

120 700 €

60 350 €/UMO


*Dispositif Inosys-Réseaux d’élevage et Ecobio.

Présentation

La main-d’œuvre est assurée par Thierry et Yann Bertot, deux frères de 52 et 57 ans, associés de l’EARL et une salariée à mi-temps. Ils exploitent 154 hectares et élèvent 98 vaches laitières prim’holstein pour une production de 880 000 litres vendue à Sodiaal.

L'avenir de l'exploitation

Thierry et Yann Bertot sont tous les deux mariés avec enfants, leurs épouses travaillent à l’extérieur. Thierry Bertot a un fils de 28 ans, ingénieur agronome. Ce dernier souhaite remplacer son père au moment de sa retraite mais après avoir effectué d’autres expériences professionnelles. Yann Bertot a également un fils de 21 ans qui a un BTS agricole et qui travaille actuellement en Australie. « Nous avons donc deux jeunes qui arrivent, mais nous ne souhaitons pas retrouver une autre ferme pour les installer car nous ne voulons pas déstabiliser un système qui marche bien, ni charger nos fils en emprunts. Notre structure peut faire vivre sans problème trois personnes dans d’excellentes conditions de travail », ajoutent les deux frères. D’autre part, ils vont continuer à bien entretenir leur exploitation mais ils souhaitent limiter les gros investissements afin de ne pas augmenter le capital de l'EARL et ainsi soulager le montant de la reprise. « Et cela évite de réaliser des investissements qui ne plairaient pas à nos jeunes », conclut Thierry Bertot.

Une nouvelle fois, la devise « faire mieux avant de faire plus » illustre bien le témoignage de Thierry et Yann Bertot.

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