Agronomie
Une plaine francilienne belle et propre en sortie d'hiver
Avec le retour de conditions climatiques plus sèches et le réssuyage des sols, les travaux des champs devraient reprendre prochainement. Tour de plaine de la région afin de dresser un état des lieux des cultures en sortie hiver.
Avec le retour de conditions climatiques plus sèches et le réssuyage des sols, les travaux des champs devraient reprendre prochainement. Tour de plaine de la région afin de dresser un état des lieux des cultures en sortie hiver.
Malgré une météo pluvieuse depuis quelques semaines, la plaine est globalement belle et propre. Aucun problème sanitaire n’est à relever. Tous les regards se tournent vers la semaine qui arrive. La météo plus clémente devrait permettre aux sols de se ressuyer et ainsi de réaliser les apports en engrais azotés et débuter les semis de cultures de printemps.
En Seine-et-Marne
Le sud Seine-et-Marne est le secteur où les sols sont les plus gorgés d’eau. Les céréales d’hiver sont bien implantées avec peu de dégâts de gel, y compris sur les orges de printemps semées à l’automne. Seuls quelques apports d’azotes ont été effectués sur colza et orge. « La plaine devrait repartir la semaine prochaine, en premier lieu dans les parcelles au sol superficiel qui ressuient bien, avec l’apport d’engrais sur blé et les semis d’orges de printemps. Les betteraves attendront mars », résume Hugues Bergamini, conseiller grandes cultures.
Dans le secteur est du département, seules quelques parcelles sont gorgées d’eau. « Rien de comparable avec l’automne 2024 », insiste Frédéric Chevalier, conseiller grandes cultures à la chambre d’Agriculture, qui note un bon développement des céréales à paille. Les cultures sont au stade début tallage à épis 0,5 cm, soit une très légère avance parfois. Une bonne reprise de végétation des colzas qui sont au stade boutons accolés est aussi à noter. La population est bonne et les apports d’azote sur cette culture sont terminés.
Dans le centre Seine-et-Marne, les colzas sont au stade de début de reprise de végétation avec la montée des boutons. Les premiers tours d’azote vont débuter dès que les conditions métrologiques le permettront. « De très bons implantation et développement des orges d’hiver, sont soulignés par la conseillère Valentine Boullenger. Toutefois, cette culture sensible a été la plus marquée par le froid et la neige avec pour conséquences des verts jaunis. De ce fait les apports d’azote sont attendus. En blé, l’implantation réussie fait du bien au moral après deux années où les conditions d’implantation étaient catastrophiques. C’est une bonne base ». Les premiers blés semés redémarrent et sont au stade début montaison.
Avec les conditions météos de ces dernières semaines, les colzas comme les céréales à paille sont bien repartis dans le nord du département. Les colzas avancent vite avec une perte de biomasse sortie hiver modérée. Des vols de charançon de la tige ont été observés la semaine passée, mais ont été stoppés par les fortes précipitations. D’ailleurs, quelques parcelles sont inondées en fond de vallée.
« Les escourgeons sont repartis mais la fin de l’azote commence a être bien marquée tout comme pour les blés. Ces derniers sont en plein tallage. Certaines parcelles n’ont reçu qu’un passage de désherbage, le post levée n’ayant pu être réalisé, cela nécessite une surveillance pour le rattrapage de printemps », relève la conseille grandes cultures nord Seine-et-Marne de la Chambre, Claire Turillon.
Sur l’ensemble du département, l’action du gel a fait un beau travail sur les labours qui présentent une bonne structure pour les semis de cultures de printemps.
Globalement les reliquats azotés sortie hiver sont assez élevés. Cela s'explique par la faiblesse des précipitations en décembre et janvier qui n’ont pas lessivé les sols. De l’azote est donc encore disponible pour les blés.
Au regard du prix de vente des engrais, les conseillers agronomiques de la Chambre allient agronomie et intérêt économique en proposant des pratiques raisonnées dans leur conseil.
Val-d’Oise
Les pluies de ces deux dernières semaines ont apporté leurs lots de bonnes comme de mauvaises nouvelles. Dans le Val-d’Oise, « les structures de sol sont bonnes et saines, mais la pluie est plutôt la bienvenue pour humecter le profil en profondeur », note Stéphane Boulet, conseiller du Pays de France, malgré un début de stagnation d’eau en surface. La plus grosse inquiétude concerne les orges d’hiver, qui « n’aiment pas avoir les pieds dans l’eau, sont en train de jaunir et de montrer des signes d’asphyxie racinaire », constate le conseiller.
Le drainage de surface devrait prendre un peu de temps avant les travaux de semis ou d’apport d'engrais du printemps, mais les cultures d'automne sont plutôt belles avec des développements végétatifs corrects. « Les herbicides d’automne ont une efficacité satisfaisante, même si un peu moins performants que l’année dernière, avec quelques zones de ray-grass dans le Val-d’Oise. Les désherbages d’automne ont marqué un peu dans quelques parcelles. Nous avons une mauvaise efficacité des programmes insecticides sur les altises puisqu’il y a beaucoup de larves dans les colzas à la reprise de végétation. Les colzas sont bons et devraient pouvoir supporter les quelques larves d’altises présentes », complète Stéphane Boulet.
Yvelines
Les reliquats d’hiver sont assez importants en raison d’un hiver doux et peu pluvieux. Dans le nord du département, 70 millimètres d’eau ont été enregistrés depuis le 1erfévrier. Malgré cet excès de pluie qui empêche les interventions de printemps, il n’y a pour l’instant pas encore de temps de perdu. « Il faudrait que la pluie s’arrête pour que les travaux puissent commencer », estime Benoît Savalle, conseiller de Bréval-Limay. « Les blés ont quinze jours d’avance en termes de stade, les orges sont bien développées également et les colzas sont au stade de reprise de végétation. On ne va pas tarder à voir les premiers boutons floraux », commente-t-il.
« Les cultures sont plutôt belles, elles profitent de l’azote présent dans les sols, ce qui remonte le moral des troupes », ajoute de son côté Christophe Daullé, conseiller de Houdan-Rambouillet. « Les colzas sont bien implantés et les blés ne sont pas loin du redressement, je ne serais pas étonné d’avoir des premiers épi 1 cm pour la fin du mois », affirme-t-il. « Cet hiver, nous avons eu une forte minéralisation et peu de pluie. L’eau tombée récemment ne fera pas de mal puisque les sous-sols étaient secs. Il faudrait que ça s’arrête désormais et qu’on n'ait pas un printemps humide », détaille Christophe Daullé.
Dans le sud des Yvelines, les implantations d’hiver se sont également faites dans de très bonnes conditions et plutôt en avance. « Nous avons eu une faible pluviométrie puis des forts cumuls de pluie depuis deux semaines. Des mares d’eau commencent à apparaître », observe Marie Boulard, conseillère de Dourdan-Limours. « Pour les cultures en place, il y a un risque d’asphyxie, mais grâce à leurs bonnes implantations, elles vont mieux s’en sortir que les deux hivers précédents. Ce n’est pas trop dommageable. Ça nous bloque davantage pour les cultures de printemps puisqu’on arrive dans les dates de semis possibles pour l’orge de printemps. C’est une culture sensible qui a besoin d’être semée dans des conditions idéales », explique-t-elle.
Essonne
« Le froid n’a pas pénalisé les cultures, aucune parcelle ne va nécessiter un resemi à cause d’un problème hivernal », note Emmanuel Griard, conseiller d'Étampes-Méréville. Les colzas ont perdu des feuilles à cause de la neige et du froid, mais sont en train de repartir. « Les résultats de mesures de reliquats azotés dans le sol montrent une quantité plus importante cette année que les deux précédentes. Les cultures sont en capacité de repartir sans apport d’azote », précise-t-il. Certains agriculteurs ont tout de même pu commencer l’apport d’azote, tandis que la majorité d’entre eux le fera dès que les conditions météorologiques le permettront. « Quelques parcelles de blé semées de bonne heure sont avancées en termes de stade », remarque quant à lui Franck Gaudichau, conseiller de Milly-Corbeil-La Ferté-Alais. Sur un plan plus négatif, « certaines orges d’hiver souffrent un peu dans les zones humides, notamment vers Auvernaux. Avec la pluie, l’orge de printemps va être retardée, mais rien n’est perdu. Il va falloir être méfiant à la structure des sols pour les semis de printemps », ajoute-t-il. La météo des prochaines semaines va donc être primordiale pour les cultures à venir.