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Une première session de travail pour les membres de la chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir

Les membres de la chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir se sont réunis en session le 22 septembre à Chartres, sous la houlette de leur président Yohann Serreau. La crise agricole a été au cœur de ces premiers travaux.

Lundi 22 septembre, à Chartres. Une première session de travail marquée par la crise agricole pour les membres de la chambre d'Agriculture.
Lundi 22 septembre, à Chartres. Une première session de travail marquée par la crise agricole pour les membres de la chambre d'Agriculture.
© H.C. - Horizons

Si l’on excepte la session d’installation du 3 mars dernier, la première véritable session de la nouvelle chambre d’Agriculture, issue des élections de février, se déroule lundi 22 septembre à Chartres après un mot de bienvenue de son président, Yohann Serreau.

Une crise qui s’installe

À l’ordre du jour de ses travaux : l’adoption du budget rectificatif 2025, un bilan de la dernière récolte par le service agronomie — sur lequel nous reviendrons — suivi d’un point économique et du tour d’horizon de l’actualité agricole du président. La session est conclue par le préfet, Hervé Jonathan.

Ainsi, après les propos du chef du service agronomie, Thierry Savoie, et de la responsable expérimentation, Patricia Huet, l’économiste Laurent Baraduc intervient sur la conjoncture économique : « Les cours s’effritent et sont en recul par rapport à la campagne précédente. Ils annulent l’amélioration des rendements constatée cette année. Le blé tendre a perdu 30 euros en un an. La valorisation globale ne sera pas à la hauteur pour les producteurs », pose-t-il.

Il l’explique au niveau mondial par des stocks en forte hausse, et en France, « nous aurons 4 millions de tonnes exportables en plus et des débouchés qui ne seront pas à la hauteur de ce disponible ». En cause, des relations diplomatiques tendues avec l’Algérie, une concurrence avec la Russie qui s’accroît et un euro trop fort par rapport au dollar (+ 20 %), « un handicap que nous allons traîner toute la campagne de commercialisation ». L’économiste constate que les cours des oléagineux se tiennent mieux.

Il note également l’effondrement des prix de la pomme de terre, de 300 à 75 euros en juin, puis 15 en septembre, ainsi que les difficultés de la filière betteravière, alimentée par l’interdiction des néonicotinoïdes. Le tout conjugué à des charges qui demeurent très élevées fait que les ciseaux se referment. « Les résultats des exploitations sont annoncés au même niveau qu’en 2024, soit proche de zéro », conclut-il.

Les membres de la Chambre réagissent à cette intervention, pour David Faucheux par exemple, il faut tenir compte aussi des réfactions sur ces prix en raison de la présence d’ergot ou du manque de protéines. « C’est 50 000 à 60 000 euros qui vont manquer sur chaque exploitation », calcule le président de la FNSEA, Bertrand Petit. « Quand il y a plusieurs années difficiles, ça devient compliqué », ajoute Samuel De Smet.

Tout est sur la table quand le président de la Chambre, Yohann Serreau, entame son tour d’horizon de l’actualité agricole à l’adresse du préfet. « Nous pouvons d’ores et déjà vous dire que nous sommes sur une situation économique tendue malgré des rendements dans la moyenne départementale. Pour bon nombre d’exploitants, il y aura une aggravation de leur situation ».

Pure folie

Le président souligne également l’effet du cadre législatif ou réglementaire sur ces résultats et sa crainte en particulier de voir s’allonger la liste des captages classés sensibles : « 98 captages supplémentaires : une pure folie ». D’autant que s’ajouteraient sur ces AAC des interdictions de fertilisation minérale ou de produits phytopharmaceutiques.

Yohann Serreau se dit inquiet aussi des propositions de la Commission européenne pour la Pac 2028-2034 avec un risque de dilution de 20 à 30 % du budget agricole. « Monsieur le préfet, pour l’Eure-et-Loir les enjeux sont clairs et nous exigeons la défense d’une Pac ambitieuse, lisible et véritablement commune, l’obtention d’un budget à la hauteur des défis agricoles, la préservation d’un modèle d’agriculture compétitive et durable et la garantie d’une stabilité nécessaire à la transmission et à l’installation de nos jeunes ».

Le tour d’horizon du président dévoile ensuite le projet stratégique des chambres d’Agriculture qui va être décliné en Eure-et-Loir. Celui-ci repose sur trois axes. Tout d’abord, sécuriser les projets des agriculteurs : « Notre première mission est d’accompagner les femmes et les hommes qui font vivre l’agriculture », rappelle Yohann Serreau, un accompagnement qui passera par France services agriculture, le dispositif issu de la loi d’orientation agricole.

Le deuxième axe du plan s’articule autour de la création de valeurs, soit « assurer la juste rémunération des agriculteurs ». Il note par exemple que la loi Egalim ne tient pas compte des produits locaux dans l’obligation de fournir la restauration collective, alors que cela pourrait redonner du souffle à la plateforme Sur le champ !. Il est question aussi ici des enjeux stratégiques de l’eau, tant en termes de qualité que de quantité.

Des mesures concrètes

Enfin, le troisième axe vise à positionner le réseau des Chambres dans un rôle central : « Nous devons rester, pour les agriculteurs, les pouvoirs publics et nos partenaires, des interlocuteurs incontournables, crédibles et efficaces », assure Yohann Serreau. À l’issue de ces propos, une délibération relative à la crise agricole demandant une série de mesures concrètes et rapides, est approuvée par les élus de la Chambre.

Dans son propos final, le préfet d’Eure-et-Loir, Hervé Jonathan, se dit conscient des éléments conjoncturels et structurels qui conduisent à la crise que vit le monde agricole actuellement. Et après avoir décliné des facteurs positifs et l’ensemble des éléments qu’il a pu mettre en œuvre pour apporter son soutien au secteur agricole eurélien, il conclut s’adressant à Yohann Serreau : « Je sais combien dans ces moments difficiles, les services de l’État doivent être à l’écoute des agriculteurs pour trouver des solutions, être le relais de vos préoccupations à Paris pour faire évoluer les décisions politiques, mobiliser tous les leviers que nous avons au niveau local pour, avec discernement et pragmatisme, que nous puissions accompagner nos agriculteurs dans cette période difficile. Et je sais trouver auprès de vous un interlocuteur attentif, vigilant, exigeant mais constructif ».

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