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«On risque de voir baisser la participation dans les cantons ruraux»

Maître de conférence en sciences politiques à l’université de Montpellier, Aurélia Troupel pose le postulat que l’agrandissement des cantons ruraux opéré en 2013 aura pour conséquence la baisse de la participation dans les cantons ruraux.

Aurélia Troupel : «L’incertitude sur les compétences rend difficile de faire un programme»
Aurélia Troupel : «L’incertitude sur les compétences rend difficile de faire un programme»
© DR - Réeussir

Quelles vont être les conséquences de l’agrandissement des cantons ruraux et du passage à un scrutin binominal et paritaire lors des prochaines élections départementales ?

On risque de voir baisser la participation dans ces cantons. Les cantons ruraux étaient, en 2008 et 2011, les plus participationnistes. Les conseillers y étaient très bien élus, à 65-70%. Dans les petits cantons, l’identification aux territoires, historiquement forte, va être contrariée, ces territoires étant fondus dans des ensembles très vastes. Ce risque est d’autant plus fort que l’on va aussi observer le phénomène suivant : un maximum d’élus sortants ne se représenteront pas en raison de leur âge. Déjà en 2011, beaucoup avaient hésité, et finalement accepté parce que la durée du mandat avait été raccourcie. Il y aura également un renouvellement lié au scrutin paritaire. Par ailleurs, le mandat a beaucoup perdu de son attractivité. Auparavant, un grand nombre de conseillers généraux étaient candidats aux législatives ; c’était un tremplin. Avec deux candidats, potentiellement de la même couleur politique, cela change la donne.

Quel est l’esprit du projet de «loi Notre» adopté en première lecture par les députés, le 10 mars, et qui doit revoir les compétences des collectivités locales ?

Le projet de loi Notre était initialement un projet «régionaliste» et de «métropolisation». Le gouvernement envisageait même de supprimer les départements, mais les élections sénatoriales et le coup d’éclat des radicaux de gauche l’ont fait revoir ses plans. En première lecture, les sénateurs, qui sont souvent des présidents de conseils généraux, ont limité la casse, en sauvegardant des compétences importantes comme le social, les routes...

Ce projet de loi ne sera ratifié qu’après les élections. L’issue du vote aura-t-il une influence sur ce texte ?

Le résultat des élections, par exemple le taux de participation, pourrait avoir un impact sur cette loi. Il n’y a jamais eu de campagne qui ait démarrée aussi tardivement. L’incertitude sur les compétences rend très difficile de faire un programme. On peut s’attendre à une faible participation au scrutin, qui pourrait convaincre les élus de supprimer l’échelon. Si les extrêmes gagnent des départements, la tentation sera également forte d’en faire des coquilles vides. Rappelons qu’il est actuellement question d’étendre aux élus métropolitains le suffrage universel d’ici 2020. Cela implique la suppression d’un autre échelon. Les partis ont du mal à faire des projections sur l’issue du scrutin,  notamment parce que le score du FN peut changer beaucoup de choses. L’élection du président du conseil général n’est pas aussi lisible que celle du maire lors des élections municipales. Est-ce que les présidents vont réussir à trouver des majorités sans le FN ? Vont-elles accepter de faire alliances ? On va se rendre compte, après le vote, de l’ampleur de ce scrutin.

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