Grandes cultures
Semis : préparer sa campagne 2027
Après une campagne 2026 difficile, particulièrement dans les parcelles de maïs en raison des aléas climatiques, les exploitants adaptent leur assolement pour la prochaine campagne, en pleine période de semis. Patrick Vernon, céréalier à Santenay, témoigne.
Après une campagne 2026 difficile, particulièrement dans les parcelles de maïs en raison des aléas climatiques, les exploitants adaptent leur assolement pour la prochaine campagne, en pleine période de semis. Patrick Vernon, céréalier à Santenay, témoigne.
Les tracteurs et les semoirs sont de sortie depuis le mois d’octobre en Loir-et-Cher. Et ce, de manière précoce pour certains, comme c’est le cas de Patrick Vernon, céréalier à Santenay. Il a commencé sa campagne de semis dès le début du mois d’octobre afin de s’adapter aux aléas climatiques, après une campagne 2026 qui a forcément marqué les esprits des céréaliers. « Compte tenu de l’année précédente, on a anticipé les semis avec un démarrage dès la première semaine d’octobre, en situation sèche », explique le céréalier. Ce démarrage précoce vise notamment à anticiper les éventuels aléas climatiques susceptibles de survenir dès le printemps prochain. « On anticipe désormais les aléas climatiques, notamment au niveau variétal, pour éviter des gels précoces, mais aussi des coups de chaud qui pourraient être préjudiciables », estime Patrick Vernon.
Des semis précoces
La période des semis a donc commencé en avance pour l’agriculteur, avec un travail du sol superficiel, « ne dépassant pas une dizaine de centimètres de profondeur, avec des outils à disques ou à dents qui, d’un point de vue économique et carbone, permettent d’améliorer les performances. Le labour coûte cher ». Ces semis précoces ont été réalisés dans de bonnes conditions, avec 15 à 30 millimètres de pluie qui ont permis une belle levée homogène. Concernant les ravageurs, les limaces, par exemple, n’ont pas posé trop de problèmes en raison du temps sec. Mais les semis précoces ont aussi leur lot de contraintes, avec un risque accru de présence d’insectes comme les cicadelles ou les pucerons, qui pourraient profiter de ces conditions, mais aussi des risques de gel au printemps prochain.
Plus de 60 % des semis de Patrick Vernon ont été réalisés cette année avant les dernières pluies de fin octobre. Pour le reste, les semis auront lieu dans des conditions plus classiques. « Nous avons dû interrompre les semis le temps des pluies et nous sommes revenus à des conditions plus classiques, avec une fenêtre d’une quinzaine de jours qui s’est ouverte », précise le céréalier. Il a également profité d’une très bonne structure de sol, qui laisse présager une bonne implantation, « ce qui est la clé de la réussite dans nos zones intermédiaires et qui est favorable à l’expression d’un rendement optimum pour l’année prochaine, si le printemps nous épargne les aléas climatiques ».
L’humidité du sol permet également de réaliser un désherbage au fur et à mesure des semis, afin de lutter efficacement contre les adventices comme le vulpin ou encore le ray-grass, fortement présents en zones intermédiaires.
Un assolement adapté
Ces semis ont également été adaptés à la suite d’une campagne 2026 qui a traumatisé bon nombre de céréaliers. C’est notamment l’assolement qui a été grandement modifié. « J’ai décidé d’adapter mon assolement pour répondre au mieux aux exigences des écorégimes et des Maec*. Cette année, je repars avec cinq cultures que sont le colza, le blé tendre, le maïs et le tournesol irrigué, et malheureusement une part très significative de jachères », assure Patrick Vernon.
Cette hausse de la part de jachères est en grande partie liée à la dernière campagne, qui reste dans les esprits et pousse les céréaliers à réduire leur production dans une zone intermédiaire où les parcelles les moins productives ne sont plus suffisamment rentables. Mais ce n’est pas tout. Patrick Vernon, qui estime que la culture du maïs est indispensable en zones intermédiaires, notamment pour l’élevage, a également été contraint de réduire la voilure en diminuant de plus d’un tiers la surface qui lui est consacrée et, de fait, en augmentant celle du tournesol de plus de 40 % (lire encadré ci-dessous). « C’est une conséquence directe de la sécheresse de l’année dernière. Nous sommes aussi à l’écoute des cultures industrielles comme les pommes de terre ou encore les oignons, que l’on souhaite développer à l’avenir », indique-t-il.
Des zones intermédiaires qui ont besoin de diversification
La situation est donc mitigée, entre des semis réalisés dans de bonnes conditions et une réduction des surfaces productives, liée en partie aux inquiétudes concernant le printemps prochain. Cette situation est d’autant plus préoccupante en zone intermédiaire, où les parcelles de limons froids et humides obligent les exploitants à maîtriser parfaitement le drainage et l’irrigation.
« Les agriculteurs en zone intermédiaire ont besoin de s’adapter et d’avoir des méthodes de travail durables dans le temps. Cela passe par l’irrigation pour la diversification, mais aussi par des filières qui permettent d’augmenter le chiffre d’affaires. La diversification est un coussin de sécurité pour les céréaliers des zones intermédiaires », souligne Patrick Vernon, qui est aussi président de la commission grandes cultures au sein de la FNSEA Centre-Val de Loire.
Il tient à rappeler qu’un travail est mené pour améliorer cette diversification, essentielle dans les zones intermédiaires : « C’est tout l’intérêt de l’AGPB**, au sein de laquelle on travaille grandement sur les zones intermédiaires pour proposer un schéma durable ».
*Mesures agro-environnementales et climatiques.
**Association générale des producteurs de blé et autres céréales.
Une campagne catastrophique et inquiétante pour le maïs
Sur ses 270 hectares de cultures, Patrick Vernon, céréalier à Santenay, a toujours consacré une part significative de ses surfaces au maïs. Une place qu’il compte revoir à la baisse pour la prochaine campagne, en partie en raison d’une campagne 2026 catastrophique, marquée par les aléas climatiques du printemps et de l'été. Pourtant, tout avait plutôt bien commencé, avec de bonnes conditions d’implantation qui laissaient présager un beau potentiel de rendement. Toutefois, après les semis, des pluies violentes avaient, dans un premier temps, fortement dégradé la structure des sols, avant que les cultures ne subissent plus de cinq épisodes de fortes chaleurs successifs, ainsi qu’une sécheresse particulièrement difficile.
Des coups de chaleur dévastateurs
Ces épisodes de fortes chaleurs conjugués à une sécheresse historique ont affecté la fécondation du maïs, notamment celle du pollen, compromise pour certaines variétés. Tandis que certains secteurs ont également subi la grêle, la plupart des céréaliers ont tenté de préserver leur potentiel de rendement grâce à l’irrigation, mais sans obtenir les résultats escomptés. Sur ses parcelles, Patrick Vernon a apporté environ 5 millimètres d’eau par jour, tandis que, dans le même temps, à partir du mois de juillet, l’évapotranspiration atteignait près de 12 millimètres par jour. « C’est inégalé. Les maïs ont grillé malgré l’arrosage », constate avec dépit l’agriculteur.
Gérer l’irrigation au mieux
Certaines variétés de maïs ont totalement décroché, tandis qu’une seule a réussi à tirer son épingle du jeu sur les parcelles du céréalier de Santenay, avec des rendements corrects. Mais cela n’a pas suffi à sauver une récolte fortement compromise. « C’est une demi-récolte en maïs pour cette année en culture irriguée. Pour les non-irrigués, on est largement à plus de 70 % de perte », déplore Patrick Vernon.
Pourtant, la majorité des céréaliers disposant de cultures irriguées ont tenté de limiter les dégâts en adaptant au mieux leur irrigation, comme ce fut le cas pour Patrick Vernon. « J’ai essayé d’arroser la nuit quand je le pouvais pour limiter l’évapotranspiration, avec une rampe d’irrigation et des pivots, pour une meilleure économie et efficience de l’eau. Mais pour réussir cela, il faut aussi disposer d’un parcellaire adapté. J’ai tout de même réussi à économiser un tiers d’énergie de cette façon-là », assure-t-il.
Des solutions d’avenir
Aujourd’hui, il a décidé de réduire la surface consacrée au maïs irrigué pour la prochaine campagne (lire ci-contre). Comme il l’explique : « La maîtrise de l’eau est une priorité aujourd’hui pour le maïs. De mon côté, j’ai un système de rétention qui me permet de récupérer l’eau de mon drainage et qui fonctionne très bien ».
Pour l’avenir, il espère que l’autorisation, au niveau européen, du recours aux Nouvelles techniques génomiques (NGT) permettra de disposer de variétés plus résistantes à la sécheresse, grâce à un travail sur les caractéristiques génétiques des plantes. « Ce ne sera pas à court terme et les solutions ne seront là qu’à horizon de quatre à cinq ans. » En attendant, le céréalier compte travailler sur le choix des variétés en fonction du type de sol et de la réserve utile de ses parcelles. « Il va sans doute falloir adapter la période d’implantation, avec des semis précoces permettant de passer les coups de chaleur. Il ne faut pas non plus hésiter à vendre à terme une petite partie de sa production. Il est essentiel de maîtriser l’eau et l’aspect économique », préconise-t-il.
Même s’il réduit la voilure pour 2027, Patrick Vernon rappelle : « Au sein de nos zones intermédiaires, le maïs est essentiel pour maintenir nos élevages et notre filière. Nous avons un vrai besoin génétique pour maintenir cette culture ».