À Tigy, la Ferme du Haut du Pré construit sa valeur ajoutée
À la Ferme du Haut du Pré, à Tigy (Loiret), chaque culture est pensée comme un levier économique. En diversifiant progressivement ses productions et en allant jusqu’à la transformation, le couple Amelot trace une voie exigeante pour maintenir du revenu agricole hors des modèles classiques.
À la Ferme du Haut du Pré, à Tigy (Loiret), chaque culture est pensée comme un levier économique. En diversifiant progressivement ses productions et en allant jusqu’à la transformation, le couple Amelot trace une voie exigeante pour maintenir du revenu agricole hors des modèles classiques.
À la Ferme du Haut du Pré, à Tigy (Loiret), Katy Amelot et son mari Jérémy ont progressivement fait évoluer leur exploitation en misant sur la diversification et la transformation. Asperges, lentilles, huiles et produits transformés composent aujourd’hui un modèle construit pas à pas, pensé pour créer de la valeur ajoutée et sécuriser l’activité agricole.
D'abord l'asperge
La ferme est reprise en 2011, à l’origine sur 48 hectares à Châteauneuf-sur-Loire, avec un système exclusivement tourné vers les grandes cultures. « Au départ, on était uniquement en grandes cultures », rappelle l’exploitante. Comme beaucoup d’exploitations du secteur, le modèle repose alors sur des productions classiques, sans transformation ni vente directe.
Le premier virage intervient en 2015 avec la plantation des premières asperges. Une culture exigeante, à fort investissement initial, mais historiquement ancrée sur le territoire. « L’asperge, ici, c’est presque culturel. Ma grand-mère en produisait déjà », explique Katy. Les surfaces restent modestes au départ, le temps de sécuriser l’itinéraire technique et les débouchés.
Les premières ventes d’asperges démarrent en 2018, à Tigy, où l’exploitation s’étend progressivement pour atteindre près de 90 hectares. La filière asperge s’est réduite au fil des années, mais elle demeure un pilier structurant de la ferme. « Il n’y a plus beaucoup de producteurs aujourd’hui. On arrive à la fin d’un cycle, mais le territoire reste identifié à cette culture. »
Les lentilles, un choix agronomique et stratégique
En 2020, une nouvelle culture entre dans la rotation : la lentille. Un choix mûrement réfléchi, à la fois technique et économique. « C’est une culture technique, et c’est aussi ce qui nous plaît », souligne l’exploitante. L’intérêt agronomique est clair : la lentille, légumineuse, capte l’azote et s’intègre naturellement dans la rotation.
Les surfaces sont d’abord limitées, entre 3 et 5 hectares. Mais les résultats économiques suivent. « Aujourd’hui, on va doubler la surface, parce que les chiffres fonctionnent », précise Katy. La lentille devient progressivement une culture structurante, ouvrant la voie à la transformation et à la création de valeur ajoutée sur l’exploitation.
L’huile, de l’autoconsommation à la commercialisation
La transformation débute presque par nécessité personnelle. « Au départ, l’huile, c’était pour moi », raconte l’exploitante. Dès 2018, elle commence à presser ses propres graines pour produire de l’huile, d’abord pour l’autoconsommation, puis pour la famille et les proches. Colza, cameline et lin sont privilégiés, avec une ligne directrice claire : « Je travaille uniquement des huiles riches en oméga-3. Le côté santé est fondamental ».
La montée en puissance impose rapidement un changement d’échelle. « À un moment, ma presse tournait en permanence dans le salon. Le salon n’était plus un salon, c’était devenu un labo. » En mai 2023, un atelier de transformation aux normes est créé. Formation hygiène, matériel adapté, presse française : la production devient officiellement commercialisable.
Cette rigueur s’appuie sur une formation initiale en biochimie. « Je suis chimiste à la base. Comprendre les propriétés des huiles, c’est logique pour moi. » Un socle scientifique qui guide les choix techniques et les procédés de fabrication.
Une réalité économique sous tension
Malgré la diversification, l’équilibre économique reste fragile. « L’an dernier, on a dégagé 6 000 euros de bénéfice. On ne vit pas avec ça », constate-t-elle. Depuis les inondations de 2016, seules deux années se sont soldées par un résultat positif. « Pendant longtemps, on a remis l’argent de nos salaires à côté dans la ferme. »
Le couple conserve une activité salariée en parallèle de l’exploitation. « On ne pourrait pas faire autrement. » La fatigue est parfois pesante : « Il y a des moments où on se demande ce qu’on fait. Puis on se repose, et ça repart. »
Les chips de lentilles, un tournant décisif
Parmi les productions, les chips de lentilles marquent un tournant. Issues d’un procédé développé par un autre agriculteur, elles permettent de valoriser la lentille autrement. « Les graines sont transformées en farine, puis pressées entre deux cylindres à haute température. On enlève l’air, on appuie très fort », explique-t-elle.
L’huile est ensuite ajoutée à froid par micro-pulvérisation. « Comme ça, elle reste crue et on limite les quantités. » Sans gluten, le produit répond à une attente spécifique des consommateurs. « On touche aussi des personnes qui n’avaient pas forcément d’alternative. »
Les volumes commercialisés dépassent rapidement les prévisions initiales. La stratégie de vente est assumée. « On refuse la grande distribution. On pense qu’elle tire l’agriculture vers le bas. » Les débouchés privilégient les marchés, les épiceries et les circuits courts.
Aller au bout des produits
À la Ferme du Haut du Pré, une petite boutique permet aux clients de retrouver l’ensemble de la production : lentilles, farines, huiles, produits transformés. « L’idée, c’est d’aller au bout de ce qu’on peut faire avec un produit. » De nouveaux parfums de chips sont en préparation, répondant directement aux demandes des consommateurs.
D’autres projets émergent également, comme l’introduction d’un maïs violet, naturellement riche en antioxydants et sans gluten. « C’est une culture qui ouvre de nouvelles perspectives, notamment pour la transformation. »
Plus d'infos sur la ferme sur hautdupré.fr