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Dégâts
Appel aux agriculteurs pour réclamer une indemnisation des dégâts de corvidés

En juin, de nombreux agriculteurs constatent, comme à l'accoutumée, que les corbeaux et autres corvidés ont fait des semis leurs repas. La FNSEA 41 mène le combat pour obtenir une indemnisation.

Vincent Michelet montre la graine au stade «	germée 2 cm	» dont raffolent les corbeaux.
Vincent Michelet montre la graine au stade « germée 2 cm » dont raffolent les corbeaux.
© M.-H.D.

Tous les ans, c'est la même chose, un marronnier comme on dit dans la presse, qui prend du temps et de l'argent. Installé à Saint-Ouen, près de Vendôme, Vincent Michelet appréhende quand il se rend sur ses parcelles de maïs semence. Il y a encore quelque jours, il a dû refaire ses semis. Les premiers avaient servi de repas aux corbeaux qui peuplent ce bout de territoire loir-et-chérien. « Depuis dix ans, je subis pareils dégâts à cette période de l'année. Au début, j'arrivais à m'en débarrasser avec les tireurs spécialisés. Mais le corbeau est devenu plus intelligent, on n'arrive plus à les tuer », déplore l'agriculteur spécialisé en grandes cultures.

Et pourtant, à l'instar de ses confrères, l'homme ne manque pas d'imagination pour tenter d'effrayer l'oiseau. « J'ai installé un canon à gaz qui fait du bruit, mon père passe régulièrement pour les faire partir, j'ai mis une caravane et une voiture dans les champs. Les premiers jours, ça fonctionne et après le corbeau retourne dans les parcelles. Il connaît nos habitudes », raconte-t-il. Et au petit matin, lors de sa tournée d'inspection, Vincent Michelet reconnaît les fameux trous laissés par l'animal, signe manifeste qu'il s'est servi. « Quand je vois les cavités, je sais qu'il n'y a plus rien. Il a la faculté de détecter le stade de la plante, même sous la terre. Il les mange du stade ''germée 2 cm'' jusqu'au stade ''2-3 feuilles'' ».

Une loi trop complexe

Cette année, il a dû resemer 3 hectares de maïs semence sur les 8 hectares qui sont dédiés à cette culture. Soit un coût de 5 000 à 6000 euros, qui inclut la surveillance des champs de 5 heures à 22 heures et les nouveaux semis. « On nous demande de faire des cultures de printemps mais ce sont justement celles qu'on a du mal à protéger des animaux. Les pigeons, par exemple, s'attaquent aux petits pois et au tournesol », s'agace l'agriculteur, qui critique la réglementation des tirs contre les corvidés. « Le corbeau est protégé par la loi. Avant on pouvait les endormir pour les tuer, on ne peut plus. Les tirs dans les nids sont interdits quand il y a des jeunes. C'est difficile d'obtenir l'autorisation de tir dans les champs, et pour quelques parcelles et quelques jours. Pour le tuer au 1 er juillet, il faut demander l'autorisation au préfet. La complexité de la réglementation fait qu'indirectement, le corbeau est protégé par la loi », se désespère Vincent Michelet, qui ne voit plus de solutions : « Si ça continue, je risque d'arrêter de faire du maïs semence ».

L'union fait la force

Face à cette détresse, la FNSEA 41 tente de mobiliser les agriculteurs touchés par ces dégâts. Comme l'an dernier, elle les incite, qu'ils soient adhérents ou non-adhérents, à remplir le formulaire de demande d'indemnisation qu'elle a conçu. Une indemnisation qui, pour l'instant, est refusée par l'État, mais la structure sait qu'il faut rassembler pour obtenir gain de cause. « L'an dernier, sur les courriers envoyés, nous n'avons eu que vingt-deux retours. Il faut absolument que tous les agriculteurs nous fassent remonter les dégâts et qu'ils remplissent les dossiers. Il faut motiver l'État à réparer financièrement cette problématique », insiste la structure. « Avec mes voisins, sur trois communes, on est plus de vingt-deux agriculteurs à vivre ces problèmes. Et on évalue chacun nos dégâts entre 5 000 et 10 000 euros », renchérit Vincent Michelet.

Il est donc demandé aux agriculteurs d'établir le maximum de preuves pour étayer leurs dires, telles que photos, factures des rachats de semences, etc. « Ce qui serait bien, c'est de recevoir tous les dossiers d'indemnisation avant le 1 er juillet. Ce qui nous permettrait d'avoir des chiffres pour demander à la préfecture l'autorisation de tirer le corbeau », espère la FNSEA 41.

 

Contact

Solène Gourdet, FNSEA 41, 06.28.01.51.61 ou solene.­gourdet@agricvl.fr.

Des tireurs difficiles à trouver

Il est de plus en plus difficile pour les agriculteurs de trouver des tireurs spécialisés, qui maîtrisent le comportement des corvidés. « Il doivent disposer des appelants et attendre longtemps car l'animal s'en méfie. Alors, les chasseurs ne souhaitent plus venir le faire », explique Vincent Michelet. Un constat partagé par le président de la Fédération des chasseurs de Loir-et-Cher, Hubert-Louis Vuitton : « Nous encourageons les chasseurs à se rapprocher des agriculteurs, mais c'est vrai que si les premiers coups de fusil marchent, après il y a beaucoup d'attente et les chasseurs se découragent. Et puis, on ne peut pas demander à quelqu'un de se déplacer à l'autre bout du territoire. S'il y avait une solution, on y participerait ».
Dans les faits, les agriculteurs demandent à leurs amis ou connaissances qui pratiquent la chasse de traquer le corvidé. Une réponse au cas par cas bien insuffisante au regard du problème. Selon Vincent Michelet, la corbeautière de Morée compterait 300 individus.
 
 
Didier Delory
Didier Delory, président de la FNSEA 41 : « Les nuisibles, une sangsue… ».

La réaction de Didier Delory

Le président de la FNSEA 41 réagit au problème des ­corvidés : « Printemps 2020, Covid, confinement… De nombreux échanges téléphoniques constructifs avec Yves Rousset, ancien préfet de Loir-et-Cher, ont permis d’obtenir quatre arrêtés modificatifs afin que les chasseurs interviennent sur les nuisibles. Pas suffisant, les populations sont en augmentation. Une nouvelle demande a été réalisée début 2021. Malgré ce travail quotidien avec les services de la DDT, les dégâts augmentent. Aujourd’hui, bien sûr dans les conditions de sécurité de crise sanitaire, il est vital d’utiliser tous les moyens pour réguler massivement les populations afin de revenir à une situation normale. Le grand dévouement des louvetiers, que je remercie, ne suffira pas. En attendant un retour à la normale, il ne faut plus de contraintes de dates, ni de types d’interventions afin de pouvoir être efficace et continuer à nourrir la population. J’ai pris l’initiative, en collaboration avec la chambre d’Agriculture, de demander à chacun des agriculteurs de chiffrer ses dégâts afin de demander une indemnisation adéquate. La FNSEA 41 est à leur écoute. Une nouvelle demande officielle reprenant l’ensemble de nos revendications a été envoyée à François Pesneau, nouveau préfet. Nous sommes dans l’attente d’une réponse engagée ».

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